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Algérie : ’Lettre de colère et d’espoir à mes compatriotes’

mardi 12 septembre 2017, par siawi3

Source : http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio/Poste-restante-Alger

Boualem Sansal
Poste restante : Alger. Lettre de colère et d’espoir à mes compatriotes

Première parution en 2006
Collection Folio (n° 4702), Gallimard
Parution : 13-03-2008

« En France, où vivent beaucoup de nos compatriotes, les uns physiquement, les autres par le truchement de la parabole, rien ne va et tout le monde le crie à longueur de journée, à la face du monde, à commencer par la télé. Dieu, quelle misère ! Les banlieues retournées, les bagnoles incendiées, le chômage endémique, le racisme comme au bon vieux temps, le froid sibérien, les sans-abri, l’ETA, le FLNC, les islamistes, les inondations, l’article 4 et ses dégâts collatéraux, les réseaux pédophiles, le gouffre de la sécurité sociale, la dette publique, les délocalisations, les grèves à répétition, le tsunami des clandestins... Mon Dieu, mais dans quel pays vivent-ils, ces pauvres Français ? Un pays en guerre civile, une dictature obscure, une République bananière ou préislamique ?
À leur place, j’émigrerais en Algérie, il y fait chaud, on rase gratis et on a des lunettes pour non-voyants. »

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Source : http://la-plume-francophone.over-blog.com/article-23734004.html

Boualem Sansal, Poste restante : Alger

Présentation

Appel à la révolte
Par Ali Chibani

Poste restante : Alger[1] est une lettre de Boualem Sansal qui s’adresse exclusivement aux Algérois. L’auteur sait que la Révolution qui renverserait la dictature algérienne ne pourrait avoir lieu sans la participation de la population de la capitale. D’ores et déjà, nous comprenons que ce livre ait été censuré en Algérie. Il constitue un brûlot contre le pouvoir algérien et un véritable appel subversif au soulèvement populaire : « C’est à nous qu’il revient de donner à notre pays une place gratifiante. Vous connaissez le moyen, on en parle tout le temps entre nous : tout démolir et tout rebâtir. » (p. 74-75). Dans un style épistolaire d’une grande simplicité dominé par le cynisme et un rythme saccadé comme dans toute discussion orale, l’auteur se sachant « disqualifié aux yeux de beaucoup » par les GAT (les gardiens autoproclamés du temple) est quelque peu mal à l’aise : « … je ressens une terrible gêne à venir vous parler ainsi. Qui suis-je ? Pas le mieux indiqué… » (p. 29).

Boualem Sansal rappelle en quelques mots l’histoire de l’Algérie depuis l’indépendance. Il évoque les présidents successifs : « Boumediene le ténébreux », « Chadli, le gandin magnifique dit Jeff Chandler parce qu’il avait une bouille de cow-boy somnolant… » (p. 17), Boudiaf, « l’innocent qui a cru que le pandémonium céderait devant la sainteté… » (p. 18) et à qui le livre est dédié, avant d’arriver à l’actuel dirigeant M. Bouteflika qui a annihilé toutes les libertés sociales acquises depuis l’indépendance au prix de tant de sacrifices. Sansal revient sur le soulèvement d’Alger en octobre 1988, un soulèvement orchestré par le pouvoir lui-même puisque c’est le président Chadli qui a appelé les Algérois à se soulever. L’échec de cette révolte, qui a fait plus de huit cents morts, était donc annoncé : « les jeunes eurent à peine le temps d’incendier les murs de l’administration et les magasins d’État que tout est rentré dans l’ordre. » (p. 20). L’auteur de continuer : « En règlement du solde, il nous fut accordé de dire ce que nous voulions à la fin. » (p. 21) Il fait référence à la naissance du multipartisme qui donnera lieu à une situation politique absurde avec plus de soixante partis politiques, dont le « deuxième front, le monstrueux FIS [Front islamique du salut], pour redorer le blason du vieux front, l’inusable FLN [Front de libération nationale] ! » (p. 22) « [N]os revendications, continue-t-il, sont parties dans toutes les directions et elles étaient rien de moins que folles : la charia ou la mort, l’islam et la liberté, la démocratie pleine et entière sur-le-champ, le parti unique à perpète, le marché et l’État, l’autarcie et l’économie de guerre, le communisme plus l’électricité, le socialisme plus la musique, le capitalisme plus la fraternité, le libéralisme plus l’eau au robinet, l’arabité avant tout, la berbérité de toujours… » (p. 21).

Tout le long de sa lettre, l’auteur pourfend les opinions toutes façonnées par le pouvoir pour s’assurer une longue vie : condamner la dictature, c’est être complice de la France coloniale ; s’opposer au système politique, c’est être contre l’islam… Par souci d’objectivité, Sansal a « sondé les amis, tâté les connaissances (…) sans délaisser ceux-là qui cultivent l’allégorie et le faux-fuyant… » (p. 40) sur « les raisons du mal-être qui ravage le pays… » Les réponses tournent autour des mêmes thèmes : « l’identité, la langue, la religion, la révolution, l’Histoire, l’infaillibilité du raïs. Ce sont là ces sujets tabous que le discours officiel a scellés dans un vocable fort : les Constantes nationales… » (p. 41) qui « font qu’un Algérien est un Algérien dévoué corps et âme à son église, le FLN[2]. » (p. 43) L’auteur procède par la suite au démantèlement de ces « Constantes nationales ». Il compare la réalité culturelle et identitaire du pays à l’image qu’en donnent les dirigeants ; il se souvient du colonialisme et de ses procédés meurtriers et négationnistes repris tels quels par la dictature actuelle ; il condamne l’usage de l’islam par l’Etat donnant plus de poids aux extrémistes et réduisant le simple croyant ou le non musulman au silence...

L’actuel dirigeant, Abdelaziz Bouteflika, est particulièrement visé par la dernière partie de la lettre : « Il nous faut parler de la guerre des islamistes et des commanditaires de 1992-1999, et du référendum pour la réconciliation et la paix... » (p. 68). Le 29 septembre 2005, un référendum était organisé. Il portait sur la Concorde civile qui préconisait la libération de tous les terroristes n’ayant pas commis de « crime de sang » et l’interdiction de parler de « terrorisme » mais de « tragédie nationale ». Sans surprise, le vote a été entaché d’une fraude massive en faveur du « oui ». Cela vaut un commentaire de Sansal : « Il est des paix qui sentent la mort et des réconciliations qui puent l’arnaque. Il n’y a rien de juste, rien de vrai dans l’affaire. » (p. 68)

Poste restante : Alger est une lettre personnelle dont nous n’avons évoqué que les grandes lignes. Sansal ne dit pourtant rien d’autre que ce qui s’entend dans les rues algériennes tous les jours, ce qui se voit dans les rues d’Alger au quotidien. C’est là une « manière improvisée d’engager le débat loin des vérités consacrées... » (p. 85) comme s’il fallait se tenir prêt pour le jour où le peuple algérien sera face à sa « peur » et à son destin : « ... le devoir de vérité et de justice ne peut tomber en forclusion. Si ce n’est demain, nous aurons à le faire après-demain, un procès est un procès, il doit se tenir. Il faut se préparer. » (p. 72)

[1] Boualem Sansal, Poste restante : Alger, Paris, Gallimard, 2006.

[2] Le Front de libération nationale, du nom de l’aile politique indépendantiste de l’Algérie coloniale, a longtemps été le seul parti politique algérien. Depuis les années quatre-vingt-dix, il partage le pouvoir avec son frère jumeau le RND (Rassemblement national démocratique) et le MSP – ex HMS – (Mouvement de société pour la paix), dit « parti islamiste modéré », un parti politique, où l’on compte des anciens du FLN, censé représenter l’aile islamiste de la classe politique et calmer les ardeurs des électeurs du FIS.

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Source : http://www.djazairess.com/fr/elwatan/43923

« Poste restante : Alger-Lettre de colère et d’espoir à mes compatriotes »

EDITION Le livre de Boualem Sansal censuré

Fayçal Métaoui
Publié dans El Watan le 04 - 06 - 2006

Le dernier essai de Boualem Sansal, Poste restante : Alger. Lettre de colère et d’espoir à mes compatriotes, paru en mars 2006 chez Gallimard en France dans la collection Connaissance, est interdit de vente en Algérie.
Le ministère de la Culture a, selon des sources informées, refusé de délivrer le visa de distribution à ce livre. L’éditeur et distributeur Edif 2000, qui a déjà importé par le passé des romans de Boualem Sansal dont l’avant-dernier Harraga, ne peut plus, faute de cette autorisation, mettre en vente Poste restante : Alger. Le ministère de la Culture n’a pas motivé sa décision. Il est d’usage en Algérie que l’interdit ne soit pas porté par écrit. Un éditeur nous a certifié, hier, qu’aucune publication ne peut être en circulation en Algérie sans « le visa » du ministère de la Culture et nous a confirmé que plusieurs livres ont été interdits par le passé sans que l’opinion publique ne soit mise au courant. Contacté, Boualem Sansal s’est déclaré surpris. « Il n’y a rien de choquant dans ce livre. Je m’adresse à mes compatriotes avec mes états d’âme d’Algérien. Il n’y a aucune attaque contre qui que ce soit », nous a-t-il dit. L’auteur semblait ne pas trouver ses mots pour expliquer la censure. « Ils autorisent et interdisent comme ils veulent. Cela ne m’étonne pas », a-t-il relevé. Sur 64 pages, dans Poste restante : Alger, Boualem Sansal, qui s’est fait connaître en 1999 par le roman Le Serment des barbares qui a suscité critiques et approbations, raconte l’Algérie d’aujourd’hui autant que la France. « En France, où vivent beaucoup de nos compatriotes, les uns physiquement, les autres par le truchement de la parabole, rien ne va et tout le monde le crie à longueur de journée, à la face du monde, à commencer par la télé. Dieu, quelle misère ! Les banlieues retournées, les bagnoles incendiées, le chômage endémique, le racisme comme au bon vieux temps, le froid sibérien, les sans-abri (...), l’article 4 et ses dégâts collatéraux (...). Mon Dieu, mais dans quel pays vivent-ils ces pauvres Français ? Un pays en guerre civile, une dictature obscure, une République bananière ou préislamique ? A leur place, j’émigrerais en Algérie, il y fait chaud, on rase gratis et on a des lunettes pour non-voyants », est-il écrit dans ce livre. Boualem Sansal, qui use d’un peu de cynisme et revendique une certaine violence dans ses écrits, évoque également « les constantes nationales » avec une manière, sur le fond, discutable et non consensuelle. « Le peuple algérien est arabe. Cela est vrai, mes frères, à la condition de retirer du compte les Berbères (Kabyles, Chaouis, Mozabites, Touareg, etc., soit 80% de la population) et les naturalisés de l’histoire (mozarabes, juifs, pieds-noirs, Turcs, coulouglis, Africains... soit 2 à 4%). Les 16 à 18% restants sont des Arabes, personne ne le conteste. Mais on ne peut jurer de rien, il y eut tant d’invasions, d’exodes et de retours dans ce pays, hors la couleur du ciel, rien n’est figé. Nos ancêtres les Gaulois et nos ancêtres les Arabes sont de ce mouvement incessant de l’histoire, et ça laisse des traces », est-il écrit dans ce livre-pamphlet. Livre qui, selon les critiques de la radio publique France Inter, une dénonciation virulente des mythes fondateurs de la République algérienne. « Avec colère, mais aussi avec beaucoup d’humour, il s’en prend au pouvoir comme aux islamistes, à la prétendue ‘’arabité’’ et à l’amnistie qui est censée calmer tout le monde », ont-ils observé. Les critiques littéraire de Gallimard ont estimé, eux, que Boualem Sansal a une certaine « verve rabelaisienne » et saluent sa « vitalité » dans l’écriture. Gallimard a, depuis 1999, édité cinq livres de Boualem Sansal : Le serment des barbares, L’enfant fou de l’arbre creux, Dis-moi le paradis, Harraga et Poste restante : Alger. Qui a lu le livre et qui a décidé de le censurer ? Aucune possibilité d’avoir une réponse précise. Nous avons, à plusieurs reprises, tenté de contacter Mme Zahia Yahi, directrice de cabinet de la ministre de la Culture, sans résultat. La réponse de la secrétaire était que Mme Yahi est « en réunion ». Difficile de savoir donc si le ministère de la Culture a prérogative de décider de ce qui peut être lu ou pas en Algérie. Le dernier cas de censure littéraire en Algérie remonte au début des années 1990, lorsque la justice avait décidé d’interdire le pamphlet de Rachid Boudjedra, Fis de la haine, dans lequel l’auteur s’attaquait au parti islamiste, dissous en 1992. Cependant, ces derniers mois, plusieurs publications étrangères ont été interdites de vente en Algérie dont Le Monde diplomatique, l’Intelligent et l’Express. Peu de voix s’étaient élevées pour dénoncer ce retour à petits pas de la censure. « Entre les difficultés persistantes de la presse locale et les censures croissantes de la presse internationale, il devient de plus en plus difficile pour la population algérienne de s’informer correctement. Nous demandons que cette vague de répression cesse », a relevé, en 2005, Reporters sans frontières (RSF). Ingénieur de formation et diplômé en économie, Boualem Sansal, 57 ans, a enseigné à l’université et a occupé le poste de directeur au ministère de l’Industrie. Il a été prié de quitter ce poste en 2003 à cause de ses écrits jugés dérangeants.

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Source : http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/11688

Décapant

Dans tous les romans de Boualem Sansal ( Le Serment des Barbares, L’enfant fou de l’arbre creux, Dis-moi le Paradis, Harraga ; édités par Gallimard), c’est l’Algérie qui est mise en scène et à nue, l’Algérie d’aujourd’hui, schizophrène tournant sur elle-même, crapahutant avec ses malheurs et ses bonheurs, plus hantée par son passé décomposé et travesti que par son devenir. Les personnages sont à la fois réels et fictifs, tourmentés par leur destin. Les lieux sont chaotiques, blessés tout autant que les hommes, tout aussi merveilleux qu’eux.

L’écriture « fuyant par tous les bouts », libérée de nombreuses contraintes est artificiellement provocante. La raillerie et l’humour postés aux avant-gardes abritent en définitive des tragédies vivantes enchaînées dans des culs-de-sac infranchissables où « il ne se passe rien. Comme dans un cimetière, un jour d’automne d’une année morte dans un village abandonné d’une lointaine campagne d’un pays perdu d’un monde mal fichu » (Harraga). L’esthétique, telle un nectar, imbibe le récit qui explose, atteignant le lecteur attentif au plus profond de ses certitudes. Elle emporte tout sur son passage ; elle est un hymne à la liberté de l’Homme. La liberté de la femme et de l’homme : « Chérifa roulait du nombril et du popotin comme une vraie de vraie, pour ma part je la jouais modeste, mes formes ne sont pas celles d’une nymphette squelettique. Derrière, nous filant le train, réglés sur nos élans, les malades attendaient le déclic pour nous bondir dessus. Un peu avant le clash, je me transformais en femme à scandales et les voilà s’égaillant dans les venelles comme des cafards. Encore des lâches qui travaillent à leur honte ». (Harraga) Et l’espoir pointe alors nécessairement son petit bout de nez.

Il en va légèrement différemment avec le décapant et dérangeant « Poste restante : Alger ». Paru il y a quelques jours (16 mars 2006) aux éditions Gallimard, ce petit livre (49 pages) n’est pas un roman. C’est un pamphlet, une lettre de colère et d’espoir, composée de dix parties de quelques pages chacune. Une lettre cri du cœur, que l’auteur-citoyen adresse à ses compatriotes, ses amis, ses frères et sœurs, comme dans tous ses romans, même si là nous ne sommes plus (tout à fait) dans la littérature. Le récit règle leur compte à de vieux et solides tabous. L’auteur est brut, direct, violent parfois, querelleur même. Une diatribe contre le régime autoritaire Algérien manipulateur de mémoire, un libelle, contre les islamistes usurpateurs d’identités, contre les lâches et les corrompus : « Nos voix ont été réquisitionnées pour amnistier ceux qui, dix années durant et jusqu’à ce jour, nous ont infligé des douleurs…Que s’est-il passé ? les urnes ont été bourrées, d’accord, mais pourquoi n’avons-nous pas réagi ? Amnistier en masse des islamistes névrosés et blanchir des commanditaires sans scrupules tapis dans les appareils de l’Etat n’est pas comme élire un Président imposé… C’est douloureux de vivre avec l’idée que nos urnes ont servi de machine à laver le linge sale des clans au pouvoir… retenons ceci mes chers compatriotes : le devoir de vérité et de justice ne peut tomber en forclusion. Si ce n’est demain, nous aurons à le faire après-demain, un procès est un procès, il doit se tenir. Il faut se préparer ».

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Source : http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2006/06/03/515-postes-restante-de-b-sansal-censuree-par-le-gouvernement-algerien

"Poste restante Alger" censuré par le gouvernement algérien (Boualem Sensal)

Ci-joint un résumé rédigé par B. Sansal de la carrière de "Poste restante, Alger" en Algérie, aujourd’hui interdit de diffusion. Dans un précédent mail, Boualem précisait que son livre étant sur liste noire, il devient désormais un délit de l’acheter et de le faire circuler (cependant les photocopieuses, dit-il, fonctionnent à plein régime !)

« Poste restante Alger » sous-titré « lettre de colère et d’espoir à mes compatriotes » a été publié en mars 2006 par Gallimard. Dans l’ensemble, il a été bien accueilli en France par la critique et les lecteurs.

C’est par la presse française distribuée en Algérie et notamment par Le Nouvel Observateur qui lui a consacré deux pages dans le N° 2158 du 16 au 22 mars 2006, et Jeune Afrique qui en fait une présentation suivie d’une interview de quatre pages dans le N°2359 du 26 mars au 1er avril 2006, que les Algériens ont appris la parution de Poste restante et les grandes lignes de son contenu. Les journaux qui ont pu obtenir des exemplaires par leurs correspondants à Paris en ont fait la critique.

Je cite les papiers en ma possession : - Dans son tirage du 23 mars 2006, El Watan, l’un des tout premiers journaux algériens d’expression française, lui a consacré un quart de page à la une. Lhttp://www.prochoix.org/cgi/blog/ecrire/images/bt_strong.png’article se termine par cette phrase : Lisez-là (la lettre) et surtout faites-là lire, parce que l’Algérie ne peut rester pas comme ça. - Dans son tirage du 24 mai 2006, en un page entière, le même journal publie la réponse d’un universitaire et collaborateur du journal qui commence ainsi : Votre livre est à lire, à relire, il faudrait même qu’il le soit en boucle. - Le 25 avril, le journal arabophone El Khabar livre à ses lecteurs, sans autre explication, ce qui se veut un scoop : Le livre de Boualem Sansal, ‘Poste restante Alger’ est interdit de distribution en Algérie. A partir de là, les rumeurs les plus incroyables se sont mises à circuler et à enfler, comme s’il y avait un moteur derrière. - Au début du mois de mai, le journal Liberté, d’expression française, dans un article d’une page consacré au salon du livre de Genève (25 avril-2 mai) dont l’Algérie était l’invitée d’honneur, apprend à ses lecteurs que notre ministre de la culture, Mme Khalida Toumi, aurait déclaré : « Il est hors de question que je touche la main d’un écrivain qui ose affirmer que la guerre de libération n’a pas fait un million et demi de martyrs ». Elle aurait lancé cela en m’apercevant devant le stand de l’Algérie qu’elle venait visiter accompagnée d’une forte délégation. Je me suis souvenu l’avoir vue rebrousser chemin mais sur le coup je n’avais pas compris que son geste devait tout à ma présence sur son chemin. Nous avions pourtant, jusque-là, des contacts très cordiaux.

Poste restante a été importé en Algérie par EDIF2000, une société algérienne privée d’édition et de diffusion. L’importation de livres en Algérie est soumise à visa préalable délivré par la direction du livre du ministère de la culture. Le gérant d’EDIF a introduit sa demande à la mi-mai. Ne voyant pas venir de réponse, il s’est présenté au ministère de la culture, et là, il lui a été signifié verbalement que le visa ne lui serait pas accordé.

Il est évident que la décision d’interdire Poste restante a été prise à d’autres niveaux, le ministère de la culture n’a eu pour mission que de la notifier verbalement.

Boualem Sensal

samedi 3 juin 2006