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Algérie : le gouvernement interdit le voile intégral àl’école malgré la pression des islamo-conservateurs

jeudi 28 septembre 2017, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/monde/algerie-le-gouvernement-interdit-le-voile-integral-l-ecole-malgre-la-pression-des-islamo

Algérie : le gouvernement interdit le voile intégral àl’école malgré la pression des islamo-conservateurs

Par Robin Gabaston

Publié le 22/09/2017 à12:54

Un arrêté du ministère de l’Education nationale algérien interdit le port du voile intégral et du niqab àl’école pour les élèves et les fonctionnaires. Pour faire passer cette mesure auprès des islamo-conservateurs, le gouvernement prétexte la lutte contre la triche lors des examens.

Plus de voile intégral et de niqab dans les écoles. En Algérie, un arrêté du ministère de l’Education nationale interdit le port de tenues destinées àdissimuler le visage dans les établissements scolaires pour les élèves, les enseignants et les surveillants. Si leur visage est caché, les fonctionnaires n’auront plus le droit d’exercer notamment en période d’examen, précise le texte. Face au poids des islamo-conservateurs, le ministère se sent obligé de justifier cette interdiction par la lutte contre la triche dans les examens scolaires. D’ailleurs, cette décision crée déjàun début de polémique, sur fond de place du religieux dans l’école. Les islamo-conservateurs dénoncent une "atteinte àla liberté des filles voilées" dans les écoles.

Des polémiques sur les manuels scolaires depuis la rentrée

Ces islamo-conservateurs se sont déjàattaqués àla décision de la ministre Nouria Benghabrit de supprimer la formule "besmala" (la citation "au nom de Dieu clément et miséricordieux"), qui précède chaque soutane du Coran, dans les manuels scolaires profanes. La polémique a fait intervenir jusqu’au président du Haut conseil islamiste, Bouabdellah Ghlamallah : "Nous proposerons àla ministre de l’inclure ànouveau dans les prochaines éditions du manuel scolaire, pour mentionner que l’Etat algérien est musulman". Autre cible, la nouvelle couverture du manuel d’éducation islamique du cours préparatoire qui représente deux garçons et deux filles main dans la main se dirigeant vers l’école. Rien de moins qu’"une atteinte àl’identité nationale, àl’esprit de l’enfant et àsa personnalité" pour l’association des Oulémas musulmans algériens, un mouvement culturo-religieux historique.

La ministre, cible des islamistes

Depuis l’élection du président Abdelaziz Bouteflika en 1999, les promesses de réformes se sont heurtées àses alliés conservateurs. En mai 2014 le ministère de l’Éducation nationale est confié àNouria Benghebrit, une anthropologue francophone diplômée de l’université Paris V et membre du Conseil économique et social des Nations unies.

Lire aussi : En Algérie, un scrutin àl’ombre de l’obscurantisme

Depuis sa nomination, celle qui a promis de réformer l’école est la cible de campagnes violentes des milieux islamistes mais aussi de conservateurs soutenant le gouvernement tels que le Front de libération nationale (FLN) et le Rassemblement national démocratique (RND). Pour les islamistes, les réformes de la ministre sont une "agression contre les enfants et l’identité du peuple algérien".

Si Nouria Benghebrit a fait passer des réformes sur la formation des enseignants ou l’enseignement des langues, elle reste prudente au niveau de l’enseignement religieux dans l’école. Il est pourtant régulièrement critiqué, et considéré comme trop conservateur, voire haineux par certains parents d’élèves.

Les tentatives de déstabilisation àl’encontre de la ministre vont parfois loin. Il lui est régulièrement reproché une connaissance approximative de la langue arabe ou encore d’être de "descendance juive". Ses détracteurs utilisent le fait que son père, recteur de la grande mosquée de Paris pendant la Seconde guerre mondiale, a caché des enfants juifs. En septembre, un photomontage de son fils sortant d’une synagogue de New-York, kippa sur la tête, a circulé sur les réseaux sociaux. Si certains la soutiennent, beaucoup de ses collègues du gouvernement restent silencieux face àces attaques. Répondant récemment àla fronde contre les manuels scolaires, la ministre a demandé àses adversaires de "laisser l’école tranquille".