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Rompre avec l’Islam

Interview avec Maryam Namazie

mardi 10 octobre 2017, par siawi3

Source : https://revolutionfeministe.wordpress.com/2017/01/29/rompre-avec-lislam/

Rompre avec l’Islam
(Interview de Maryam Namazie)

Photo : Campagne #ExMuslimBecause : "Ex-musulmane car j’ai vécu sous un régime islamique en Iran"

29 janvier 2017

Rompre avec l’Islam

Interview de Maryam Namazie
Par Francine Sporenda

Traduction RF_Drapeau_Francais

Maryam Namazie est une militante iranienne des droits humains et des droits des femmes engagée dans la lutte contre l’islam politique et pour la laïcité. Elle est la porte-parole de Iran Solidarity, de One Law for All et du Conseil des ex-musulmans de Grande-Bretagne (CEMB) et de Fitnah, mouvement pour la libération des femmes dont les objectifs sont la liberté et l’égalité, la défense de la laïcité, la fin des lois et traditions religieuses et culturelles misogynes, du voilement obligatoire, de la ségrégation sexuelle, du trafic prostitutionnel et des violences contre les femmes.

FS : Que pensez-vous du concept d’ « islamophobie » ?

MN : L’ « islamophobie » est un terme politique qui est agité comme un épouvantail pour imposer silence aux gens. C’est une tentative des islamistes et de leurs apologistes pour empêcher toute critique de l’islam et du mouvement islamiste en confondant la critique absolument nécessaire des religions et le fait de nuire aux musulmans. Critiquer les religions et la droite religieuse, ça n’est pas attaquer les croyants, clairement, ce sont deux choses différentes. Les confondre vise à protéger le mouvement islamiste de ceux qui le contestent.

FS : Vous dites que la gauche occidentale a deux catégories de politique « progressiste » : celle qu’ils veulent pour eux, le mariage pour tous, l’égalité des droits etc. Et celle qui est appropriée pour les « musulmans ». Pouvez-vous développer sur ce double standard ?

MN : Les « progressistes » qui se rangent souvent aux côtés des islamistes contre nous, les contestataires, sont progressistes quand il s’agit de leur vie et de leurs droits. Ils veulent—légitimement—le mariage gay, avoir le contrôle de leur corps, le droit d’être athée et de critiquer le christianisme, le droit d’avoir des relations sexuelles hors mariage, de danser, d’aimer, de se moquer du pape et du Vatican, mais quand il s’agit de nous, nous devenons à leurs yeux des « autochtones » et des « noix de coco » si nous demandons la même chose (1).

Leurs exigences pour eux-mêmes sont sans limites, mais nous ne sommes supposés vivre notre vie que confinés dans les limites de l’islam. Nous sommes vus comme des extensions de nos communautés et de nos leaders religieux, et non comme des individu-e-s possédant des droits et des idées politiques qui sont—entre parenthèses—pas spécifiquement occidentales mais universelles.

FS : Vous dites que les positions anticolonialistes de la gauche occidentale sont en fait les positions des classes dirigeantes autoritaires des « pays musulmans ». Pouvez-vous expliquer cette affirmation ?

MN : Quand vous vous ralliez aux politiques identitaires et que vous vous identifiez à des communautés ou sociétés culturellement homogènes, vous passez dans le camp de ceux qui les dirigent, ce qui fait que cette gauche finit toujours par se rallier aux classes dirigeantes, jamais aux contestataires. Les politiques identitaires n’admettent que les religions et les cultures homogènes et sont incompatibles avec les politiques de classe et les mouvements politiques et sociaux.

FS : Que pensez-vous du concept d’ »exercice responsable de la liberté d’expression » qui a été défendu par Tariq Ramadan et plusieurs intellectuels occidentaux après l’attentat de Charlie Hebdo ?

MN : Appeler à un usage « responsable » ou « inoffensif » de la liberté d’expression, c’est tenter de la restreindre. Là où les islamistes sont au pouvoir, ceux et celles qui critiquent la religion sont persécutés pour blasphème ou apostasie.

Dans les pays occidentaux, les islamistes et leurs partisans appellent à un « exercice responsable de la liberté d’expression » et condamnent leurs critiques comme « islamophobes » et racistes parce qu’ils veulent imposer de facto des lois contre le blasphème. Aussi cet appel implique que c’est la victime qui doit être blâmée pour avoir offensé ceux qui seraient ensuite « obligés » de la tuer en réponse à cette « offense ».

Ça revient à placer la responsabilité des violences sur la victime et non sur les perpétrateurs. Il nous arrive tous d’être offensés, à un moment ou à un autre—moi, c’est la religion qui m’offense—mais appeler à la libre expression « responsable » en face de la violence, c’est excuser cette violence, comme si des caricatures et le blasphème étaient pires que le meurtre.

FS : Pouvez-vous nous parler des « tribunaux islamiques » en Angleterre et nous expliquer pourquoi ils violent systématiquement les droits des femmes  ?

MN : Ici en Grande-Bretagne, les « tribunaux islamiques » s’occupent des affaires familiales—et ce ne sont pas des questions triviales comme on les décrit souvent ; au contraire, elles sont centrales au projet islamiste de contrôle des femmes et ce sont des domaines où les plus grandes violations des droits des femmes « issues des minorités » ont lieu.

Le refus du droit au divorce, de sortir de situations de violence, y compris de violences domestique, les mariages forcés, la polygamie et le viol conjugal, les enfants enlevés aux mères après un certain âge sans considération de leur bien-être sont des combats importants pour les femmes vivant sous domination religieuse partout dans le monde.

Ici en Grande-Bretagne, ce projet pour contrôler les femmes est souvent présenté comme un « choix », et un « droit »– alors que ce n’est ni l’un ni l’autre.

FS : De nombreuses féministes défendent le « droit à se voiler » mais jamais le droit de se dévoiler. Considérez-vous que cela constitue une trahison ?

MN : Bien sûr que c’est une trahison. Que des féministes défendent le droit des islamistes de contrôler et de faire disparaître le corps des femmes comme source de honte et de fitnah (chaos) est la plus grande des trahisons.

Plutôt que de s’opposer à la honte que l’islam attache aux corps des femmes et des filles, ils édulcorent la guerre de la droite religieuse contre les femmes en réduisant cette prescription du voile à un « choix » et un « droit ». Bien sûr, il y a des femmes qui disent « choisir » de se voiler mais socialement parlant, le voile a été imposé par la force brutale et par la violence. Si ce n’était pas le cas, on n’aurait pas besoin d’une police de la moralité et de mettre la pression sur les femmes pour qu’elles se conforment à cette obligation.

MN : Vous avez appelé à un bannissement du niqab. Pouvez-vous expliquer pourquoi il devrait être banni ?

MN : Je pense que les adultes ont le droit de porter les vêtements qu’ils veulent, bien que ce soit souvent plus une liberté formelle que réelle, mais le niqab est un sac qui enferme le corps des femmes, c’est une prison mobile.

On doit s’y opposer parce que c’est fondamentalement une atteinte aux droits des femmes. Si on disait à une personne de couleur ou gay que, pour le maintien de l’ordre social, elles doivent disparaître, nous serions outrés mais quand il s’agit des femmes, on l’excuse au nom du « respect » pour la culture et la religion.

FS : Vous dites qu’en Grande-Bretagne et même dans les « pays musulmans », les ex-musulmans vivent dans la peur de subir des représailles pour avoir abandonné leur religion et que « beaucoup ont peur d’admettre qu’ils n’ont plus la foi ». Pouvez-vous nous parler de ce « tsunami d’athéisme » qui aurait lieu dans ces pays et comment ces gens sont réduits au silence et ostracisés pour avoir déserté l’islam ?

MN : Internet fait pour l’islam ce que la presse à imprimer a fait pour la chrétienté dans le passé. Les réseaux sociaux n’ont pas seulement donné à d’innombrables jeunes un accès aux idées « interdites » et un espace pour s’exprimer alors qu’ils n’en avaient aucun auparavant, mais ils leur ont aussi permis de trouver des gens qui partagent leurs idées, d’échanger leurs histoires et de voir qu’ils ne sont pas seuls à penser ainsi.

Cela leur a donné du courage et l’espoir de pouvoir vivre comme ils l’entendent à l’avenir. C’est devenu un mouvement de résistance global.

« L’athéisme progresse comme un tsunami » a déclaré un responsable inquiet du régime islamique iranien. La « menace de l’athéisme » explique pourquoi le gouvernement saoudien assimile désormais l’athéisme au terrorisme et que le ministère de la jeunesse d’Egypte ait rejoint la plus haute autorité sunnite, l’université Al-Azhar, pour combattre ensemble l’« extrémisme et l’athéisme ».

Nous sommes littéralement des millions d’ex-musulmans, dans chaque maison et dans chaque famille, à chaque coin de rue, dans chaque ville, dans chaque village, dans toute la Grande-Bretagne et dans le monde.

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(1) On appelle « Bounty » ou « Noix de coco »–brun à l’extérieur, blanc à l’intérieur—des personnes « issues des minorités » ayant adopté les idées et comportements occidentaux (expression à connotation raciste – « mais quand il s’agit de nous, nous devenons à leurs yeux des « autochtones » et des « noix de coco » si nous demandons la même chose »).