Subscribe to SIAWI content updates by Email
Accueil > impact on women / resistance > Algérie Mémoires contre l’oubli

Algérie Mémoires contre l’oubli

mercredi 25 octobre 2017, par siawi3

Source : http://kabyleuniversel.com/2015/03/22/ajouad-algerie-memoires-contre-loubli/
KabyleUniversel.com
Berbèrité, Universalité. Pour le propre de chacun et le commun de tous

Montréal : Ajouad Algérie Mémoires contre l’oubli

March 22, 2015
Archives

Par Saliha Abdenbi

Pour sa cinquième édition, l’association Ajouad Algérie Mémoires a invité pour la commémoration de la mémoire des victimes du terrorisme en Algérie la professeure de droit international de l’Université de Californie, Karima Bennoune, fille de l’anthropologue chercheur, militant et humaniste, Mahfoud Bennoune, pour la soirée du 20 mars au Centre communautaire de Côte des Neiges. La récipiendaire des prix du meilleur livre des sciences sociales (2013) et du prix littéraire de la paix de Dayton (2014) a présenté un plaidoyer émouvant pour la réhabilitation de la mémoire des victimes de l’intégrisme et du terrorisme islamistes.

Ajouad Algérie Mémoire : une association pour ne pas oublier les victimes (plus de 200.000) de l’islamisme pendant la décennie noire 1990-2000

Son livre « Your fatwa does not apply here », (Votre fatwa ne s’applique pas ici), raconte l’histoire de la résistance anti-terroriste à travers l’interview d’environ 300 personnes de différents horizons, de différentes professions, vivant dans 30 pays musulmans comme l’Algérie, la Tunisie, le Soudan, le Mali, le Niger, le Sénégal, l’Égypte, le Pakistan, l’Afghanistan, l’Iran, etc., ou vivant dans la diaspora. En plus du devoir de mémoire pour les opposants de l’intégrisme et du terrorisme islamistes, par ce livre, l’auteure veut faire connaître l’histoire de la résistance et la « faire introduire dans le monde anglophone pour apprendre ce qui s’est passé (par exemple) en Algérie, mais aussi pour (en) tirer des leçons… » et « …changer certains stéréotypes de certains Américains vis-à-vis des musulmans ou de personnes présumées de culture musulmane », dit elle.

Loin de tout discours aseptisé, l’intervenante rejette le « politiquement correct » pour laisser place à la vérité, au vécu des victimes oubliées ou marginalisées des droits humains comme Aminatou Douda du Niger, militante pour l’application de CIDEF (Convention sur l’élimination de toute discrimination à l’égard des femmes), Assia Bibi du Pakistan, condamnée à mort pour blasphème, Zaina Bessaoui militante féministe du Soudan, « des femmes qui sont sur la ligne de front dans la lutte contre l’extrémisme, c’est quand on parle des contextes à majorité musulmane, ou même chrétienne ou juive et partout dans le monde, les femmes se défendent toujours contre les fondamentalismes… c’est le moment ou jamais où la communauté internationale doit absolument écouter ces voix, les Algériens qui savent trop bien comment il faut se battre contre les partisans du soi-disant État islamique peuvent jouer un rôle de leadership très important », a-t-elle ajouté.

Votre fatwa ne s’applique pas ici

« Cultivant les roses dans le triangle de la mort », en faisant référence au côté de Blida, ville des roses, de Médéa, de Sidi Moussa où il y a eu le nombre le plus élevé de crimes, est la partie du livre qui parle de la décennie noire en Algérie (1990-2000). Une période qui a connu des centaines de milliers de victimes parmi lesquelles des femmes, des enfants et des intellectuels. Comme l’exprime l’extrait de textes, des associations des victimes de terrorisme, repris par la conférencière : « Des citoyens non armés et sans protection de la part de l’État, ont été la cible principale d’assassinats, de tortures, de disparition, de viols collectifs et de massacres ». « Dans sa lutte contre le terrorisme, l’État a mené une répression contre la population aussi avec des arrestations arbitraires, des exécutions extrajudiciaires, des tortures et des disparitions forcées. Aucune enquête n’a été menée pour retrouver ces disparus ni les personnes enlevées par les groupes islamistes armés ». Aujourd’hui, « Djazairouna », association des victimes du terrorisme, est interdite de manifester, le jour du 8 mars, à la mémoire des femmes victimes du terrorisme violées et assassinées. « Les autorités nous dénient même le droit à la mémoire », dit Cherifa de Djazairouna.

Karima Benoune : professeure de droit international et auteure de Your fatwa does not apply here. Photo S. Abdenebi pour KU

Karima Bennoune invite à souscrire à la lignée des insoumis comme Boulem Yekker, le héros du livre « Le dernier été de la raison » du journaliste et écrivain, Tahar Djaout, assassiné en juin 1993, qui refuse de se soumettre. Il est décrit par son auteur ainsi : « Il était de ceux qui avaient décidé de résister, ceux qui avaient pris conscience que lorsque les hordes d’en face auraient réussi à répandre la peur et à imposer le silence, elles auraient gagné… Si tu te tais, tu meurs ; et si tu parles, tu meurs ; alors, dis et meurs. », reprend karima Bennoune.

Touchée elle-même par les témoignages recueillis, l’auteure a réussi non seulement à donner l’exemple des plus grandes résistances des femmes et des hommes aux tragédies meurtrières, mais elle a réussi à montrer l’humanité et l’espoir de ces femmes et de ces hommes malgré les circonstances. Par son travail sur le terrain, professeure Karima Bennoune, défie toute théorie du complot professée par ailleurs ou toute tentative de blanchiment des terroristes islamistes et de la tendance Djihadiste avérée aujourd’hui à travers le monde. L’enjeu n’est-il pas aujourd’hui cette reconnaissance des faits ?