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France: L’affaire Tariq Ramadan prend de l’ampleur

Friday 27 October 2017, by siawi3

Source: https://www.marianne.net/societe/accusation-de-viol-contre-tariq-ramadan-derriere-henda-ayari-d-autres-victimes

Photo: Tariq Ramadan, le petit-fils du fondateur des Frères musulmans, est accusé de viol. La contre-attaque contre la plaignante a commencé sur les réseaux sociaux. - UGO AMEZ/SIPA

#Balancetonporc
Accusation de viol contre Tariq Ramadan : derrière Henda Ayari, d’autres victimes ?

Par Floriane Valdayron

Publié le 23/10/2017 à 20:00

Harcèlement, menaces… Depuis qu’elle a annoncé qu’elle portait plainte contre Tariq Ramadan pour "viol", Henda Ayari est la cible de ses fidèles sur les réseaux sociaux. Le prédicateur nie les faits. La victime présumée, elle, appelle les autres femmes à "dénoncer ce gourou pervers".

Il nie en bloc et a annoncé vouloir déposer plainte pour "dénonciation calomnieuse". Elle maintient ses accusations et appelle les "autres femmes victimes" à prendre la parole à leur tour. Depuis que Henda Ayari, ancienne salafiste devenue militante féministe et laïque, a porté plainte ce vendredi 20 octobre contre l’islamologue suisse Tariq Ramadan, cette dernière subit une violente contre-attaque sur les réseaux sociaux. Dans la foulée de l’affaire Harvey Weinstein, la présidente de l’association Libératrices a accusé le prédicateur musulman de "viol, agressions sexuelles, violences volontaires, harcèlement et intimidation". Les faits auraient eu lieu dans un hôtel parisien et remonteraient au printemps 2012.

"Gourou pervers"

En 2016, dans son ouvrage J’ai choisi d’être libre, Henda Ayari relatait une telle agression sexuelle mais sans révéler le nom de l’homme mis en cause. C’est ce pas qu’elle a franchi le 20 octobre en révélant qu’il s’agissait de Tariq Ramadan. En annonçant sur sa page Facebook son dépôt de plainte, elle écrit : "J’ai ressenti le besoin de parler aussi pour toutes les autres victimes. J’espère vraiment que d’autres femmes victimes, comme moi, oseront parler et dénoncer ce gourou pervers qui utilise la religion pour manipuler les femmes !".

Des "victimes" et des "femmes", au pluriel. Lorsque Marianne lui demande si d’autres victimes potentielles se sont manifestées, Maitre Jonas Haddad, l’avocat de la plaignante, préfère rester "prudent" et "garder ça pour [lui], pour l’instant".

La plainte d’Henda Ayari et son appel aux autres "victimes" ne surprend pas Ian Hamel, journaliste et auteur du livre La vérité sur Tariq Ramadan : sa famille, ses réseaux, sa stratégie (2007). "Depuis 2012, j’ai lu cinq ou six témoignages de femmes accusant Tariq Ramadan de les avoir insultées, violées, frappées et menacées, raconte-t-il. Je ne peux pas confirmer leurs déclarations vu qu’elles n’ont pas porté plainte et que je n’ai pas les preuves. Mais même s’il est présumé innocent, l’accumulation pose question : pourquoi l’accusent-elles systématiquement de la même chose ?". Il affirme même que l’une d’elle, après avoir franchi le pas de la plainte, aurait fini par se rétracter "sous la menace". Dans les médias, aucune accusation de ce type n’a jusqu’alors entaché Tariq Ramadan.
Ian Hamel précise : "
Concernant les viols, rien n’est prouvé. Mais je crois ces femmes quand elles disent qu’elles ont été menacées."
"Il lui a dit qu’il était soutenu par des gens très puissants"

Les menaces, justement, auraient également empêché Henda Ayari dans dire davantage au moment de l’agression présumée. C’est ce qu’elle affirme encore sur Facebook : "Je n’ai jamais voulu donner son nom, car j’ai reçu des menaces de sa part si jamais je le balançais, j’ai eu peur." Son avocat confirme : "Il l’avait menacée par message pour qu’elle ne parle pas. Il lui a dit qu’il était soutenu par des gens très puissants".

"Réseaux de disciples sur Internet"

"Vu les réactions sur les réseaux sociaux, je comprends qu’elle ait eu peur : il y a pratiquement des appels aux meurtres", surenchérit Ian Hamel. Effectivement, si la prise de parole a suscité des soutiens, Henda Ayari doit également affronter une "grosse tempête", comme elle le pressentait sur son mur Facebook. "Elle reçoit des appels anonymes et énormément de menaces sur les réseaux sociaux. Certaines personnes lui font comprendre qu’ils savent où elle habite et où sont ses enfants, assure son avocat. Tariq Ramadan a un large réseau d’adeptes et de disciples qui se manifestent via Internet".

Là non plus, le journaliste Ian Hamel n’est pas étonné. Il insiste notamment sur le fait que l’islamologue est considéré comme un "saint homme" et que ses adeptes l’écoutent sans remettre en question ses paroles. "Il y a quelques temps, j’avais écrit dans un article que, contrairement à ce qu’il prétendait, il n’avait pas le titre de professeur de philosophie et d’islamologie à Fribourg. Il y donnait seulement un cours bénévolement, explique le journaliste. Les membres du département s’attendaient à crouler sous les coups de téléphone mais ils n’en ont reçu aucun. Personne n’a voulu vérifier si Ramadan disait vrai ; j’ai juste été traité de menteur par ses adeptes". Tout comme Henda Ayari.

"Il faut avoir beaucoup de courage pour critiquer Ramadan"

D’où l’importance, pour Ian Harmel, de porter plainte à plusieurs. "Je pense qu’Henda Ayari aurait plus de crédibilité si d’autres femmes se manifestaient. Mais ce n’est pas évident, surtout quand on voit toutes les insultes qui lui sont adressées. Il faut avoir beaucoup de courage pour critiquer Ramadan".

Pour le journaliste, la tromperie fait partie intégrante du personnage Ramadan. "Les femmes pensent que c’est un grand savant, un érudit ; elles viennent vers lui, observe-t-il. Une fois la première impression passée, plusieurs l’accusent d’être menteur et hypocrite ; et ce, depuis plus de dix ans". Le journaliste fait notamment allusions aux "jeunes femmes" qui ont pu le contacter après la publication de son livre-enquête de 2007. "Elles m’ont dit que, contrairement à ce qu’il prétendait, il avait énormément de maitresses et qu’elles en avaient fait partie. Ça pose un problème dans la mesure où il est très strict publiquement et condamne le sexe avant le mariage alors qu’il cumule les amantes." Un trait de personnalité qui questionnait sa "morale" mais ne tombait pas sous le coup de la loi.

Pour l’heure, le parquet de Rouen n’a pas annoncé l’ouverture d’une enquête mais l’avocat d’Henda Ayari se veut confiant.

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Source: http://www.lepoint.fr/monde/l-affaire-tariq-ramadan-agite-les-reseaux-sociaux-22-10-2017-2166500_24.php

L’affaire Tariq Ramadan agite les réseaux sociaux

L’islamologue, accusé de viol, a opposé un "démenti formel". Depuis près de 30 ans, l’intellectuel musulman, adulé par certains, est aussi très contesté.

De notre correspondant à Genève, Ian Hamel

Publié le 22/10/2017 à 15:49 | Le Point.fr

Au début des années 1990, Tariq Ramadan n’a pas encore d’engagement religieux. Il anime à Genève une petite ONG baptisée Coopération coup de main. L’un de ses camarades se souvient que, déjà à cette époque, Tariq Ramadan « provoquait des réactions épidermiques » : « Je ne sais pas pourquoi, mais il a toujours indisposé un certain nombre de gens. Est-ce à cause de sa suffisance, de son intime conviction de détenir la vérité ? » Presque 30 ans plus tard, rien n’a vraiment changé. Alors qu’il est adulé par des dizaines de milliers de jeunes, beaucoup d’autres lui vouent une haine inextinguible. Et les deux camps s’expriment bruyamment sur les réseaux sociaux.

Vendredi, Henda Ayari, une ancienne salafiste devenue militante féministe et laïque, dépose une plainte contre l’islamologue pour « viol, agressions sexuelles, violences volontaires, harcèlement, intimidation ». Les faits remonteraient au printemps 2012. L’enquête s’annonce longue et complexe. Dès le lendemain, l’avocat pénaliste Yassine Bouzrou annonce qu’une plainte pour dénonciation calomnieuse sera déposée lundi auprès du procureur de la République de Rouen, et que le théologien suisse oppose « un démenti formel à ces allégations ».

Deux camps

Presque immédiatement, le fait que Yassine Bouzrou défende « Tariq Ramadan à la suite de l’accusation de viol de la part de Henda Ayari » apparaît sur la page Wikipédia de l’avocat… Très vite, les réseaux sociaux s’enflamment, les positions des pro et des anti-Ramadan apparaissent incroyablement tranchées. Pour les admirateurs de l’islamologue, qui s’expriment sur le site Oumma.com, « c’est complètement impossible et ça pue le coup monté », dit l’un. « Pour moi, c’est impossible, je ne le crois pas une seule seconde. » Un autre déclare : « Évidemment, cette femme est une menteuse, une manipulatrice. »

Chez les détracteurs de Tariq Ramadan, on ne fait pas non plus dans la dentelle : « Je lui ai toujours trouvé une tête de pervers. Maintenant, il a une tête de cochon. » Ou encore : « Pas de moratoire, on le lapide. » Dans un commentaire posté sous l’article du Point consacré à l’affaire, un internaute estime que Henda Ayari « ne doit pas être la seule » et ajoute : « Il était temps que ce personnage sulfureux et connu comme tel par les observateurs lucides (P. Bruckner et quelques autres…) soit traité comme il se doit : un manipulateur XXL. »

Enregistrements compromettants

Le 20 octobre au soir, sur sa page Facebook, une jeune femme a partagé un article du quotidien suisse 24 Heures titré « Tariq Ramadan visé par une plainte pour viol » et a écrit : « A tous ceux qui n’ont pas répondu aux appels au secours durant toutes ces années, je vous laisse gérer votre conscience ! » Depuis près de trente ans, l’auteur de L’Islam et le Réveil arabe est accusé publiquement de double langage. Plus discrètement, sur les réseaux sociaux, un nombre sans cesse croissant de femmes, pour la plupart musulmanes, mettent en cause la vie privée de l’islamologue. Des griefs très souvent anonymes.

La plupart de ces jeunes femmes reconnaissent qu’elles sont d’abord tombées sous son charme. N’est-il pas considéré comme un homme très pieux, très érudit, voire un savant ? Toutes racontent plus ou moins la même histoire. Tariq Ramadan, marié et père de quatre enfants, leur jurerait qu’il vient de divorcer. Il les demanderait en mariage. Le prédicateur deviendrait ensuite odieux, puis particulièrement violent. Il les frapperait, les menacerait. Majda Laroussi, se présentant comme une ancienne maîtresse de Ramadan, avait parlé à visage découvert au Point, apportant des mails et des enregistrements très compromettants pour le petit-fils d’Hassan el-Banna, le fondateur des Frères musulmans.

Réputation

« Je ne l’ai jamais vu prier une seule fois en privé. Manger hallal ? Hallal ou pas, ce n’est qu’un détail, répète-t-il. Ramadan passe le plus clair de son temps à draguer, à piéger ses proies à coups de promesses et de mensonges envoyés par mail ou par SMS », affirmait cette Bruxelloise d’origine marocaine. Dans un ouvrage paru en octobre, intitulé Le Double Discours. Tariq Ramadan le jour, Tariq Ramadan la nuit (1), Lucia Canovi, une Française convertie, consacre plusieurs chapitres aux supposées turpitudes du prédicateur. Mais aucune n’avait jusqu’à présent déposé une plainte contre le professeur d’études islamiques contemporaines à l’université d’Oxford.

Dans les années 1990 et au début des années 2000, la presse suisse ne cachait pas la réputation de Tariq Ramadan. « Son charme rend les filles baba », écrivait le magazine suisse L’Hebdo en 1998. Mais être dragueur n’est pas répréhensible. Tout juste peut-on lui reprocher de défendre dans ses conférences une morale nettement plus rigoureuse que celle qu’il s’applique. Dans Les Grands Péchés, par exemple, Tariq Ramadan conseille aux musulmans d’éviter les piscines mixtes afin de ne pas avoir à lorgner les femmes en bikini…

Insultes et menaces

Ces femmes qui accusent le prédicateur évoquent également des insultes et des menaces. De la même façon, tous ceux qui entrent en conflit avec le prédicateur peuvent témoigner de ses méthodes peu orthodoxes, pour ne pas dire musclées. Pour avoir refusé de cautionner la thèse universitaire hagiographique que Tariq Ramadan voulait consacrer à son grand-père Hassan el-Banna, fondateur des Frères musulmans, Ali Merad, professeur émérite à l’université de la Sorbonne, a été menacé d’une plainte s’il n’obtenait pas son doctorat ! « J’ai été directeur de thèse pendant près de quarante ans. Je n’ai jamais vu un étudiant se conduire de la sorte », déplorait Ali Merad (2). En 2009, l’ancien ministre socialiste Jean Glavany a été harcelé par une meute d’admiratrices de Tariq Ramadan pour avoir simplement émis un avis critique sur leur idole.

(1) Sur Amazon, 604 pages.

(2) La Vérité sur Tariq Ramadan. Sa famille, ses réseaux, sa stratégie. Éditions Favre, 358 pages.