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France : Les complices du Tartuffe islamiste

mardi 7 novembre 2017, par siawi3

Source : Marianne, 3 au 9 novembre 2017

Le complices du tartuffe islamiste

Martine Gozlan

Intellos, philosophes e journalistes couvent depuis vingt ans leur intégriste préféré. Ils portent une lourde responsabilité dans la radicalisation idéologique de jeunes français musulmans

Sans eux, il ne serait rien. IIs ont mis Tariq Ramadan sur orbite, en lumière et en majesté. C’est grâce au parrainage de nombreuses célébrités que le prédicateur islamiste a acquis un statut d’astre intellectuel musulman. En raison de sa présence médiatique répétée, au début des années 2000, il a éclipsé ceux qui, nés dans la culture musulmane, travaillaient avec grand courage et vrai talent sur l’islam. Or I’enjeu consistait à capter l’attention des jeunes générations de Français musulmans. De leur perception et de leur connaissance de I’islam dépendait leur choix de l’altérité ou celui du sectarisme. Pourquoi les regrettés Mohammed Arkoun et Abdelwahab Meddeb, puis Abdennour Bidar, Mahmoud Hussein, Youssef Seddilç tous ces opiniâtres questionneurs des codes coraniques n’ont-ils pas brisé le plafond de verre qui empêchait leurs oeuvres de se diffuser largement dans Ia jeunesse musulmane ?

ADOUBÉ DANS LES SALONS
C’est qu’ aucun de ces auteurs nâ .q bénéficié d’un protecteur. Tous, sans oublier les femmes, comme notamment Leïla Babès et notre amie Djemila Benhabib, se sont battus et se battent dans la solitude contre l’islamisme. Tariq Ramadan, lui, a été adoubé par les salons politiques et médiatiques. Ce qui lui a Permis d’exercer son influence bien au-delà de sa famille naturelle, les relais des Frères musulmans dans l’Hexagone comme IUOIF, I’Union des organisations islamiques de France.
C’est en octobre 2000 que sort, aux éditions Actes Sud, sous le titte l’Islam en questions, un livre-débat entre Tariq Ramadan et Alain Gresh, alors directeur du Monde diplomatique. A l’époque, Ia revue a beaucoup de prestige à gauche. La culture politique d’Alain Gresh est celle des luttes anticoloniales et du tiersmondisme. < J’appartiens à une génération venue à Ia politique - comme on dit venir au monde - à travers le formidable mouvement de décolonisation et à la faveur de la lutte que nous proclamions invincible, du peuple vietnamien contre I’agression des Etats-Unis >, écrit-il dans Lettre à ma fille. Mais Gresh et Ies siens sont désormais orphelins des idéaux qui les ont fait vibrer. De Londres à Paris, Ia gauche devenue ultra et alter va faire la jonction avec l’islamisme. Au printemps 2004, en pleine bataille française sur le voile islamique à l’école, le journal Soclalisme international, édité par les trotskistes de la Ligue communiste révolutionnaire, écrit : < C’est une erreur grave d’exclure toute organisation musulmane de la lutte contre l’impérialisme. > Il est donc permis au prolétariat de faire alliance avec le prophète, pour reprendre le titre d’un éditorial des trotskistes britanniques. Tariq Ramadan a déjà eu sa tribune au Forum social européen de Saint-Denis en 2003. Alain Gresh lui a ouvert les bras, mais aussi les colonnes du Monde diplomatique, depuis quatre ans.
Fait valorisant pour Ramadan : ce protecteur est juif. Gresh appartient à cette galaxie antisioniste - le défunt Stéphane Hessel, Edgar Morin, Gisèle Halimi, et bien d’autres - qui ne peut se résoudre, de peur de trahir la " cause palestinienne", à reconnaître l’antisémitisme islamiste. Alain Finkielkraut, en raison de sa lucidité, s’attirera leurs foudres - et la haine de Tariq Ramadan - malgré son soutien de toujours à la création d’un Etat palestinien. Après l’attentat prémonitoire qui avait détruit les locaux de Charlie Hebdo, Finkielkraut, face à Ramadan sur un plateau télévisé, < prend acte du recyclage contre Israël de clichés antisémites d’une extrême violence >.
Rien de tout cela ne perturbe les parrains du < play-boy salafiste > comme nous l’avions surnommé à Marianne dans notre numéro consacré aux sources et aux discours des prêcheurs de haine après les attentats de novembre 2015 (lire n’971).
A la sidération dAlain Gresh, vampé par un gourou qui pourrait peut-être ranimer, via I’islam, la défunte révolution, se joint la jubilation de Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Boniface, qui avait théorisé naguère au Parti socialiste, sur fond de scandale, I’importance du vote musulman, publie en 20l l un pamphlet intitulé les Intellectuels faussaires où il attaque violemment notre collègue Caroline Fourest, précisément pour son enquête serrée sur Frère Tariq (Grasset, 2004). Le géopoliticien prend fait et cause pour Ramadan. Là encore, la victimisation des musulmans et la mise en accusation obsessionnelle d’Israël, bien au-delà des choix politiques de I’Etat hébreu, servent de trait d’union entre le directeur de I’Iris et le fidèle petit- fils du fondateur des Frères musulmans. Ramadan peut continuer tranquillement son travail de sape des valeurs républicaine. Ecrire : < Il n’est pas permis aux femmes de faire du sport dans des conditions qui dévoilent leur corps aux hommes.> Et encore : < Il faut veiller au contrôle des programmes scolaires et les empêcher de véhiculer des valeurs non conformes à nos principes. > Pourquoi s’étonner du drame des enseignants, confrontés au refus de leurs cours par des élèves qui clapotent dans une atmosphère de plus en plus délétère ? L’homme qui a contribué à épaissir le brouillard des fureurs se pavane entre micros et caméras.

SUR TOUTES LES SCÈNES
Pour son gala de soutien en mai 20 15, le Comité contre I’islamophobie en France met aux enchères un déjeuner avec I’islamo-star. Lors de cette édifiante soirée, Pascal Boniface, Alain Gresh et une représentante du Parti socialiste fraternisent avec Houria Bouteldja, du parti raciste et antisémite Les Indigènes de la République.
Depuis 2014, < l’islamologue >, comme on le présente toujours (une façon de phagocyter les vrais chercheurs) a un nouveau compagnon de route. Chargé d’ans et de gloire, avec 60 oeuvres traduites dans des dizaines de langues, Edgar Morin est une vache sacrée de la philosophie de gauche. En dialoguant avec Ramadan dans Au péril des idées (Presses du Châtelet), il offre à son interlocuteur un fantastique ticket d’entrée dans le club des belles âmes humanistes. L’échange, recueilli à La Mamounia, le Palace de Marakech, se renouvelle trois ans plus tard, au dessus de la même théière....

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