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France : Affaire Tariq Ramadan : le courage des unes, la stigmatisation des autres

mardi 7 novembre 2017, par siawi3

Source : http://www.bondyblog.fr/201711061005/affaire-tariq-ramadan-le-courage-des-unes-la-stigmatisation-des-autres/#.WgA56ig1jCR

Affaire Tariq Ramadan : le courage des unes, la stigmatisation des autres

C’EST CHAUD lundi 6 novembre 2017

Par Fatma Torkhani

Depuis l’affaire Harvey Weinstein, plusieurs femmes dénoncent harcèlements sexuels, agressions et viols dont elles ont été victimes à travers les hashtags #BalanceTonPorc et #MeToo. En France, deux femmes accusent Tariq Ramadan et portent plainte pour viol. Alors que toutes ces femmes ont le courage de dénoncer les agissements présumés d’hommes parfois puissants et influents, d’autres en profitent pour déverser leur haine et stigmatiser.

Voici quelques semaines déjà que j’ai découvert avec admiration et respect les nombreux récits de femmes qui témoignent des viols, agressions sexuelles et harcèlements sexuels qu’elles ont subis partout : sur leurs lieux de travail, chez elles, dans la rue, dans des lieux publics… C’est donc en tant que femme que je lis ces témoignages et que je me reconnais dans plusieurs d’entre elles. Pour moi, elles sont des héroïnes. C’est malheureux à dire mais de nos jours, il faut être une superwoman, pour oser en parler ouvertement. La preuve en est : tous ces message haineux, moqueurs ou ces réflexions totalement déplacées que se prennent certaines d’entre elles. Comme celui-ci lu sur Twitter : “Drôle d’époque durant laquelle les femme pleurnichent sur #balancetonporc et s’offrent sur #Tinder au premier mâle venu”.

Certains témoignages pointent du doigt des hommes puissants et influents. Depuis quelques jours, c’est Tariq Ramadan qui se retrouve sur le banc des accusés. La militante féministe Henda Ayari témoigne sur sa page Facebook affirmant avoir été violée par ce dernier. Une autre victime présumée témoigne dans le journal Le Monde et raconte les violences insupportables et inhumaines que l’homme lui aurait fait subir. L’affaire continue puisque d’anciennes élèves de Tariq Ramadan racontent avoir été manipulées et victimes d’agressions sexuelles par celui qui était enseignant à Genève alors qu’elles étaient encore mineures. En tant que femme et jeune reporter, je lis avec grand intérêt et admiration les témoignage de ces femmes.

Plus les jours passent, plus l’affaire prend de l’ampleur. Charlie Hebdo en fait la Une de son journal, ce qui lui vaut des menaces de mort. Sur les réseaux sociaux, fleurissent les insultes, les attaques ou encore les théories du complot dont celle d’un prétendu complot sioniste à l’encontre de Tariq Ramadan. Alors qu’il s’agissait de parler de femmes, de leur combat et de leur courage, l’affaire prend une autre tournure à travers un article d’un grand quotidien national.

Copie d’écran du post Facebook de l’article du Figaro sur Tariq Ramadan du 2 novembre 2017

“Tariq Ramadan, le héros des jeunes Maghrébins de banlieue“

Le 2 novembre, je découvre ce papier du Figaro où il est écrit noir sur blanc : “Tariq Ramadan, le héros des jeunes Maghrébins de banlieue“. Je n’y crois pas, je crois halluciner. Nous en sommes donc arrivés à un point où un journal national se permet de me juger, de me catégoriser et de parler à ma place, à cause de mes origines et en raison de mon lieu de résidence.

Nous sommes donc aux yeux du Figaro, un tout, une masse. Oubliez les individualités, les personnalités, les particularités. Nous n’y avons pas le droit. Oubliez notre nationalité aussi. Nous ne sommes plus Français aux yeux du Figaro. Nous sommes Maghrébins. D’autres écriraient même “crouilles” mais heureusement, au Figaro, on sait tenir son langage et respecter autrui.

“Je me retrouve assimilée à Tariq Ramadan pour qui je ne porte aucun intérêt particulier”

Nous sommes des Maghrébins et en plus, nous devons forcément partager la même passion pour un homme. Un “héros“, écrit Le Figaro. Même si nous ne connaissons que très peu de choses sur lui ; même si les seules occasions qui nous ont été données de l’écouter furent à la télévision, comme d’autres millions de gens qui, eux, n’habitent pas les quartiers.

Sur quoi s’appuie, Stephane Kovacs, la journaliste du Figaro, auteur de cet article, pour tirer de telles certitudes ? Est-elle allée à leur rencontre, à notre rencontre ? Leur a-t-elle posé la question, nous a-t-elle interrogés ? A t-elle eu des réponses qui affirment ses dires ? Dans son article, pourtant, rien ne mentionne cela. Pas le moindre témoignage. Je me retrouve donc assimilée à Tariq Ramadan pour qui je ne porte aucun intérêt particulier. Il devient, subitement “mon héros”, ainsi que celui de certains de mes amis, selon Le Figaro. Mais si j’affirme, qu’il ne l’est pas, il y a alors quelque chose qui cloche. Que dois-je faire ? Déménager ? Moi qui habite à Bondy depuis 9 ans. Changer mes origines ? Moi qui suis native de Tunisie. Ou alors accepter d’admirer Tariq Ramadan pour faire plaisir à certains et remplir ainsi leurs cases de préjugés.

“Hors de question de renoncer à ce que je suis et encore moins d’obéir à ce que certains aimeraient que je sois”

Il est bien évident que, pour moi, il est hors de question de renoncer à ce que je suis et encore moins d’obéir à ce que certains aimeraient que je sois. J’ai posé la question à plusieurs de mes amis. Quels sont vos héros ? Soufiane m’a répondu “Cristiano Ronaldo“, Abdou-Karim, quant à lui “admire Martin Luther King” et Yanis m’a confié avoir pour héro “Zinedine Zidane“, qui est un “modèle de réussite dans le travail et qui en plus de ça est humble”. En ce qui me concerne, mon héroïne, est Barbra Streisand : Américaine issue de l’immigration juive polonaise, qui a grandi dans un milieu modeste et à qui on a cessé de répéter qu’elle ne réussirait jamais à devenir comédienne car elle ne correspondait aux canons de beautés de l’époque. Elle s’est toujours battue pour réaliser ses rêves, a toujours soutenu des causes justes tels que les droits des femmes et des homosexuels. C’est une femme qui m’inspire, en qui je me reconnais et qui me donne envie de me battre contre ceux qui voudrait me discriminer ou encore décider à ma place. Mais ce n’est sûrement pas assez cliché pour mériter d’exister dans le Figaro.

Fatma TORKHANI