Subscribe to SIAWI content updates by Email
Accueil > impact on women / resistance > UK : Tariq Ramadan mis en congé de l’université d’Oxford

UK : Tariq Ramadan mis en congé de l’université d’Oxford

mardi 7 novembre 2017, par siawi3

Source : http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/11/07/tariq-ramadan-mis-en-conge-de-l-universite-d-oxford_5211536_3224.html#uqDox5td7OpcTrUW.99

Tariq Ramadan mis en congé de l’université d’Oxford

L’islamologue et théologien suisse est visé par deux plaintes pour viol en France et accusé d’abus sexuel sur des mineures en Suisse.

Le Monde.fr avec AFP et Reuters | 07.11.2017 à 17h10

image : http://s2.lemde.fr/image/2017/11/07/534x0/5211535_6_7419_tariq-ramadan-55-ans-petit-fils-du-fondateur_f191b1d7f2a33e96a10b6f637e2a3ba5.jpg
Tariq Ramadan, 55 ans, petit-fils du fondateur de la confrérie égyptienne islamiste des Frères musulmans, et brillant orateur, bénéficie d’une forte popularité dans les milieux musulmans conservateurs.

L’islamologue et théologien suisse Tariq Ramadan, visé par deux plaintes pour viol en France et accusé d’abus sexuel sur des mineures en Suisse, est mis en congé de l’université d’Oxford, où il enseigne, a annoncé mardi l’université britannique, mardi 7 novembre.

« D’un commun accord et avec effet immédiat, Tariq Ramadan, professeur d’études islamiques contemporaines, a pris un congé de l’université d’Oxford », indique l’université dans un communiqué, soulignant que ce congé « n’implique aucune présomption ni acceptation de culpabilité et permet au professeur Ramadan de répondre aux accusations extrêmement graves portées contre lui ». L’université d’Oxford dit avoir « toujours reconnu la gravité des allégations contre le professeur Ramadan, tout en soulignant l’importance de l’impartialité et des principes de justice et de procédure régulière ».

Lire aussi : Au Royaume-Uni, l’affaire Tariq Ramadan ne crée aucun émoi
Préparer sa défense

Sur Facebook, l’islamologue précise : « Je tiens à saluer la prise de position de l’université d’Oxford depuis le début de cette affaire. Elle a défendu le principe de la présomption d’innocence sans minimiser la gravité des allégations portées contre moi. (...) Contrairement à ce qui a déjà été rapporté par la presse francophone, j’ai donc pris un congé, d’un commun accord avec l’université d’Oxford, qui me permettra de me consacrer à ma défense tout en respectant le besoin des étudiants d’évoluer dans un espace serein. »

Tariq Ramadan, 55 ans, petit-fils du fondateur de la confrérie égyptienne islamiste des Frères musulmans, et brillant orateur, bénéficie d’une forte popularité dans les milieux musulmans conservateurs. Il est aussi très contesté, notamment dans les sphères laïques, qui voient en lui le tenant d’un islam politique

Il a été visé par deux plaintes pour viol en France, survenues au milieu de la vague de libération de la parole qui a suivi l’affaire Weinstein.

Lire aussi : Une deuxième plainte pour viol déposée contre Tariq Ramadan

Lire aussi : Visé par deux plaintes pour viol, Tariq Ramadan fustige une « machine à mensonges »

Tariq Ramadan s’est défendu farouchement de ces accusations de viol en dénonçant sur sa page Facebook une « campagne de calomnie » qui fédère ses « ennemis de toujours ». Ce père de quatre enfants, marié depuis plus de trente ans à une Française convertie s’est dit « serein et déterminé ».

Accusations en Suisse

Samedi, la Tribune de Genève a publié une enquête consacrée à quatre anciennes élèves de Tariq Ramadan lorsqu’il enseignait le français et la philosophie à Genève entre 1984 et 2004.

Parmi ces quatre femmes, trois ont avoué avoir cédé à « l’emprise psychologique » de leur professeur et avoir eu des relations sexuelles avec lui, l’une à 15 ans et les deux autres à 18 ans. La quatrième, qui avait 14 ans à l’époque, évoque le harcèlement auquel elle a dû faire face.

Sur son compte Twitter, Tariq Ramadan a démenti « catégoriquement » ces allégations et annoncé le dépôt d’une plainte contre X pour diffamation.

°°°

Source : http://www.liberation.fr/planete/2017/11/06/tariq-ramadan-l-universite-d-oxford-interpellee-par-ses-etudiants-met-en-place-une-cellule-d-ecoute_1608219

Vu de Londres
Tariq Ramadan : l’université d’Oxford interpellée par ses étudiants met en place une cellule d’écoute

Par Sonia Delesalle-Stolper,
correspondante à Londres

6 novembre 2017 à 18:06

L’islamologue et théologien Tariq Ramadan, le 26 mars 2016 à Bordeaux Photo MEHDI FEDOUACH. AFP

Les étudiants du département où il enseigne ont exigé une réunion après avoir appris par la presse les accusations dont il fait l’objet.

Tariq Ramadan : Oxford met en place une cellule d’écoute pour ses étudiants

Ça râle et ça murmure dans les allées pavées de l’université d’Oxford, dans les couloirs du St Antony’s College et plus particulièrement autour de la maison à colombages, l’ancien presbytère d’une église victorienne de la fin du XIXe siècle, qui abrite le Centre du Moyen Orient. C’est ici qu’enseigne Tariq Ramadan, dans le département d’études islamiques contemporaines. Les étudiants ont modérément apprécié d’apprendre par la presse, et non par leur université, que le professeur faisait l’objet de plaintes pour viols et agressions sexuelles en France. D’autant qu’entre-temps, Tariq Ramadan est venu donner un cours.

A la demande expresse des étudiants, la faculté a donc organisé mardi dernier une réunion confidentielle, mais dont le quotidien de l’université d’Oxford, Cherwell, a relaté le contenu. L’université avait publié initialement un très bref communiqué indiquant être au courant des allégations, les prendre au sérieux mais ne pas avoir d’autres commentaires à faire.

Devant les étudiants, le directeur du Middle East Center, Eugene Rogan, s’est excusé à plusieurs reprises d’avoir attendu dix jours avant de rencontrer les étudiants à ce sujet. Il a expliqué ce retard par le fait que les allégations avaient été soulevées dans un pays étranger doté d’un système légal différent. Il a confirmé que Tariq Ramadan continuerait à enseigner à Oxford University, mais a ajouté que si des étudiants en manifestaient le souhait, une personne extérieure pourrait être présente pendant les cours.

Tariq Ramadan enseigne depuis octobre 2009 à Oxford, notamment en master en études contemporaines islamiques. Pour l’année universitaire 2017-2018, il enseigne la philosophie islamique et la théologie. Selon Cherwell, plusieurs membres du personnel du département, présents à la réunion, ont incité les étudiants à ne pas parler à la presse. « Il ne s’agit pas seulement de violence sexuelle. Pour certains étudiants, il s’agit d’une autre manière pour les Européens de s’attaquer à un intellectuel musulman éminent. Nous devons protéger les étudiants musulmans qui croient et ont confiance en lui et restaurer cette confiance, a déclaré le professeur Rogan. Nous ne pouvons pas vous dire ce que vous devriez dire. Mais j’encourage chacun à faire preuve de jugement moral sur la manière dont vous exprimez vos inquiétudes – de ne pas victimiser les femmes qui ont produit les allégations ou les hommes qui ont fait l’objet d’accusations contre lesquelles ils n’ont pas eu la possibilité de se défendre. »

Au cours de la même réunion, Karen O’Brien, chef du département des Sciences humaines, a confirmé que Tariq Ramada continuerait pour le moment à superviser ses étudiants en thèse, mais a indiqué que chaque étudiant aurait un entretien privé pour établir la manière dont il ou elle souhaite que ces supervisions (qui se déroulent en général en tête-à-tête, entre le professeur et l’étudiant) se déroulent.

Une étudiante a confié au journal qu’il « aurait dû y avoir une discussion plus franche et ouverte avec les étudiantes sur quoi faire pour qu’elles se sentent en sécurité ». Avec ça, « il y a peu de chances pour qu’elles expriment leurs inquiétudes et disent ce qu’elles ressentent ». Un autre étudiant s’est dit « choqué par la manière dont l’université a géré la situation. Même si le professeur Ramadan est présumé innocent tant qu’il n’a pas été reconnu coupable, cela n’excuse en rien l’absence totale de communication du Centre du Moyen-Orient envers les étudiants concernés. L’histoire a éclaté il y a plus de deux semaines. Nous aurions au moins pu recevoir un email de la faculté ».

Un porte-parole d’Oxford University a déclaré à Libération que « même si nous reconnaissons à quel point les allégations sont graves et inquiétantes, il n’y a pas eu d’inculpation formelle. Le professeur Ramadan n’a pas été détenu, interrogé ou informé s’il serait poursuivi. Qui plus est, il dément catégoriquement les accusations contre lui. Le professeur Tariq Ramadan a demandé personnellement à ses avocats de poursuivre les accusatrices pour diffamation. En tant qu’employeur […] nous avons le devoir – comme quiconque – d’être juste envers les accusateurs et l’accusé ».

Cependant, le porte-parole a souligné que l’université avait très tôt reconnu « la gravité des accusations […] et nous ne sous-estimons pas l’impact et le risque qu’elles provoquent anxiété et angoisse au sein de notre communauté ». Dans le cadre du code de conduite de l’université concernant les cas de harcèlement ou d’agressions sexuelles, des « arrangements sont en place pour des discussions confidentielles pour quiconque souffrirait d’angoisse ou de crainte pour sa sécurité personnelle ». Des entretiens individuels ont été organisés avec chacun des étudiants sous la responsabilité de Tariq Ramadan. Le porte-parole a refusé de donner le nombre d’étudiants concernés dans la mesure « où ces entretiens sont en cours et totalement confidentiels ».

Le département d’études contemporaines islamiques est le résultat d’un accord signé en 2009 entre l’université d’Oxford et le collège d’études islamiques de l’université Hamad Bin Khalifa (HBKU), basée à Doha au Qatar. Tariq Ramadan est impliqué depuis son lancement dans ce projet.