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La fabrique du musulman : essai sur la confessionnalisation et la racialisation de la question sociale

Book Review

mercredi 8 novembre 2017, par siawi3

Source : CREAL76 - Newsletter du 08 novembre 2017
Combat Laïque 76 N° 66 - Septembre 2017 - Page 12

La fabrique du musulman :
essai sur la confessionnalisation et la racialisation de la question sociale

de Nedjib Moussa


Paris, Libertalia, 2017 160 pages 8 €

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On voit apparaître depuis quelques années, écrit Nedjib Sidi Moussa, la figure du Musulman avec majuscule, porteur d’une identité culturelle et religieuse qui appartiendrait à un groupe social homogène aux contours flous, sorte de nationalité de substitution.

L’auteur montre que derrière ce jeu syntaxique, s’active une entreprise de substitution et de démolition qui veut remplacer la lutte des classes par la lutte des races. Cette entreprise a pour corollaire l’assignation de certain-e-s à une culture, une religion, une "race" et les personnes ainsi désignées sont sommées de se plier à des déterminismes inventés sous peine de subir l’accusation de trahison.

Dans une période marquée par la confusion, cet ouvrage fait figure de contre-feu salutaire. Y sont analysés la formation, la propagation et l’écho de ces discours réactionnaires. Le Parti des Indigènes de la République (PIR) retient particulièrement l’attention de l’auteur. Ils sont rares au sein de la gauche radicale ceux (on pense à Serge Halimi) qui ont montré le danger de ses thèses. Pourtant la représentante de cette organisation, Houria Bouteldja très présente dans les médias, ne cache pas son objectif de dynamitage de la gauche au nom de la lutte contre les « dominations blanches ». L’auteur souligne la complaisance du PIR à l’égard de mouvements religieux ou de régimes autoritaires : le Hamas ou le Hezbollah, l’Iran d’Ahmadinedjad, le Venezuela de Chavez et sa prestesse, contre toute critique de la religion musulmane, à dégainer le terme d’islamophobie.

L’ouvrage décrit les conditions économiques et sociales dans lesquelles s’organisent les tentatives de mise en place du communautarisme. Il analyse le contexte politique où se livrent les concurrences pour le contrôle des populations musulmanes en France et en Europe. Ces populations, bien évidemment, perçoivent les échos politiques et religieux d’au-delà les frontières : l’islamisme n’a pas oublié l’internationalisme. C’est dans ce contexte que le livre replace la création du PIR dont il démonte par une argumentation serrée et documentée les discours et les positions.

On ne peut qu’être redevable à Nedjib Sidi Moussa de s’être attaqué à cette difficile tâche de mise en perspective politique et de rappel de principes intangibles : le rejet de l’ethno-différentialisme, du racisme, de la réaffirmation des valeurs émancipatrices d’universalisme et d’internationalisme, la nécessaire critique de l’oppression religieuse.

Dans son ouvrage tout est là pour remettre les boussoles à l’endroit.

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Une présentation de l’auteur Nedjib Sidi Moussa par lui-même (D’ après une interview réalisée par le site Ballast)

Il s’affirme libertaire : « Je me méfie des courants qui veulent prendre le pouvoir ».
Il est fermement attaché à la lutte des classes : « Je soutiens toute initiative qui soulignerait la nécessaire indépendance de la classe laborieuse et articulerait sur cet axe les luttes antiracistes et anticléricales ».
Il évoque ses sympathies internationales - sympathies qui ne sont jamais inconditionnelles.
Elles vont entre autres aux communistes irakiens qui résistent au sectarisme religieux, aux militants américains opposés à l’identity politics, aux anarchistes vénézuéliens qui font face à un régime répressif.
En France deux initiatives lui paraissent pertinentes sur les plans économique et politique : Les Déserteurs actifs, On bloque tout.
Il se dit attentif à trois revues du XXème siècle : Internationale situationniste, Noir et Rouge, Socialisme ou Barbarie.
Il affirme dans cette interview « l’importance cruciale d’espaces autogérés où s’élabore la critique sociale, où s’organise la solidarité et où s’exprime la convivialité en mixité révolutionnaire et non mixité de classe bien évidemment. »

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Nedjib Sidi Moussa sera l’invité du CREAL à son assemblée générale du 20.01.2018