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France : Ni discrimination ni communautarisme : laïcité

vendredi 10 novembre 2017, par siawi3

Source : Libération, 10 novembre 2017

La lettre politique
de Laurent Joffrin

Charlie, Ramadan, Plenel

Il y a évidemment un sous-texte à la guéguerre que se livrent Charlie et Mediapart autour de l’affaire Ramadan. Le gourou de l’islamisme chic, qui détestait Charlie, est un Tartuffe tombé de son piédestal : comme disait Eddy Mitchell, « bye bye prêcheur ». Plenel a eu le tort de soutenir Ramadan dans tous les studios et sur toutes les tribunes – alors que c’est un islamo-droitiste – accusant de racisme ceux et celles qui le récusaient comme musulman moderniste, au premier rang desquels Caroline Fourest, la Louise Michel de la laïcité.

Charlie, qui sait ce qu’islamisme veut dire, s’est toujours méfié des deux compères, Tarik et Edwy. D’où la couverture anti-Plenel de cette semaine dans Charlie – passablement injuste – où les moustaches de l’investigateur en chef, qui valent celles de Plekszy-Gladz, servent à son aveuglement, réel ou supposé.

Nouvel épisode, en fait, du schisme des deux gauches autour de l’islam. Les uns, qualifiés à tort ou à raison « d’islamo-gauchistes », ne voient dans la laïcité qu’un moyen oblique de stigmatiser les musulmans ; les autres estiment que la même laïcité est un glaive qui arrêtera les menées de l’islam politique contre la République. Les deux courants se fondent sur des idées sommaires. La « laïcité ouverte » professée par les premiers est un pléonasme inutile, qui en corrompt le sens : la laïcité n’a pas besoin d’adjectif. Elle tient les dévots à distance mais garantit la liberté religieuse, elle est par définition ouverte. La « laïcité pure et dure », défendue par les seconds, est un oxymore. La laïcité est un art du compromis comme l’ont voulu Jaurès et Briand à l’origine : elle ne saurait être ni pure ni dure mais tolérante.

La vraie laïcité protège les musulmans, comme les autres croyants ; elle interdit en même temps toute tentative d’accaparement de l’espace public par les intégristes de tous bords. Elle est donc doublement précieuse. Les laïques militants à la Valls négligent le fait que les intolérants usent du concept – dévoyé – pour discriminer les musulmans ; les contempteurs de cette laïcité soi-disant intolérante oublient qu’elle prévient utilement les réflexes identitaires, avec lesquels ils sont complaisants quand ils viennent de minorités dominées. Ils pensent que les victimes ont toujours raison, ce qui est un enfantillage. Les laïcs « purs et durs » ne voient pas que la droite impure et dure les instrumentalise. Les « laïcs ouverts » ne voient pas que les islamistes fermés les instrumentalisent. Alors qu’une gauche de la Raison – il n’y en a pas d’autre – devrait se retrouver sur les mêmes principes universalistes, qui protègent les minorit és et combattent les communautarismes. Il faut craindre, en fait, que la Raison ait déserté depuis longtemps ce débat amer et suicidaire pour la gauche.