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France : Les prières de rue interdites

jeudi 16 novembre 2017, par siawi3

Source : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2017/11/16/01016-20171116ARTFIG00306-les-prieres-de-rue-interdites-dans-les-hauts-de-seine.php

Les prières de rue interdites à Clichy

Par Stéphane Kovacs

Mis à jour le 16/11/2017 à 20:11 Publié le 16/11/2017 à 19:42

Les fidèles de l’ancienne mosquée ont été invités à se rendre dans un autre lieu de culte de la commune, à l’issue d’une médiation avec le préfet des Hauts-de-Seine jeudi.

Rejoindre le nouveau centre cultuel de Clichy-la-Garenne, dédoubler les offices, trouver un terrain à acheter… Mais, en tout cas, plus de prières de rue. Lors d’une réunion de médiation, jeudi après-midi, sous l’égide du préfet des Hauts-de-Seine, plusieurs pistes de sortie de crise ont été proposées aux fidèles musulmans de cette commune qui, depuis plus de huit mois, priaient dans les rues. Mais d’emblée, le préfet Pierre Soubelet a prévenu : « Les prières de rue, c’est terminé, a-t-il martelé. Il n’y en aura pas demain, ni le vendredi d’après. Ni à Clichy, ni dans les Hauts-de-Seine. »

« Maintenant c’est clair, il n’y aura plus de prières de rues à Clichy. Et même en France, parce que ça va créer un précédent.  »
Rémi Muzeau, le maire LR de Clichy-le-Garenne

Après deux heures et demie de discussions parfois tendues, le maire LR Rémi Muzeau se dit « très heureux » de ce dénouement. « Surtout du fait que la manifestation des élus de vendredi dernier ait enfin permis cette réunion, clame-t-il. Maintenant c’est clair, il n’y aura plus de prières de rues à Clichy. Et même en France, parce que ça va créer un précédent. » Mercredi, devant l’Assemblée nationale, le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, avait lui-même été ferme : « Il ne peut y avoir de prières de rue » à Clichy-la-Garenne, avait-il assuré, tout en soulignant que les musulmans de cette ville devaient « avoir un lieu de culte décent ».

La préfecture et la mairie ont fait une proposition à l’Union des associations musulmanes de Clichy-la-Garenne (UAMC), l’association qui priait chaque vendredi aux abords de l’hôtel de ville, depuis son expulsion, en mars, d’un lieu de culte au centre-ville : rejoindre le centre cultuel et culturel musulman de la rue des Trois-Pavillons, dont le vice-président, Noureddine Bahri, était présent à la réunion. Ce lieu de culte est situé à moins d’un quart d’heure à pied du centre, avec un arrêt du bus (gratuit) juste en face. « Nous avons 2000 m2 de locaux tout à fait dignes et, le vendredi, comme nous sommes très nombreux, nous organisons deux prières, à 13 heures et à 14 heures », détaille Mohamed Bechari, président de ce centre, qui dirige aussi la Fédération nationale des musulmans de France (FNMF). Mais l’UAMC le juge « trop excentré, trop exigu et pas aux normes de sécurité », ce qui est démenti par le maire. « On poursuivra la discussion et la réconciliation entre les deux obédiences musulmanes dès lundi, avec les conseils des deux parties », précise Me Rémi-Pierre Drai, l’avocat du maire.

Deux plaintes

Une discussion qui s’annonce encore longue et compliquée. « La pierre d’achoppement, c’est que la Ville aurait souhaité que les plaintes annoncées dans la presse soient retirées, mais l’UAMC a refusé », poursuit Me Drai. Après le rassemblement d’élus contre les prières de rue, vendredi dernier, l’UAMC avait en effet annoncé le dépôt de deux plaintes auprès du parquet de Nanterre : l’une contre X pour « violence aggravée », « participation à un groupement formé en vue de la préparation d’actes de violences », « manifestation illicite » et l’autre contre le maire pour « diffamation et incitation à la haine raciale ». « Comment faire une concertation s’ils déposent des plaintes ? », interroge l’élu, qui assure cependant qu’il n’y a « aucune animosité » entre lui et l’UAMC. Jeudi soir, Hamid Kazed, son président, ne souhaitait pas faire de commentaire. En attendant, « ce vendredi sera le premier, depuis 34 semaines, où je n’entendrai pas le muezzin sous mes fenêtres ! », soupire un fonctionnaire de la mairie. Quant à Rémi Muzeau, il ne regardera « même pas par la fenêtre » : « Je suis sûr, clame-t-il, qu’il n’y aura personne. »

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Source : http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/11/11/31003-20171111ARTFIG00099-celine-pina-lettre-ouverte-au-ministre-de-l-interieur-au-sujet-des-prieres-de-rue-a-clichy.php

Prières de rue à Clichy : lettre ouverte de Céline Pina au ministre de l’Intérieur

Par Céline Pina

Mis à jour le 12/11/2017 à 11:53 Publié le 11/11/2017 à 15:51

FIGAROVOX/TRIBUNE - Céline Pina interpelle le ministre de l’Intérieur au sujet des prières de rue, organisées chaque semaine depuis huit mois à Clichy, et qui ont conduit les élus locaux à manifester. Pour l’essayiste, il est de la responsabilité de l’État de rétablir l’ordre public.

Ancienne élue locale, Céline Pina est essayiste et militante. Elle avait dénoncé en 2015 le salon de « la femme musulmane » de Pontoise et a récemment publié Silence Coupable (éditions Kero, 2016). Avec Fatiha Boutjalhat, elle est la fondatrice de Viv(r)e la République, mouvement citoyen laïque et républicain appelant à lutter contre tous les totalitarismes et pour la promotion de l’indispensable universalité de nos valeurs républicaines.

Monsieur le ministre de l’intérieur,

Comme vous ne pouvez pas l’ignorer, à Clichy, depuis 8 mois, tous les vendredis, des individus envahissent la voie publique par centaines, déplient des tapis de prière, perturbent ostensiblement la circulation afin de mettre en scène des prières de rue, censées faire croire que les musulmans ne disposent d’aucun lieu de culte pour se réunir dans cette ville. Un spectacle qui a pour objet d’installer dans les têtes l’image d’un pays persécutant une religion afin d’accréditer le discours des militants de l’islam politique. Ceux-ci construisent leur démarche de sectarisation et leur politique de recrutement sur la haine et le ressentiment. Or rien de mieux que l’appel à défendre une religion et des fidèles, présentés comme humiliés dans leur foi par une société intolérante, pour susciter l’indignation et lier toute une communauté. La victimisation est souvent la première marche de la radicalisation.

Et pour cela tous les moyens sont bons : c’est ainsi qu’à Clichy, ce chantage s’exerce, alors même que la ville dispose de deux mosquées, que lors de certains prêches en plein air des discours très radicaux ont été entendus et qu’une partie des manifestants ne sont pas Clichois, mais participent à une démarche militante.

Monsieur le ministre, vous avez une autorité hiérarchique sur le préfet. A tel point qu’aujourd’hui sa démission est devenue la vôtre.

Or, bien que la situation soit de notoriété publique et dure depuis fort longtemps, ni le préfet, ni la députée de la circonscription ne s’en émeuvent. Ils ont laissé le rapport de force s’installer, les habitants subir cette pression. Or, Monsieur le ministre, si vous ne pouvez rien faire pour inciter la députée à prendre ses responsabilités, vous avez une autorité hiérarchique sur le préfet. A tel point qu’aujourd’hui sa démission est devenue la vôtre.

Or comme tous les habitants peuvent le constater l’absence de réaction de l’Etat comme celle, fort tardive, des élus, démontre, tous les vendredis, qu’à Clichy la force met en pièce le droit pendant que ceux chargés de le faire respecter détournent les yeux. A se demander à quoi servent les institutions si la virulence, la violence et le chantage suffisent pour s’approprier, contrôler des portions de territoire et faire un pied de nez aux autorités en investissant des lieux symboliques. Ici un boulevard très passant non loin de la mairie, histoire d’être visible et de démontrer qui a le pouvoir. Le vrai. Celui qui s’affranchit de toute obligation autre que ses propres intérêts, celui qui exerce son bon vouloir sans frein ni limite, en s’offrant en prime le luxe de se transformer en accusateur public et de passer pour l’offensé. En ignorant ces provocations, Monsieur le Ministre de l’intérieur, vous n’envoyez pas un message de retenu et de maîtrise mais de lâcheté et d’abandon.

Il faut dire que cette affaire de Clichy n’est pas qu’un épiphénomène local, elle nous parle de ce qui traverse notre société jusqu’à la déchirure : ce conflit larvé entre logique tribale et Etat de droit. Elle démontre par l’exemple l’impasse du clientélisme quand il s’agit de faire émerger l’esprit citoyen et le danger qu’il représente pour l’équilibre d’une société. Quand il se heurte à une communauté constituée, le clientélisme la renforce dans sa logique de différenciation et de partition. Il montre en acte que l’égalité et la justice n’est pas la mesure de l’action publique quand elle sombre dans l’électoralisme. Il accompagne la fragilisation de notre contrat social, car il prouve qu’il existe un chemin pour faire passer ses dogmes religieux, traditions, règles et tabous au-dessus de la norme républicaine. Ce chemin c’est celui de la force et de l’incivisme. Or c’est à ce chemin de violence et de domination pure que vous êtes censée vous opposer en tant que membre de l’exécutif, responsable de notre sécurité. En délégant à l’Etat notre part de souveraineté, nous lui avons donné le droit d’exercer le monopole de la violence légitime, cette violence dont seul l’Etat peut faire usage dans le cadre du droit pour assurer la protection des habitants et la pérennité des valeurs, principes et idéaux qui fondent notre nation. En ne le faisant pas, vous dénouez petit à petit la promesse républicaine qui nous lie. Si la force n’est plus à la loi, alors nous sommes tous à la merci les uns des autres et nous ne sommes plus un peuple ni une nation.

La municipalité de Clichy : de l’art de déplorer les effets dont on chérit les causes

Ainsi, cette dérive, qui a commencé au niveau local, est bien relayée par votre incurie, celle du préfet comme le manque d’esprit critique d’une certaine presse. En effet, alors qu’hier, enfin, des élus décidaient de réagir, la plus grande partie de la presse reprenait un titre qui donne une idée du degré de confusion mentale de certains journalistes : « Clichy, la manifestation des élus perturbe la prière de rue ». Il semble à cette lecture que la prière de rue soit légitime et la présence des élus, incongrue. De l’art d’inverser le sens d’un évènement…

Une confusion entretenue à dessein : la prière de rue a déjà été utilisée comme mode de conquête territoriale. Dans son livre, "rue Jean-Pierre Timbaud," Géraldine Smith raconte comment, alors que la mosquée était moitié vide, des prières étaient organisées dans la rue pour marquer le territoire, montrer qui étaient les maîtres et faire pression sur les élus, mais aussi les habitants qui comprennent vite qui détient le pouvoir de leur nuire au quotidien.

En effet, quoi de mieux qu’une promesse de mosquée, dont on confie la gestion à des associations dûment identifiées pour qu’elles fassent voter leurs membres et affiliés.

Certes cela s’explique aussi par un positionnement pour le moins malheureux du maire. Sous les mandats de Gilles Catoire, le maire précédent, la ville avait déjà sombré dans le clientélisme. Le problème de ce type de structuration politique est le même que quand on veut mener une guerre en s’appuyant sur des mercenaires : le jour où le camp ennemi paye mieux, vos troupes se débandent et vos alliés tournent les armes contre vous. A trop investir sur les intérêts privés au détriment de l’intérêt général, on perd toute légitimité et on est à la merci d’un retournement de conjoncture. Et Gilles Catoire a péri de ce par quoi il avait longtemps assuré sa survie.

La campagne électorale de Clichy n’aura pas fait exception à ce qui se passe sur tous ces territoires gangrénés par l’électoralisme où l’enjeu d’un supposé vote musulman suscite toutes les convoitises. Vous avez été élu local, vous savez très bien de quoi je parle. En effet, quoi de mieux qu’une promesse de mosquée, dont on confie la gestion à des associations dûment identifiées pour qu’elles fassent voter leurs membres et affiliés, le but du jeu étant de détourner une partie des votes de leur allégeance précédente pour emporter la mise grâce à un classique renversement d’alliance. Cette fois-ci c’est Rémi Muzeau, le candidat LR, qui a su être le plus convaincant, s’engageant sur un bail emphytéotique (petite astuce permettant de ne pas payer le terrain sur lequel la mosquée est construite), tout comme son adversaire d’ailleurs.

En période d’attaques terroristes et d’alerte vigipirate maximale, nous mobilisons nombre de policiers pour protéger des prières de rue illégales, qui durent depuis plusieurs mois…

Finalement, un lieu de prière a bel et bien été construit, mais il ne permet pas de montrer ses muscles et sa puissance : il n’est pas en centre-ville. Or les mouvements liés à l’Islam politique sont très attachés à la visibilité et à la centralité, c’est parce qu’elles maîtrisent parfaitement les codes symboliques du pouvoir.

Ce qui se joue à Clichy n’est donc pas une lutte pour que les musulmans puissent pratiquer leur culte dans de bonnes conditions, ce qui serait tout à fait entendable, mais un rapport de force où il convient de montrer que la puissance de la foi et le refus d’obéir à la loi font reculer toutes les autorités constituées. La chose est en passe d’être démontré puisqu’en période d’attaques terroristes et d’alerte vigipirate maximale, nous mobilisons nombre de policiers pour protéger des prières de rue illégales, qui durent depuis plusieurs mois… Cela ne vous dérange vraiment pas ?

C’est à cause de cela que les militants de forces laïques et leur leader, Laurence Marchand-Taillade ont manifesté le 3 novembre et que des élus se sont mobilisés le 10 autour de Rémi Muzeau pour manifester contre ces démonstrations de force. Que Rémi Muzeau ait largement alimenté le clientélisme qu’il se prend en boomerang est vrai. Pour autant il est temps que la préfecture et le ministère de l’Intérieur arrêtent de jouer avec le feu et rétablissent l’ordre à Clichy. En laissant depuis 8 mois un groupe constitué occuper l’espace public et faire étalage de sa force et de son incivisme aux yeux de tous, c’est notre contrat social que l’on affaiblit. Car si la force et l’incivisme gagnent à Clichy alors ce petit jeu se mènera ailleurs. Et c’est bien maille à maille, par cette autre forme de violence qu’est le refus de la civilité, que l’on détricote la démocratie. A refuser d’ouvrir les yeux sur ses phénomènes, vous nous exposez tous.

Certes l’erreur est humaine et nous vous pardonnerions bien volontiers d’avoir tardé à ouvrir les yeux si la prise de conscience intervient maintenant. Mais c’est en désespoir de cause que j’écris cela, car en la matière le nouveau pouvoir auquel vous appartenez ressemble trait pour trait à cet ancien monde tant décrié dont vous étiez également un représentant. Ceci étant dit, n’hésitez pas à me donner tort sur cette question en faisant preuve de fermeté et de réactivité et je serai heureuse de saluer votre action.