Subscribe to SIAWI content updates by Email
Accueil > Resources > « Votre Fatwa ne s’applique pas ici », les présumés musulmans aspirent aussi à (...)

« Votre Fatwa ne s’applique pas ici », les présumés musulmans aspirent aussi à la liberté

lundi 27 novembre 2017, par siawi3

Source : https://www.la-croix.com/Monde/Votre-Fatwa-sapplique-pas-ici-presumes-musulmans-aspirent-aussi-liberte-2017-11-27-1200895074

La Croix, 27/11/2017 à 10h44
il y a 2 h

« Votre Fatwa ne s’applique pas ici », les présumés musulmans aspirent aussi à la liberté

Marie Verdier

« Votre Fatwa ne s’applique pas ici »,
Karima Bennoune
Éditions Temps présent, 424 p., 25 €

Karima Bennoune, professeur de droit américaine d’origine algérienne est allée à la rencontre de tous ceux qui luttent contre le fondamentalisme islamique, l’extrême droite des pays musulmans si mal compris dans les pays occidentaux.

L’intégrisme, le fanatisme, le terrorisme, Karima Bennoune sait profondément ce que ces mots recouvrent. La professeur de droit international à l’université Davis en Californie a grandi en Algérie, le pays de la décennie noire, où son père a plus d’une fois été menacé de mort.
Or, après toutes ces années où le fondamentalisme islamique a prospéré pour devenir une internationale de la terreur, elle se désole que les démocraties occidentales, et notamment les milieux de défense des droits humains, continuent à avoir une si piètre compréhension du phénomène.
Fondamentalisme plutôt qu’islamisme

« Les ONG se focalisent sur les exactions commises par les États. Il y a bien sûr des États fondamentalistes comme l’Arabie saoudite, mais les fondamentalistes relèvent aussi dans de nombreux pays de forces parallèles, souligne-t-elle. Daech malheureusement commence à faire évoluer la perception. »

La juriste préfère le terme de fondamentalisme à celui d’islamisme parce qu’il n’est pas réservé à l’islam, parce qu’il s’agit d’abord de mouvements politiques avant d’être religieux même si, reconnait-elle, le fondamentalisme musulman est singulier de par son caractère mondialisé et violent.

« On ne peut pas être théocratique et modéré à la fois »

Elle s’insurge aussi contre le concept d’« islamisme modéré », appliqué aux groupes fondamentalistes qui ne professent pas la violence mais qui seraient des traditionalistes : « On ne peut pas être théocratique et modéré à la fois. C’est apparemment « modéré » de croire au gouvernement par la religion et de croire qu’il ne faut pas l’égalité pour les femmes. Et ces opposants s’appuient autant sur les traditions qu’ils sont en rupture totale avec elles ».
Ces « modérés » sont devenus des experts en double langage, extrémiste en arabe, plus policé en anglais ou en français. Alors lorsque les pays occidentaux les prennent pour alliés dans la lutte contre le terrorisme « c’est terrible pour tous ceux qui dans leurs pays s’efforcent de lutter contre les deux ». « Mais, s’emporte-t-elle, comment n’ont-ils toujours pas compris que ces fondamentalistes sont l’extrême droite des pays musulmans ? »

À LIRE : « L’islamisme va montrer ses limites avec le temps »

Son père n’avait de cesse pendant les années noires algériennes de considérer que la lutte contre l’extrémisme dans les pays musulmans était l’une des plus importantes au monde, et malheureusement une des plus négligées. Ce constat reste pour Karima Bennoune d’une brûlante actualité deux décennies plus tard.

Méprise occidentale

La méprise occidentale vient aussi de la propension à considérer qu’il y aurait « un » monde musulman, en gommant la grande diversité des cultures, et que ces musulmans seraient par nature assignés à leur religion et à leur tradition, comme s’il ne pouvait y avoir comme elle des laïcs de culture musulmane, des personnes qui, de par le monde, aspirent à la liberté de pensée et de comportement.
Qu’ils soient ou non pratiquants, tous sont présumés musulmans, enfermés dans leur religion. Une vision qui nourrit l’islamophobie et cette idée que les musulmans sont potentiellement des cellules dormantes. Ce qui par ricochet, sert la cause des fondamentalistes prompts à recruter ceux qui se sentent rejetés et victimisés.

Des rencontres dans 26 pays

Les personnes qui les combattent restent très seules dans leur pays. Karima Bennoune a voulu leur donner la parole, rendre visible ces invisibles, pour soutenir leur cause et éclairer le regard occidental. Elle a pour ce faire parcouru le monde, longuement rencontré près de 300 de ces héros souvent anonymes dans 26 pays tout autour du globe, du Caucase aux îles Fidji, du Pakistan à l’Algérie.
C’est le résultat de cette vaste enquête d’abord publiée aux États-Unis qu’elle livre dans « Votre fatwa ne s’applique pas ici. Histoires inédites de la lutte contre le fondamentalisme musulman », au travers de longs témoignages de luttes poignantes et héroïques menées au quotidien par des femmes et des hommes qui tout simplement veulent vivre libres. Et dont nombre d’entre eux ont payé de leur vie.