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France : Vive la religiophobie !

lundi 4 décembre 2017, par siawi3

Source : http://www.creal76.fr/medias/files/creal76-combat-laique-67-decembre-2017-.pdf

Vive la religiophobie !

Dominique DELAHAYE
La chronique du mécréant

4 Décembre 2017

« La foi fait de la conscience éthique une conscience esthétique : Dieu, pour l’homme, rend le bien beau. » (T. Ramadan).

Ces saintes paroles du théologien musulman, prennent évidemment, depuis quelques jours, tout leur relief. Il n’est bien sûr pas question ici de porter de jugement avant que la justice n’ait fait son travail, mais on peut constater dès aujourd’hui les dégâts collatéraux de cette lamentable affaire.

Le premier d’entre eux est qu’encore une fois, les vraies questions sur la place des religions dans le débat sur l’éthique et la morale ne seront pas posées. En lieu et place, on a droit à un échange d’anathèmes par voie de presse et de messages assassins sur les réseaux sociaux. Islamo-gauchistes contre islamophobes, et curieusement ce sont les religieux qui se sortent le mieux de cette caricature de débat, , ravis de la virginité toute neuve que leur confère leur sort de victimes médiatiques.
Il est vrai qu’en chevalier blanc de la cause laïque, M. Valls est peu crédible, lui qui comme premier ministre, n’a jamais remis en cause le financement massif des écoles confessionnelles par la puissance publique. Que dire de T. Ramadan et de ses soutiens sur le dossier de la dignité des femmes et de la défense de leurs droits ?

« En matière de religions, l’Histoire le montre, nous progressons à reculons et pas autrement. » Cette sinistre prédiction de Mark Twain, (oui, celui de Tom Sawyer), se vérifie malheureusement plus d’un siècle après sa mort.
Qu’est ce qui suscite le malaise dans cette histoire ? Qu’est- ce qui retient la presse de mettre au pilori T.Ramadan, comme l’avait été en son temps D. Strauss Kahn, ou plus récemment d’autres personnalités publiques accusées de harcèlement ou de viol ?
Comme dans les plaintes contre les prêtres pédophiles, on entre en terrain miné. Comment accuser d’indignité des personnes qui veulent s’imposer à tous comme des guides, des repères moraux, sans passer pour un islamophobe, ou un mécréant ?

C’est pourtant une occasion, parmi tant d’autres de faire la preuve que la foi ne sauve pas l’individu de son humanité, et heureusement. « Bref, le problème, ce n’est ni le Coran, ni la Bible, romans soporifiques, incohérents et mal écrits, mais le fidèle qui lit le Coran ou la Bible comme on lit une notice de montage Ikéa. Il faut tout bien faire comme c’est marqué, sinon l’univers se pète la gueule... » (Charb). La religion n’est pas le remède idéal pour soigner les névroses, les obsessions des agresseurs sexuels, pas plus qu’elle n’est utile pour éduquer nos enfants ou pacifier nos sociétés.
On pourrait même dire que des religions qui placent la femme à l’ombre de l’homme, qui multiplient les interdits à son encontre et qui ne lui reconnaissent pas le droit à disposer de son corps, n’aident pas le machiste de base à garder le contrôle de ses nerfs, pour ne parler que d’eux. Et sur cette question, les églises ont peu de divergences de fond.

E. Macron a récemment déclaré : « La laïcité, ce n’est pas une religion d’État, c’est une exigence politique et philosophique, ça n’est pas la négation des religions, c’est la capacité à les faire coexister dans un dialogue permanent ». Cette déclaration tourne le dos à l’esprit et à la lettre de la loi de 1905. Elle remet au centre du jeu les croyances, elle les légitime non pas en tant que quêtes individuelles, mais en tant que porteuses d’un discours collectif dont le « dialogue permanent » peut éclairer les débats sociaux et influer sur la vie politique. Donner une tribune à des responsables religieux, auto- proclamés porte-parole de leur communauté, ou inviter à des colloques des intellectuels sans préciser leur engagement religieux, c’est à coup sûr favoriser la crispation et le communautarisme, et donner à la religion un poids moral qu’elle était progressivement et heureusement, en train de perdre.

Dans l’esprit des hommes politiques du début du XXe siècle, le combat républicain et démocratique qu’ils menaient et qui a abouti à la séparation des Églises et de l’État, n’était pas dissociable d’une volonté de s’émanciper de la soumission à tous les dogmes y compris et surtout à la foi religieuse. Certes ces lois nous protègent, mais rien n’est acquis.
C’est de cette lucidité dont nous avons besoin aujourd’hui sans avoir peur des insultes et des amalgames. De ce courage, aussi pour affirmer nos convictions et combattre l’aveuglement religieux et son inépuisable et mortelle volonté d’hégémonie. Comme disait Dwight MacDonald, il y a plus de danger « dans le silence des pantoufles que dans le bruit des bottes ».