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France : "Chanoine Macron"

mercredi 6 décembre 2017, par siawi3

Source : http://www.creal76.fr/medias/files/creal76-combat-laique-67-decembre-2017-.pdf

Chanoine Macron

Ainsi, les citoyens français seront gouvernés par un chanoine sans même avoir besoin de voter pour ce subalterne du Pape nommé par l’autorité vaticane. Le président Macron a fait savoir au chapitre de la basilique romaine du Latran qu’il accepte ce titre honorifique.

Tradition d’Ancien Régime

La tradition de ce titre réservé au monarque français puise ses origines dans les relations entre le Vatican et la France d’Ancien Régime. En 1482, Louis XI avait accordé des droits au chapitre du Latran sur l’abbaye bénédictine de Clairac en Aquitaine. Quand à partir du début du XVIème siècle le protestantisme prend de l’importance dans la région, cette abbaye va vite être considérée comme « le creuset des idées de la Réforme » et « citadelle du protestantisme ». Le chapitre du Latran cesse alors de percevoir les revenus de l’abbaye.

Vieille affaire de gros sous

Le 22 septembre 1604, Henry de Navarre devenu Henri IV ayant renoncé au protestantisme, confirme le chapitre dans ses droits et fait en sorte qu’il soit en mesure de toucher les revenus de l’abbaye. En contrepartie, le chapitre attribue au roi de France le titre canonial de « premier et unique chanoine honoraire » de la basilique romaine du Latran1. En 1729, Louis XV augmente les revenus du chapitre de deux prieurés dépendant de l’abbaye de Clairac. La Révolution française supprime ces droits en 1791. Louis XVIII, Charles X et Napoléon III les restaureront sous forme d’une rente, qui sera définitivement supprimée en 1871.
Il est dommage qu’Emmanuel Macron n’ait pas confirmé sa venue au Latran lors de la cérémonie à l’Hôtel de Ville de Paris, ce 22 septembre, pour le 500ème anniversaire de la Réforme protestante au cours de laquelle il est intervenu ! On peut se demander comment les huguenots auraient apprécié ce rappel à l’histoire du protestantisme hexagonal.

Honneurs liturgiques

Depuis 1604, chaque année et à la date anniversaire de la naissance d’Henry IV, le 13 décembre, au cours de la messe de la Sainte-Lucie, l’ambassadeur de France près le Saint-Siège est encensé (comprendre ici : honorer en agitant un encensoir) et reçoit les honneurs liturgiques, en lieu et place du roi... même devenu président de la République. Notons pour l’anecdote que ce titre honorifique confère à son titulaire le privilège exclusif de pouvoir entrer à cheval dans l’enceinte de la basilique.
Après être tombé en désuétude, ce titre a été sorti de l’oubli par René Coty en 1957. Le général de Gaulle en 1967, Valéry Giscard d’Estaing en 1978, Jacques Chirac en 1996 et Nicolas Sarkozy en 2007 ont fait le chemin de Rome pour prendre possession de leur stalle dans la basilique. Georges Pompidou, François Mitterrand, François Hollande tout en ne refusant pas le titre n’ont pas effectué le voyage.

L’occasion fera-t-elle le larron ?

Dans sa réponse positive, le président Macron annonce qu’il entend venir à la réception de son titre lors d’un prochain déplacement à Rome, sans toutefois préciser de date qui ne devrait probablement pas être celle de l’anniversaire de la naissance d’Henry IV pour la messe de la Sainte-Lucie. Toutefois, le 15 octobre dernier, la ministre des Affaires européennes Nathalie Loiseau, en déplacement au Vatican, avait déjà fait part du souhait du président de venir à Rome rencontrer le pape François.
Voilà le président d’une république laïque qui ne répugne pas à se parer d’honneurs religieux au mépris d’un des principes de la République qu’il entend représenter. La laïcité, qui fait que la République ne « reconnaît aucun culte » n’en interdisant aucun, se transforme peu à peu en arbitre des élégances intercommunautaires. Au fait, le Vatican proposerait-il le titre Chanoine du Latran à un Président qui ne serait pas de confession catholique ?

Note :

1 La basilique du Très-Saint-Sauveur et des saints Jean Baptiste et Jean l’Evangéliste plus connue sous le nom de basilique Saint-Jean-de-Latran est l’une des quatre basiliques majeures de Rome édifiée sur le mont Latran, premier édifice monumental chrétien construit en Occident, à partir de 320. C’est l’église cathédrale de l’évêque de Rome, le pape. Comme le palais du Latran qui lui est contiguë, elle est la propriété du Saint-Siège et bénéficie du privilège d’extraterritorialité.

°°°

Que de titres religieux pour le Président d’une République laïque !

Pour être président d’une république laïque, le président français n’en est pas moins couvert de titres ecclésias- tiques il est vrai tous catholiques. Des titres laissés en héritage par feue « la fille aînée de l’Église » mais que la République n’a jamais officiellement répudiés quand bien même aucun président de la République n’est jamais allé en recevoir les insignes. Hormis celui de « premier et unique chanoine honoraire » de la basilique romaine du Latran. »

Emmanuel Macron sera ainsi de droit :
- proto-chanoine de la cathédrale d’Embrun (Hautes-Alpes).
Ce titre fut donné pour la première fois à Louis XIII et le der- nier président à le réclamer fut le général de Gaulle.
- chanoine honoraire de la cathédrale de Saint-Jean-de- Maurienne (titre exigé par François Ier lors de l’invasion de la Savoie en 1536)
- proto-chanoine de la basilique Notre-Dame de Cléry (Loiret). Ce dernier titre a été concédé à Louis XI par le pape Sixte IV et comporte, outre le droit de siéger dans le chœur, celui de porter le surplis, la chape et l’aumusse (courte pèle- rine de fourrure).
- chanoine honoraire des cathédrales Saint-Julien du Mans, Saint-Maurice d’Angers, Saint-Jean de Lyon, Saint-Étienne de Cahors, Saint-Étienne de Châlons-en-Champagne.
- chanoine honoraire des églises Saint-Hilaire de Poitiers, Saint-Martin de Tours, Saint-Germain-des-Prés à Paris.

Barrette cardinalice

Enfin, le président de la République française détient en théorie le privilège, quand le nonce apostolique à Paris est créé cardinal, de lui remettre la barrette cardinalice. C’est ce que firent Vin- cent Auriol pour le cardinal Roncalli (futur Jean XXIII) en 1957 et le général de Gaulle pour le cardinal Marella, en 1959.
Il semble toutefois que le fait que le pape remette désormais lui-même la barrette aux cardinaux lors d’un consistoire public ait fait tomber en désuétude ce privilège : François Mitterrand n’avait ainsi pas remis la barrette au cardinal Angelo Felici, dernier nonce à Paris créé cardinal en fonction.