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France : Instances interconfessionnelles informelles

mercredi 6 décembre 2017, par siawi3

Source : Creal 76, décembre 2017, p 9

Instances interconfessionnelles informelles

Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, lors d’une réunion à l’Élysée le 5 septembre 2017, a dévoilé la feuille de route qu’il a reçue de l’Élysée et Matignon lui donnant la mission de poursuivre la structuration de « l’islam de France ». Il a évoqué le projet de réunir autour de lui : « En complément des cadres bilatéraux de relations avec les représentants des cultes, une instance informelle de dialogue et de concorde entre les autorités des principaux cultes pourra être réunie autour du ministre. »

Informelle vous dis-je !

Dès son arrivée place Beauvau, le ministre de l’Intérieur et par ailleurs chargé des cultes s’était montré attaché à une laïcité de « liberté » laissant ainsi entendre que de par sa nature la laïcité serait coercitive. Dans un document diffusé auprès des préfets Gérard Collomb entend encourager "toutes les initiatives qui visent à inscrire les religions dans le cadre républicain" probablement pour décliner l’article 2 de la loi de 1905 : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ». Parmi ces initiatives, il est question de "l’installation d’une nouvelle instance informelle interconfes- sionnelle", prévue pour décembre prochain. Un groupe qui n’aurait " pas vocation à avoir un statut officiel".

Cette innovation a cependant un précédent. En 2002, à la suite d’un attentat contre la synagogue de la Duchère, à Lyon, Gérard Collomb, alors maire de la capitale des Gaules, avait créé Concorde et solidarité, une instance rassemblant les représentants des cultes chrétien, juif et musulman et soutenant "les actions de celles et ceux qui participent de la même volonté du bien vivre ensemble". L’existence de cette instance informelle locale n’avait pas manqué d’être contestée par les tenants d’une laïcité plus authentique 1. En effet, de par les vertus de la loi de Séparation de 1905, l’autorité publique n’a aucune compétence à vouloir se mêler de l’organisation interne des religions pas plus qu’à vouloir en faciliter ou empêcher ni même en harmoniser les relations. Ce qui n’interdit nullement à ces confessions de prendre elles-mêmes des initiatives allant dans ce sens. Selon la célèbre formule de Victor Hugo : « L’État chez lui ; l’Église chez elle. » D’où l’importance, pour se prémunir de ce rappel à la loi, du mot « informelle » !

Contourner la loi de 1905

Ce futur et informel espace national "de dialogue et de concorde" viendrait "en complément des cadres bilatéraux de relations avec les représentants des cultes".
En effet, le ministère de l’Intérieur a déjà des contacts directs et réguliers avec les autorités religieuses par l’entremise de son bureau central des cultes, tandis que les membres de la CRCF (Conférence des responsables de culte en France : chrétiens, musulmans, juifs et bouddhistes) sont reçus par le président de la République à l’Élysée lors des vœux. Par ailleurs et de manière bilatérale, les représentants de l’Église catholique sont reçus une fois par an depuis 2002 par le Premier ministre dans le cadre de l’"Instance Matignon" et depuis juin 2015 le ministère de l’Intérieur, place Beauvau, a réuni trois "Instances de dialogue avec l’islam", religion "qui requiert une attention particulière" pour laquelle les " travaux visant à accompagner la structuration d’un islam de France seront poursuivis". Et ceci avant même que les diverses associations se réclamant de cette confession aient pu se mettre d’accord sur leur participation à cette « instance » et encore moins soient sorties des discussions internes nécessaires pour désigner qui pourrait les y représenter.
Pour contourner la loi de 1905 qui interdit à la République toute immixtion dans l’organisation des cultes, voici venu le temps des instances informelles réveillant la chimère de voir émerger un organisme représentatif des institutions musulmanes.

Note :

1 En 2012, le maire socialiste de Cergy, Philippe Doucet, avait dû renoncer à son Conseil des cultes après que le tribunal administratif avait acté l’abroga- tion de la délibération de la commune à ce sujet.

Allégeance lyonnaise

Rien n’empêche le ministre de l’Intérieur de sacrifier à ses devoirs de chrétien. Pas même le cyclone Irma !
En pleine gestion de la crise suscitée par cette catastrophe, ne l’a-t-on pas vu quitter en coup de vent son ministère pour se rendre, ce 8 septembre, honorer de sa présence la messe dite « du vœu des échevins » au cours de laquelle les élus lyonnais renouvellent leur promesse d’allégeance à la Vierge prononcée en 1643 pour la remercier d’avoir éloigné la peste de leur bonne ville.
A quand une allégeance des élus à sainte Irma pour protéger les îles des Caraïbes !