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Algérie : Décès de Nono Saadi

vendredi 15 décembre 2017, par siawi3

Source : http://www.elwatan.com/culture/deces-de-l-ecrivain-noureddine-saadi-15-12-2017-358687_113.php

Décès de l’écrivain Noureddine Saâdi

le 15.12.17 | 12h00

L’écrivain et universitaire Noureddine Saâdi est décédé hier après-midi à Paris, à l’âge de 73 ans. Noureddine Saâdi est auteur de nombreux ouvrages, notamment Dieu et le fil (1996), La nuit des origines (2005), ou encore La maison de lumière (2000). Son dernier roman, Boulevard de l’abîme, est sorti en octobre dernier à l’occasion du 22e Salon international du livre d’Alger (Sila) auquel il avait pris part. Noureddine Saâdi s’est également beaucoup intéressé aux artistes algériens en publiant Koraïchi, portrait de l’artiste à deux voix (1999), Matoub Lounès, mon frère (1999), Denis Martinez, peintre algérien (2003), Alloula, vingt ans déjà !, ouvrage collectif publié en 2014, puis Houria Aïchi, dame de l’Aurès sorti en 2013. Noureddine Saâdi a aussi signé de nombreuses contributions et chroniques dans la presse algérienne et française. Juriste de formation, le défunt, né en 1944 à Constantine, a fait des études, puis enseigné à la faculté de droit d’Alger. Il a quitté l’Algérie en 1994 pour s’installer en France où il a enseigné à l’université d’Artois dans le nord du pays.
APS

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Source : https://lavoixdalgerie.com/deces-de-lecrivain-norredine-saadi/

Décès de l’écrivain Norredine Sâadi

Publié dans 15 décembre 2017

L’écrivain et universitaire Norredine Sâadi est décédé jeudi après midi à Paris, à l’âge de 73 ans, a-t-on appris auprès de ses proches.

Noreddine Sâadi a publié « Dieu et le fil » (1996), « La nuit des origines » (2005), « La maison de lumière » (2000). Son dernier roman, « Boulevard de l’abîme », est sorti en octobre dernier à l’occasion du 22è Salon international du livre d’Alger (Sila) auquel il avait pris part.

Noureddine Sâadi s’est également beaucoup intéréssé aux artistes algériens en publiant « Koraïchi, portrait de l’artiste à deux voix » (1999), » Matoub Lounès, mon frère » (1999), « Denis Martinez, peintre algérien » (2003), « Alloula, vingt ans déjà ! » , ouvrage collectif publié en 2014, puis « Houria Aïchi, dame de l’Aurès » sorti en 2013.

Il, par ailleurs, publié des essais de sociologie dont « Femmes et lois en Algérie » (1991), « Norme sexualité reproduction » (1996), « Journal intime et politique, Algérie 40 ans après » et « Il n’y a pas d’os dans la langue » (2008), un recueil de nouvelles édité en 2013.

Noreddine Sâadi a aussi signé de nombreuses contributions et chroniques dans la presse algérienne et française.

Juriste de formation, le défunt né 1944 à Constantine, a fait des études puis enseigné à la faculté de droit d’Alger.

Il a quitté l’Algérie en 1994 pour s’installer en France où il a enseigné à l’université d’Artois (Nord).

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Source : Le Manifeste des Libertés, 15.12.17

Nourredine Saadi vient de nous quitter. C’était un ami, un compagnon : il a été essentiel dans la fondation du Manifeste des libertés, toujours présent, toujours actif quand il s’agissait de combats auxquels il croyait, et d’une ouverture qui se fait rare. Il nous manquera beaucoup.
Adieu, Nono.
Tewfik et Brigitte Allal

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Sur le « mur" Facebook de Wassyla Tamzali :

Nourredine S. La nouvelle est arrivée de Paris, elle est tombée à 16 h aujourd’hui. Maintenant c’est la nuit à Alger, je suis seule avec toi dans cet appartement où tu aimais revenir ; tu étais là en décembre 2011, prisonnier consentant, pour écrire ce beau texte qui ouvrit en majesté « Histoire minuscules des révolutions arabes ». Tu aimais la vie et les gens avec tendresse et une si grande tolérance. Rien ne t’était étranger. Tu savourais le bon vin et la table. Et la poésie, et les mots. Les idées aussi. Tu avais la passion de l’intelligence. Les soirées avec toi étaient longues, les nuits claires. Tu savais écouter tes amis, tu étais celui à qui on pouvait tout dire. Je partage ici ce texte. Ces mots sauront dire mieux que moi qui tu étais.

Par N Saadi

"Nue, dans vos yeux
à WT

Oui, je suis nue et je vous choque, vous me regardez lubriques ou réprobateurs, stupéfaits ou outrés, car je ne suis pas une image venue d’Occident sur papier glacé de vos revues maculées de sperme, cachées sous vos couches, mais je suis de vous, je viens de vous, de la chair de notre terre, de cette terre assoiffée et qui crie au-delà des lèvres du Nil, je vous regarde en silence, droit dans les yeux, je vous toise dans l’objectif de la photographie prise par moi-même, et c’est vous qui avez honte, déjà je le sais, vous allez me haïr ou me désirer, peut-être en même temps car je vous vois fixer mes aréoles de feu, mes seins gonflés de vie, mon sexe hirsute qui vous menace, et vous ne pouvez détourner les yeux, vous dirais-je que je n’ai pas voulu m’épiler afin de vous le montrer ainsi, naturel, vrai comme mon histoire, qui est au fond la vôtre :
Je suis née nue, avec un vagin, des lèvres extérieures, des lèvres intérieures, un clitoris que vous auriez aimé m’enlever à dix ans, j’en garde encore le vide, la béance, la cicatrice suintante, vous auriez voulu m’interdire à jamais le plaisir mais voyez comme je jouis, là dans vos yeux, de ce plaisir irrépressible, sauvage, que vous tentez vainement de refouler par des invocations de Dieu ou des abjurations à Ibliss, mais au fond vous savez que vous vous mentez car je suis la vérité, votre vérité, et que je fais partie de vous sans jamais vous appartenir, fille de cet étrange et douloureux pays de nous-mêmes, ce nous dans lequel je ne me suis jamais reconnue avant de m’être ainsi dénudée devant des milliers d’entre vous pour vous narguer, pour vous rappeler que vos ancêtres, vos grand-mères, vos mères, vos épouses, vos filles, sont nées nues, avec un vagin, des petites lèvres, de grandes lèvres et un clitoris que la nature a créés pour le plaisir que vous voulez leur enlever par peur de leur jouissance.
Vous criez « Liberté » sur cette place de la Liberté, vous voulez chasser les nouveaux pharaons, le dictateur, le taghout, mais vous avez peur de vos femmes, des épouses que vous engrossez, des poupyates que vous enfermez, des charmoutates que vous voilez, des qahbates que vous méprisez, des bonnes que vous cognez, des maîtresses que vous achetez, de vos mères castratrices, peur pour l’hymen de vos filles, peur du qu’en- dira- t’on, peur de vos ombres, peur de vos peurs, peur de vous-mêmes.
Vous avez beau vous languir chaque nuit en écoutant Oum Khelsoum vous chanter « Aathini houriiati » mais vous ne comprendrez jamais ce qu’elle veut dire, enfermés dans vos préjugés, vos dogmes, votre açala, ces racines qui finissent par vous étrangler, ces lettres sacrées en volutes qui vous encerclent, vous étouffent, parce que vous n’en aurez jamais saisi le souffle ni le sens à travers vos barbes broussailleuses ointes au henné et les durillons qui enlaidissent vos fronts par vos hypocrites génuflexions sur le sol.
Vous ne comprendrez jamais la chair comme tapis de prière sur un corps nu.
Moi, je suis nue telle que Dieu m’a créée, telle que la nature a sculpté mon corps et si j’y ai ajoutés ces bas de résille sur mes cuisses, ces escarpins rouges à mes pieds et cette fleur amarante à mes cheveux, c’est simplement pour vous rappeler symboliquement le sang de mes menstrues que vous déclarez impur alors que quoi d’impur, d’impudique que vos yeux que je vois ainsi, moqueuse, amusée, dans vos quatre millions huit cent mille regards brûlants sur vos écrans et certains d’entre vous doivent cracher tandis que d’autres se masturber sur mon blog « Maddaquirat Thaera » : Fan‘aari, oui, Art nu. Car commencez d’abord par juger les modèles qui posaient nus à l’Ecole des beaux-arts jusqu’au début des années 1970, cachez tous les livres et cassez les statues des nus dans les musées, puis enlevez vos vêtements, regardez-vous dans le miroir, brûlez vos corps que vous méprisez pour vous débarrasser enfin de vos frustrations sexuelles, faites tout cela avant de m’insulter, de m’envoyer vos commentaires racistes et de me dénier le droit de m’exprimer librement. Un prédicateur salafiste, Ishak al-Houwayni, a déclaré hier dans une fetwa que Dieu aurait ordonné le voile aux femmes parce que leur visage ressemble à leur sexe. Puis-je simplement répondre à cette bêtise que, moi, mon corps m’appartient, à moi d’abord . C’est cela qui vous trouble, c’est ma liberté arrachée à vos regards concupiscents, c’est mon corps semblable à ce delta du Nil inondé qui donne la vie. Oui, je suis une révolutionnaire, Thaera, non pas pour remplacer un zaïm par d’autres, mais pour changer la vie, et vous pouvez déposer toutes vos plaintes auprès de tous vos tribunaux pour réclamer un châtiment conforme à la charia, vous pouvez essayer de me flageller, de me torturer, de me lapider, de m’exciser, de me couper les seins, de me brûler le pubis, de pratiquer sur moi votre barbare roquiya pour extirper le Diable de mon corps, vous serez toujours impuissants à me réprimer, à me mettre à genoux, car toujours ma peau vous dira l’obscur désir nu de la vie.
Mon corps porte les femmes du Nil en moi, je suis fille d’Alexandrie, comme Cléopatra de Abdelwahab ou Justine de Durell, comme Bahia de Chahine, j’aime et je crie ma liberté de femme :
Je suis Aliaa Magda El Mahdi, nue dans vos yeux, au propre comme au figuré.
Une métaphore de la vérité.

Nourredine Saadi
Alger, décembre 2011.