Subscribe to SIAWI content updates by Email
Accueil > impact on women / resistance > Belgique : Une heure obligatoire de philosophie et citoyenneté (CPC) à (...)

Belgique : Une heure obligatoire de philosophie et citoyenneté (CPC) à l’école : les implications

mercredi 20 décembre 2017, par siawi3

Source : http://nadiageerts.over-blog.com/2017/12/le-loup-dans-ou-hors-de-la-bergerie.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

Le loup : dans ou hors de la bergerie ?

Publié le 20 décembre 2017

par Nadia Geerts

Le Soir du 18 décembre (1) nous apprend que, de l’aveu-même de trois inspecteurs de cours de religion - catholique -, « les cours philosophiques sont intenables ». Ce qui amène lesdits inspecteurs à se dire ouverts à deux heures de philosophie et citoyenneté pour tous, comme le réclame le MR.

Si l’on ne peut que se réjouir que le clivage traditionnel prenne ainsi un fameux coup dans l’aile, toute révision du Pacte scolaire ayant jusqu’ici semblé inenvisageable sans ranimer la guerre scolaire opposant jadis catholiques et laïques, il faut cependant rester prudent.

L’organisation actuelle des cours dits « philosophiques » est de toute évidence intenable, ce qui devrait mener à leur suppression – ou à tout le moins à leur relégation hors de la grille horaire, en tant que cours optionnels – dans un avenir plus ou moins proche. Rappelons en effet que les élèves avaient auparavant le choix entre six cours, donnés à raison de deux heures hebdomadaires : morale non confessionnelle et religions catholique, protestante, orthodoxe, israélite ou islamique. Depuis la rentrée 2016 (pour le primaire) et la rentrée 2017 (pour le secondaire), ce système s’est encore complexifié par l’introduction d’une heure obligatoire de philosophie et citoyenneté (CPC), en lieu et place d’une des deux heures de morale/religion. En ce qui concerne la deuxième heure, les élèves ont désormais le choix : soit ils gardent une heure de morale ou de religion, soit ils – ou leurs parents – souhaitent en être dispensés, et doivent alors suivre une deuxième heure de CPC.

D’un point de vue pratique, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que la confection des horaires, mais aussi le recrutement d’enseignants, sont devenus encore plus difficiles. Je ne parlerai pas ici de la formation des enseignants de CPC, qui commence seulement à se mettre en place, ni de l’inspection de ces cours, encore au stade embryonnaire, ni des « conversions » parfois hasardeuses d’enseignants de religion en enseignants de CPC, mais il y aurait beaucoup à en dire.

Quoi qu’il en soit, la prise de position publique de trois inspecteurs de religion catholique, si elle a des allures de belle avancée, doit cependant éveiller la vigilance des partisans d’une laïcisation du système scolaire belge. En effet, l’introduction d’un cours de CPC constitue de toute évidence un pas vers la sortie de l’enseignement religieux au sein de l’enseignement officiel : il s’agit de privilégier un cours commun à tous, permettant notamment d’aborder des questions de citoyenneté avec les outils que la philosophie met à notre disposition, en lieu et place de cours dont la fonction était, historiquement, de transmettre aux élèves un corpus de foi correspondant à la religion dans laquelle leurs parents souhaitaient les élever. Autrement dit, l’introduction du CPC constitue l’expression d’une volonté politique : celle de manifester que l’éducation religieuse n’est pas du ressort de l’école officielle.

Or, parmi les conditions posées à l’introduction de deux heures de CPC par les trois inspecteurs de religion catholique, figure celle-ci : « que les traditions religieuses et philosophiques soient relayées également par des personnes relevant de ces différentes mouvances ».

Autrement dit, il faudrait que ce soit un catholique qui vienne parler à tous les élèves de sa « tradition religieuse », et de même pour les autres courants convictionnels… Devant les élèves rassemblés se succèderaient donc divers « témoins » qui viendraient présenter leur « tradition »…

Or, cela ne saurait se faire sans bafouer gravement l’intention-même de l’introduction d’un CPC, laquelle n’était pas de reléguer la religion à la sphère privée, comme d’aucuns s’obstinent à le prétendre, mais de permettre d’aborder les religions comme autant de faits sociaux, qu’il convient donc d’étudier comme tels, sans qu’il soit question pour l’enseignant de croire à ce qu’il enseigne.

Cela veut-il dire que l’enseignant devrait être athée ? Evidemment non. Il s‘agit simplement de considérer le CPC comme une discipline semblable aux autres disciplines enseignées à l’école, et pour l’enseignement de laquelle l’enseignant sera donc prié de laisser ses convictions personnelles au vestiaire, pour endosser la casquette d’un professionnel de l’enseignement, chargé d’enseigner quantité de courants d’idées sans témoigner de sa préférence pour aucun d’entre eux, afin de permettre à chacun de ses élèves de se forger progressivement les siennes, en toute autonomie intellectuelle.

Il ne saurait être question d’engager un enseignant de mathématiques, de français ou d’histoire en fonction de ses convictions religieuses. De même est-il indispensable qu’il reste exclu de confier tout ou partie du cours de CPC à des enseignants en fonction de leur religion. Car ce serait faire rentrer par la fenêtre le loup que l’on vient de commencer à chasser par la porte.

(1) http://www.lesoir.be/129884/article/2017-12-18/enseignement-trois-inspecteurs-appellent-reformer-les-cours-de-religion-et