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France : Enfants de djihadistes rapatriés : des « traumatismes répétés » compliqués à soigner

jeudi 28 décembre 2017, par siawi3

Source : https://www.lexpress.fr/actualite/societe/enfants-de-djihadistes-rapatries-des-traumatismes-repetes-compliques-a-soigner_1972265.html

Enfants de djihadistes rapatriés : des « traumatismes répétés » compliqués à soigner

Propos recueillis par Anna Benjamin,

publié le 28/12/2017 à 17:47 , mis à jour à 17:52

Leurs parents, originaires de Seine-et-Marne, étaient partis en 2015 pour l’Irak. afp.com/ABD DOUMANY

Trois enfants d’un couple de djihadistes français partis en Irak rejoindre Daesh ont été rapatriés. Le psychiatre Serge Hefez explique la longue prise en charge qui les attend.

Trois enfants d’un couple de djihadistes français partis en Irak rejoindre l’organisation terroriste État islamique ont été rapatriés en France. Leur arrivée date du 18 décembre, mais l’information a été dévoilée mercredi. Leur mère, Mélina, et son plus jeune enfant de moins d’un an, sont restés sur place. Âgés de 3 à 8 ans, ils ont été confiés à l’aide sociale et placés dans des familles d’accueil. Leurs grands-parents maternels vont demander un droit de visite.

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D’après les services de renseignement français, « quelques dizaines » d’adultes français, combattants djihadistes ou leurs épouses ? capturés au fil de la débâcle territoriale du groupe État Islamique (EI), se trouvent actuellement dans des camps ou des prisons en Irak et en Syrie. Certains avec leurs enfants. Leur retour en France et leur prise en charge sont particuliers, comme l’explique à L’Express le psychiatre Serge Hefez, ces enfants étant souvent pris « dans un conflit de loyauté intérieur avec leurs parents ».

Comment gère-t-on le retour de ces enfants en France ? Quelle est la prise en charge prévue ?

Serge Hefez : Ils sont confiés à l’Aide sociale à l’enfance. Elle se substitue aux parents, qui peuvent être décédés ou emprisonnés dans le cas de ces enfants revenus de Syrie ou d’Irak. Ensuite, ils sont soit hébergés dans un foyer, soit dans une famille d’accueil avec un suivi psychologique et éducatif particulier.

Mais s’ils ont une attache familiale, comme des grands-parents, un oncle, une tante, il est important de ne pas rompre ce lien. L’idéal est donc de les placer dans un premier temps dans un foyer avant de les confier à un membre de leur famille. Dans le cas où ils n’ont plus d’attaches familiales, la famille d’accueil est une alternative.

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Cette situation des enfants de Daech est spectaculaire pour notre pays et apparaît comme une programmatique nouvelle pour les professionnels. Mais les ingrédients sont connus et des situations analogues existent. Ce sont d’abord des orphelins qui ont perdu ou ont brutalement été séparés de leurs parents dans des circonstances dramatiques et qui ont subi des situations traumatiques importantes.

Leur particularité par rapport à d’autres jeunes est qu’ils ont vécu la guerre, c’est-à-dire des traumatismes à répétition pendant des mois, voire des années. Ils ont parfois vu des scènes de tortures, des bombardements... Ce traumatisme cumulatif est plus compliqué à soigner, ce quotidien étant devenu la norme pour eux. Cela crée une insécurité et un malaise permanent.

Comment réagir face au risque de radicalisation ?

La question de la radicalisation, de leur adhésion aux croyances de leurs parents, est un autre aspect de cette prise en charge. Ces enfants sont souvent pris dans un conflit de loyauté intérieur avec leurs parents. Car appartenir à leur famille, c’est appartenir à des croyances et des valeurs. Ne pas y adhérer, c’est la trahir.

Avec un enfant de 3 ans, nous sommes d’abord là pour le rassurer. A 8 ans, un enfant peut avoir développé des valeurs qui justifient des meurtres ou des attentats. Notre travail est ici de retricoter avec lui sa vision de la société. A 14 ou 15 ans, c’est encore autre chose. Il faut être plus vigilant. Ce sont de jeunes adultes qui peuvent avoir été embrigadés. On s’occupe alors de leur état psychique en travaillant sur leurs croyances avec des rencontres avec des repentis ou des imams par exemple.

Faut-il éloigner ces enfants de leurs parents ?

Dans tous les cas, même en cas de parents très radicalisés qui seraient emprisonnés, il est préférable que les enfants continuent à les voir. On ne résout pas un conflit de loyauté en coupant l’enfant de ses parents, mais en travaillant avec lui sur la manière dont il peut concilier le lien affectif qu’il a avec eux et celui qu’il peut construire avec d’autres personnes. L’enfant assimilera avec le temps à faire la part des choses entre les croyances de ses parents et ce qu’il apprendra par la suite.

Quel est le message qu’il faut tenir concernant Daech ?

A leur arrivée en France, cette question n’est pas l’urgence. L’urgence est plutôt de considérer que ce sont des enfants qui ont été séparés de leurs parents, dont certains sont morts, dont les liens affectifs ont été brutalement endommagés. L’impératif est qu’ils puissent nouer des liens de confiance avec leur famille d’accueil, les psychologues, les éducateurs, qu’ils se sentent en sécurité, et qu’ils puissent s’exprimer sur ce qu’ils ont vécu.

Emmanuel Macron prône un « cas par cas » concernant la prise en charge de ces enfants. Qu’en pensez-vous ?

C’est très important. Les trajectoires de radicalisation des parents sont toutes différentes, comme les situations familiales et les enfants donc il est impossible de leur fournir des prêts-à-penser. L’objectif est d’abord de répondre à leurs besoins particuliers, rétablir des liens de confiance et d’être à l’écoute.