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Afrique du Nord et Moyen Orient: Offensives réactionnaires des gouvernements et émeutes de la faim.

Tuesday 9 January 2018, by siawi3

Source: https://www.algeriepatriotique.com/2018/01/09/populations-de-region-se-soulevent-contre-vie-chere-contagion-pourra-t-gagner-lalgerie/

L’Algérie sera-t-elle touchée par les émeutes du pain dans les pays voisins ?

janvier 9, 2018 - 5:41

Kenzi Adam

Photo: Tunisie manifestations
Manifestations contre le chômage àKasserine, en Tunisie. D. R.

Par R. Mahmoudi –

Les manifestations contre la cherté de la vie engendrée par la hausse des prix introduite par la loi de finances 2018 se sont étendues, en deux jours, àplusieurs régions du pays dont Kasserine, Sidi Bouzid, Tunis et Sakiet Sidi Youssef et ont donné lieu àdes affrontements entre les forces de l’ordre et les protestataires.

La situation s’est nettement dégradée en Tunisie où les troubles qui se sont produits simultanément dans plusieurs villes du pays ont déjàfait un mort, dans la soirée de lundi, àTébourba, du gouvernorat de la Manouba. L’information sur la mort de ce manifestant a rapidement circulé sur les réseaux sociaux, bien que le ministère de l’Intérieur ait démenti, dans un communiqué diffusé dans la nuit de lundi àmardi, en niant toute trace de violence ou blessure sur la victime.

Si les autorités tunisiennes sont habituées, depuis quelques années, àdes contestations sociales de cette nature, la situation risque cette fois-ci d’échapper àleur contrôle et de se transformer, comme en Iran, en mouvement de désobéissance civile. Anticipant une aggravation de la situation, l’armée est vite intervenue pour protéger les édifices publics, comme il y a quelques mois, dans la région de Tatouine, lorsque, face àla gronde sociale, le chef de l’Etat a ordonné àl’armée de sécuriser les sites de production.

Plus qu’une simple explosion sociale, ces nouveaux troubles en Tunisie font écho àune vague de soulèvements qui traversent depuis quelques semaines de vastes contrées du monde arabe et musulman. De l’Iran au Maroc, en passant par la Jordanie et l’Arabie Saoudite, les augmentations de prix et d’un large éventail de produits de consommation, induites par les politiques d’austérité sévères appliquées par les gouvernements de ces pays àpartir de l’année 2018, sont àl’origine de la plus violente gronde sociale qu’aient connue ces pays depuis longtemps.

On a vu comment en Iran des contestations qui avaient commencé avec des slogans dénonçant la cherté de la vie et la hausse des taxes ont très rapidement dégénéré pour se transformer en mouvement de dissidence contre la politique du pouvoir et ont fait vaciller l’autorité du président Rohani et celle du clergé, réputées pourtant très stables.

Cette vague de contestation de la faim s’est étendue au cours de la même semaine dans d’autres pays de la région. En Arabie Saoudite, premier producteur mondial de pétrole, seule une répression féroce du régime empêche pour l’instant les citoyens saoudiens de sortir dans la rue. Selon les informations parvenant de ce pays, distillés sur les réseaux sociaux, une large frange de la population est àbout de nerfs àcause de l’augmentation jamais connue du prix du carburant et l’érosion du pouvoir d’achat des ménages. L’exacerbation de la crie politique dans ce pays, après les grandes purges opérées par le prince héritier, fait planer le spectre d’une révolte populaire dans ce pays.

En Jordanie, royaume vivant des aides des pays du Golfe et des Etats-Unis, c’est la révolte du pain depuis deux jours. Les citoyens protestent contre la hausse du prix du pain due àla levée des subventions de l’Etat sur certains produits. De son côté, le gouvernement se plaint des fortes charges que représenterait pour lui la présence de quelques millions de réfugiés syriens et irakiens sur le sol jordanien. Donc, le lien àla situation politique est ici aussi établi.

Au Soudan, un étudiant est mort, dimanche, dans des manifestations de protestation contre la hausse du prix du pain àKhartoum. Pour tenter d’empêcher une propagation des émeutes dans le pays, les autorités ont procédé àl’arrestation d’un dirigeant de l’opposition et la fermeture de plusieurs journaux.

Plus près de nous, le Maroc semble s’installer dans une zone de turbulence dont le pouvoir monarchique ne sortira pas indemne. Croyant pouvoir gérer les contestations par des promesses et des ukases, le roi Mohammed VI voit son trône de plus en plus menacé. Car, au rythme où va ce mouvement, la population marocaine, qui souffre àla fois d’injustice et de misère, finira par revendiquer un changement de système.

A des degrés différents, l’Algérie n’est pas épargnée par cette onde de choc qui traverse les pays de la région. L’ébullition que connait depuis quelques jours le front social, avec le déclenchement de grèves dans de nombreux secteurs (santé, éducation…) et une colère citoyenne qui couve depuis l’annonce des nouvelles mesures antisociales que contient la loi de finances 2018 sont des signaux très forts que le gouvernement doit prendre très au sérieux. Or, avec un Exécutif aussi instable, àcause de cette guerre intestine qui refait surface et qui accentue les divisions, il y a lieu de craindre le pire.

R. M.

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Source: http://www.jeuneafrique.com/508376/politique/tunisie-les-manifestations-contre-la-cherte-de-la-vie-tournent-a-laffrontement-violent/

Tunisie : les manifestations contre la cherté de la vie tournent àl’affrontement violent

09 janvier 2018 à10h58

Par Frida Dahmani
Correspondante àTunis

Les manifestations qui se multiplient contre l’augmentation des prix, suite àla loi de finances 2018, ont tourné àl’affrontement dans plusieurs villes du pays. Un homme a succombé àl’inhalation des gaz lacrymogènes àTébourba. Un scénario qui rappelle les événements ayant conduit àla chute du régime de Ben Ali.

Des affrontements ont éclaté, lundi 8 janvier, dans plusieurs villes de Tunisie faisant un mort àTébourba (àune quarantaine de kilomètres de Tunis), selon le ministère de l’Intérieur.

Depuis l’adoption de la loi de Finances 2018 axée essentiellement sur une augmentation des taxes, le feu couvait sous les cendres. À Sidi Bouzid, Meknassy, Kasserine, Thala, Gafsa, Tébourba et Tunis, des manifestants ont exprimés leur colère face àla flambée des prix et l’accélération des projets programmés par le gouvernement.

Confrontation avec les forces de l’ordre

Des tensions qui ont lieu alors que la Tunisie est en état d’urgence depuis les attentats de 2015. Un régime d’exception qui octroie des pouvoirs d’exception aux forces de l’ordre, et permet notamment l’interdiction de grèves et des réunions « de nature àprovoquer le désordre ».

Un peu partout, les manifestations ont tourné àla confrontation avec les forces de l’ordre, qui ont usé de gaz lacrymogènes en abondance pour disperser les manifestants. À Tébourba, un jeune homme est mort. Il a succombé àl’inhalation de ces gaz, selon le ministère de l’Intérieur.

De quoi mettre le feu aux poudres : les protestations ont viré àl’émeute et au saccage notamment àTéboura et àHay Ettadhamen, la plus importante cité populaire de Tunis. Des commerçants ont tenté de défendre leurs biens tandis que des agences bancaires et des grandes surfaces ont été pillées.

Des habitants de Gafsa ont quitté la ville pour se diriger vers l’Algérie. « Pauvreté, chômage, on quitte le pays ! » lançait l’un d’eux, arborant le drapeau algérien.

A LIRE – Tunisie : récit d’une colère ordinaire àSejnane, la ville des cigognes

Le feu s’est petit àpetit propagé porté par le collectif « Fech Nestanaou » (« Qu’attendons-nous ? ») qui appelle àdes rassemblements régionaux le 12 janvier. Jusque-làinconnu, ce groupe d’activistes, dont plusieurs membres ont été arrêtés àSousse, Bizerte et Tunis pour avoir tagué des murs et distribué des tracts protestant contre le coût de la vie, semble très bien coordonné et organisé ; sans que l’on connaisse ses sources de financement.
Souvenir de la révolution de 2011

Ces événements rappellent ceux qui ont conduit àla chute du régime de Ben Ali et àla révolution tunisienne du 14 janvier 2011. Sept ans plus tard, rien n’a changé : les revendications sur l’emploi et l’équité sociale sont les mêmes, avec une situation économique nettement plus dégradée. Et l’espoir en moins.

Signe que la crise est sérieuse, la puissante Union générale tunisienne du travail (UGTT) qui soutenait jusque-làle gouvernement Youssef Chahed devient critique àson égard l’enjoignant de revenir sur la loi de finances et l’accusant d’avoir failli aux engagements pris.

Gouvernement et partis au pouvoir semblent avoir été pris de court et sont restés sans réaction. Un silence dont profitent les autres formations.

A LIRE – L’augmentation de la TVA provoque un tollé en Tunisie

Saïd Aïdi, ancien ministre et fondateur du parti Bani Watani (« Les enfants de ma patrie »), dresse un réquisitoire sans concessions contre l’exécutif : « un gouvernement sans vision et àcourt d’idées, un gouvernement qui, jour après jour, se contente des effets d’annonce sans suite ».

Selon lui, l’équipe au pouvoir est incapable de négocier et de constituer une force de proposition et d’équilibre face àses interlocuteurs nationaux et internationaux. Sa composition étant le fruit « de petits compromis et de grandes compromissions », elle est chaque jour un peu plus « déconnecté de la dure réalité du citoyen ».

Dans les milieux politiques, on en arrive même àdire que les jours du gouvernement Chahed sont comptés. « La majorité au pouvoir est incapable d’améliorer la situation, et ceux qui la remplaceront àl’avenir feront certainement mieux », glisse Mohamed Abbou, fondateur du Courant démocratique. En Tunisie, cette vague de mécontentement a en tout cas de sérieuses raisons d’inquiéter le gouvernement.

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Source: http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/12/18/en-tunisie-des-democrates-appellent-a-resister-au-projet-retrograde-du-pouvoir_5231330_3212.html#FEu4GXYJrMoAj2t4.99

En Tunisie, des démocrates appellent à« résister » au projet « rétrograde » du pouvoir

Sept ans après le déclenchement de la révolution de décembre 2010, un millier de militants ont signé un texte dénonçant l’« offensive réactionnaire » du pouvoir.

Par Frédéric Bobin
(Tunis, correspondant)

LE MONDE Le 18.12.2017 à11h38 • Mis àjour le 19.12.2017 à09h46

image: http://img.lemde.fr/2017/12/18/0/0/4884/3504/768/0/60/0/c08387e_30348-olq5ll.b3keg.jpg

Photo: Le président tunisien Béji Caid Essebsi (àgauche) et le dirigeant du parti islamiste Rached Ghanouchi àCarthage, le 13 juillet 2016.

La mise en garde est cinglante et solennelle. Un appel à« défendre le pays, la Constitution et les libertés » a été lancé dimanche 17 décembre àTunis, àl’occasion du septième anniversaire du déclenchement de la révolution àSidi-Bouzid, par un millier de démocrates tunisiens. Ils fustigent l’« offensive antidémocratique » en cours, selon eux, contre les acquis de la transition post-2011. Ce document, signé par des intellectuels, militants associatifs, enseignants ou membres de professions libérales, révèle une crispation du débat politique en Tunisie, alors que se renforce l’impression générale d’un retour àdes pratiques de l’ancien régime de Zine El-Abidine Ben Ali.

Parmi les signataires figurent notamment Souhayr Belhassen, présidente d’honneur de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), MokhtarTrifi, ancien président de la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH), Amor Safraoui, président de la Coordination nationale indépendante pour la justice transitionnelle, Messaoud Romdhani, président du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES), le cinéaste Hichem Ben Ammar, et les historiennes Kmar Bendana et Sophie Bessis.

« Les anciens réseaux se sont réorganisés »

« Sept ans après le déclenchement de la révolution, ce sont les groupes affairistes et mafieux qui apparaissent comme les principaux bénéficiaires du renversement de l’ancien régime, dénonce le texte. Aucune des revendications essentielles de la population n’a reçu le moindre début de satisfaction. Le fossé séparant la Tunisie de l’intérieur de la Tunisie du littoral ne s’est pas réduit ; la société rurale continue de souffrir d’un rapport structurellement inégal avec la société urbaine. Les habitants des ceintures des grandes villes restent enfoncés dans leur marginalisation. »

Lire aussi : Béji Caïd Essebsi : « Ce n’est pas un crime d’avoir travaillé avec Ben Ali »

Les signataires de l’appel s’en prennent particulièrement au maintien en place du système qu’avaient pourtant souhaité réformer les acteurs du « Printemps » tunisien. « La chute de Ben Ali n’a pas entraîné la chute de son système économique, écrivent les auteurs du texte. Les anciens réseaux se sont réorganisés, puis ont repris leur expansion, gangrenant l’administration, la justice et les médias, sans oublier les partis politiques. Les gouvernements qui se sont succédé depuis 2011 se sont tous dérobés devant la nécessité d’engager un combat frontal contre la corruption et les privilèges. »

Ils critiquent sévèrement le tandem formé par les deux hommes forts du pays, le chef de l’État Béji Caïd Essebsi, ancien ministre d’Habib Bourguiba et élu président de la République en 2014, et Rached Ghanouchi, président du parti islamiste Ennahda. Sous leurs auspices, une coalition gouvernementale s’est formée début 2015 entre Nidaa Tounès (le parti fondé par M. Essebsi) et Ennahda. Cette coalition était censée prolonger le consensus manifesté lors de l’adoption en janvier 2014 d’une Constitution louée comme la plus progressiste du monde arabe.

« La nouvelle Constitution et les nouvelles marges de liberté représentaient des acquis précieux, un tremplin pour passer àla démocratie réelle, soulignent les auteurs du texte. Ce sont ces acquis qui sont aujourd’hui gravement menacés par Béji Caïd Essebsi et Rached Ghanouchi, son allié direct dans les mauvais coups qui se préparent contre la Tunisie et sa démocratie naissante. »
« Le devoir de résistance ne relève pas que de l’opposition »

Les signataires notent que « l’offensive antidémocratique et réactionnaire s’est accélérée àla fin de l’été 2017 ». Ils relèvent en particulier que « le président de la République s’en est pris violemment àla Constitution [le 7 septembre dans un entretien àla presse locale] et au régime parlementaire ». « Il a mis en cause les institutions indépendantes, ajoutent-ils, et il s’est livré àun véritable plaidoyer pour le retour du présidentialisme et l’obtention des pleins pouvoirs ». Les auteurs de l’appel reprochent également au gouvernement de Youssef Chahed, remanié en septembre, de compter « plus de la moitié de ministres issus de l’ancien RCD » [Rassemblement constitutionnel démocratique, l’ex-parti unique sous Ben Ali]. « Point d’orgue de l’offensive, le 13 septembre, les élus Nidaa Tounès et Ennahda ont voté la loi dite de réconciliation administrative, qui arrête les poursuites pour cause de corruption impliquant des responsables de l’époque Ben Ali ».

Lire aussi : « La Tunisie n’est pas un modèle pour le monde arabe »

« Nous disposons àprésent d’adversaires précisément identifiés, sur lesquels plus personne de bonne foi ne peut nourrir la moindre illusion, concluent les auteurs de l’appel. Nous pouvons par conséquent nous rassembler contre eux, combattre leur projet rétrograde et le mettre en échec. Le devoir de résistance ne relève pas des seuls partis d’opposition, il concerne toutes les Tunisiennes et tous les Tunisiens attachés àleur pays et àleurs libertés, conquises au prix du sang des jeunes générations. »

Ce texte marque-t-il le début d’une remobilisation des milieux démocrates tunisiens qui, après la double élection législative et présidentielle de 2014, avaient plutôt quitté l’arène militante ? Il révèle en tout cas une montée du ressentiment, voire de l’exaspération, contre les jeux de la classe dirigeante.