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Maroc : Couples mixtes

Cinema

samedi 13 janvier 2018, par siawi3

Source : https://www.atlasinfo.fr/Maroc-Zakia-Tahiri-signe-un-documentaire-emouvant-sur-les-couples-mixtes_a88604.html#SPKwCqOAYJYMg6YG.99

Maroc : Zakia Tahiri signe un documentaire émouvant sur les couples mixtes

Lundi 8 Janvier 2018 modifié le Lundi 8 Janvier 2018 - 20:26

En défilant l’histoire de ses parents, Larbi et Jacqueline-Aziza, la réalisatrice Zakia Tahiri signe un très beau documentaire sur les couples mixtes en terre marocaine.

Narjis Rerhaye
(A Rabat)

image : https://www.atlasinfo.fr/photo/art/grande/19355537-23273133.jpg?v=1515416319

image : https://www.atlasinfo.fr/photo/art/default/19355537-23273133.jpg?v=1515416320
Jacqueline-Aziza et Larbi, les parents de Zakia Tahiri

"Au nom de l’amour", diffusé dimanche 7 janvier sur 2M, est le 8ème opus dédié à l’amour dans le cadre de la série « Des Histoires et des Hommes ». Carte blanche a donc été donnée à Zakia Tahiri qui a choisi de raconter l’amour à travers des tranches de vie de couples mixtes.
Son fil rouge à elle, ses parents et leur histoire. La mère de Zakia a quitté la Normandie après avoir épousé son père, un jeune bourgeois de Fès rencontré à Paris.

"Tout est parti d’une photo", dit dans un souffle la réalisatrice qui est aussi la narratrice du documentaire. Une photo jaunie, échappée de la malle à souvenirs où l’on voit la blonde Jacqueline devenue Aziza en caftan, prenant la pose à côté de la grand-mère paternelle de Zakia, ancienne esclave noire épousée par le grand-père. En ouvrant les portes de l’histoire de sa famille, la réalisatrice de ce documentaire produit par Ali’n’ production et 2M a voulu comprendre ces femmes et ses hommes que tout sépare et que l’amour réunit.

Un travail d’introspection mais aussi un parcours mnémonique au cours duquel la fille de Jacqueline et Larbi questionne, demande, cherche à savoir et à comprendre. Sans jamais juger, elle fait égrène des histoires de vie. Ces vies où tout bascule, où l’on change de pays, de culture et de religion parce qu’on aime un homme ou une femme venu(e) d’ailleurs. Zakia Tahiri le raconte simplement, sans fioriture dans une belle darija. Le téléspectateur est pris par la main, conduit vers ce continent étrange qu’est l’amour. A lui de se faire sa propre conviction. La réalisatrice est allée à la recherche de ces Histoires et de ces Hommes dont l’engagement amoureux est une belle leçon de tolérance. Fatima Chinouiya, la vietnamienne qui a suivi son soldat de mari jusque dans la campagne de Sidi Ihya El Gharb et qu’elle n’a plus jamais quitté, Leila-Nicole parlant de son mari, "Sidi Mohammed" avec un délicieux accent fassi et qu’on a du mal à reconnaître sur la photo de sa communion, Caroline, bourgeoise française aux multiples questionnements qui a choisi de vivre de manière simple au plus près des Marrakchis humbles avecYazid, l’homme qu’elle aime. Et puis il y a Tony, l’Américain né juif, devenu musulman par amour pour Fadwa l’amazigh.

"Parmi les couples que j’ai rencontrés, il y avait de la résilience pour certains. D’autres font voler en éclat les préjugés, d’autres encore, vont contre vents et marrées. Leurs histoires se construisent et se solidifient et puis on se rend compte que la valeur fondatrice des couples mixtes, c’est le respect de l’un et de l’autre. On s’additionne sans jamais se soustraire", a expliqué Zakia Tahiri dans une interview accordée au Huffpost Maghreb.

"Au nom de l’amour" part d’une histoire personnelle qui a un goût d’inachevé. Les parents de Z. Tahiri se sont séparés et Jacqueline-Aziza, sa mère, est décédée peu de temps après être retournée en France. Comme si quitter le Maroc avait été plus qu’une déchirure…

Celle qui a été actrice avant de choisir de se tenir derrière la caméra a donné à voir un documentaire à la fois sobre et poignant en allant chercher ses réponses dans les histoires d’amour de quatre couples à la fois proches et tellement différents. Des témoignages émouvants qui montrent à ceux et celles qui savent être attentifs au monde qu’il n’ y a pas de couples mixes. Juste des hommes et des femmes qui s’aiment et qui sont prêts à tout par amour…

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Source : http://www.huffpostmaghreb.com/2018/01/05/zakia-tahiri-documentaire-sur-les-couples-mixtes-au-maroc-entretien_n_18939688.html

L’amour et les couples mixtes au Maroc, l’émouvant documentaire de Zakia Tahiri (ENTRETIEN)

HuffPost Maroc

Par Yasmine Bidar

Publication : 05/01/2018 17h30 CET Mis à jour : 05/01/2018 19h13 CET

AU NOM DE LAMOUR

CULTURE - C’est un beau pari que la chaîne 2M continue de relever avec sa série de documentaires sur l’amour au Maroc, réalisés par des grands noms du cinéma marocain et des apprentis cinéastes. Après le très sincère "Shakespeare El Bidaoui" de la jeune Sonia Terrab qui avait ouvert le bal, le documentaire de Laila Marrakchi sur les relations amoureuses et le mariage qui avait suscité une vive polémique, mais aussi le touchant huis clos du réalisateur Faouzi Bensaidi sur l’amour inconditionnel dû aux parents, 2M donne carte blanche à Zakia Tahiri pour un huitième opus qui abordera la mixité dans les couples au Maroc, un documentaire diffusé ce dimanche 7 janvier à 21h30.

Actrice puis réalisatrice et productrice, Zakia Tahiri a fait ses preuves dans le cinéma et la télévision marocaine mais aussi européenne. Elle aime jouer avec les clichés, les déconstruire comme dans le très drôle "Mar’hba" et surtout livrer un panel d’émotions à travers ses séries et documentaires, en abordant des faits de société dans un Maroc en pleine mutation.

Photo : La réalisatrice franco-marocaine Zakia Tahiri

Entretien avec une femme qui croit en l’amour avec un grand A, celui qui apaise, qui guérit et qui dépasse les frontières.

HuffPost Maroc : La mixité semble être un sujet qui vous tient à coeur... Pourquoi y avoir consacré un documentaire ?

Zakia Tahiri : Quand Nabil Ayouch et Amine Benjelloun (de Ali’n Productions) et Reda Benjelloun (de 2M) m’ont parlé de ce projet de documentaire sur l’amour, et m’ont proposé une carte blanche pour en réaliser un, la première idée qui m’a traversé l’esprit c’est l’amour dans les couples mixtes, au Maroc bien entendu. C’est un sujet qui me tient à cœur car je suis issue moi-même d’un mariage mixte. C’est un sujet plus que d’actualité. C’est important d’en parler et je remercie mes producteurs qui sont courageux et engagés ainsi que la télévision qui nous donne l’opportunité de montrer un pan de la société marocaine.

Quel cheminement avez-vous suivi pour réaliser cet opus ?

Je suis partie de quelque chose de très personnel, c’est à dire l’histoire de mes parents, qui se sont rencontrés à Paris à la fin des années 50, pour, à mon sens, arriver à quelque chose de plus universel. Une très jeune normande qui rencontre un bel arabe ; ils décident de faire leur vie ensemble et de rentrer au Maroc. Ensuite, je suis tombée sur une photo absolument magnifique et qui pour moi raconte beaucoup de choses, de ma grand-mère paternelle avec ma mère. Une petite femme noire avec une grande femme très blanche aux yeux bleus, très blonde : le contraste est saisissant de par la taille, de par la couleur et les différents faciès. D’une part, ma grand-mère, petite esclave qui a été volée puis offerte à mon grand père qui en a fait sa femme légitime et la mère de ses enfants, c’était un fait très rare à cette époque. Et d’autre part ma mère, qui débarque de sa Normandie profonde. Je me suis toujours interrogée sur comment ça se passait à l’époque pour les couples mixtes et surtout comment ma mère avait pu tout laisser derrière et pour se faire accepter et aimer par une nouvelle famille et une nouvelle patrie.

Comment vos parents ont vécu cette mixité au sein de leur couple ?

Ils ne sont plus de ce monde pour nous le dire. C’est pourquoi je fais un chemin vers eux à travers ce documentaire, pour essayer de comprendre quelles sont les aspérités de leur histoire. Souffrance ? Amour au delà de tout ? Leur mariage n’a pas duré mais pourquoi ? Est-ce à cause de la "marocanité" de mon père ou bien simplement des histoires d’hommes et de femmes, de couple ? À travers l’histoire de mes parents, je pars en quête de réponses et je vais interroger plusieurs couples qui, à leur façon, m’apportent des réponses différentes.

A-t-il été difficile pour les couples que vous avez rencontrés, de se livrer à vous ?

Je suis partie à la rencontre de 4 couples que je connaissais ou dont on m’a parlé. Ça a été des moments d’hésitation, de travail sur soi, de remises en question et de sincérité aussi parce qu’il n’est pas question de mentir ou de se mentir à soi-même. Je rends hommage à ces couples qui ont été formidables de s’ouvrir à moi et de parler très librement. J’ai eu envie d’écouter chacune de leurs histoires qui étaient touchantes, passionnantes, émouvantes. Ça a été extrêmement dur de respecter le temps imparti, de les couper dans leurs récits, c’était une douleur pour moi. C’est des gens avec lesquels on sent qu’il y a un mouvement intérieur au sein d’eux, rien n’est figé, tout bouge, dans les sentiments et dans leur réflexion. On sent la progression, on sent qu’ils sont mieux, qu’ils vont mieux.

Que pensez-vous de la mixité des couples au Maroc ? Est-ce un sujet de société encore soumis à de nombreux clichés et tabous ?

La réponse est dans le documentaire (rires). On ne peut pas résumer ça en une phrase. Parmi les couples que j’ai rencontrés, il y avait de la résilience pour certains. D’autres font voler en éclat les préjugés, d’autres encore, vont contre vents et marrées. Leurs histoires se construisent et se solidifient et puis on se rend compte que la valeur fondatrice des couples mixtes, c’est le respect de l’un et de l’autre. On s’additionne sans jamais se soustraire. Mais vous savez, la réponse à cette question est presque aussi différente que la diversité de notre pays. D’ailleurs, en parlant de notre pays, je me suis rendue compte à la fin de ce documentaire, que dans les couples mixtes, la "marocanité" se renforce. Plus nous allons chercher la diversité, plus nous allons affirmer notre identité marocaine. C’est très intéressant de voir que certains se sentent encore plus marocain lorsqu’ils sont dans un couple mixte et sont en même temps complètement internationaux, ouverts et libres.

Qu’espérez-vous comme réaction de la part du public ?

J’espère qu’elle soulèvera un questionnement, c’est pour cette raison que j’ai fait des documentaires. Je n’apporte pas de réponses, je ne suis pas devin. Mais si ce documentaire permet de questionner réellement la société, on aura déjà fait un grand pas. Après, arriver à l’étape de changer des lois, d’avoir une ouverture d’ici peu, je ne sais pas, c’est un processus qui prend du temps et se met en place. Il est en tout cas essentiel que la télévision au Maroc puisse aujourd’hui accompagner ce changement, cette évolution de la société.

Finalement, j’avais surtout envie de parler de l’amour avec un grand A, celui qui passe au dessus des origines, des cultures, des religions, des langues... Il existe vraiment. En voyant que l’amour est plus fort que tout, j’ai compris pourquoi une petite normande a tout abandonné derrière elle pour venir au Maroc. Ma mère faisait le poisson à la marocaine comme personne, parlait darija avec un accent exquis. Et elle est morte quand elle a quitté le Maroc, un pays qu’elle aimait tellement.