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France : Quand le Président de la République confond laïcité et oecuménisme

mercredi 10 janvier 2018, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/debattons/tribunes/le-chanoine-de-latran-macron-confond-laicite-et-oecumenisme

Le chanoine de Latran Macron confond laïcité et oecuménisme

Publié le 03/11/2017 à 17:35

François Cocq

Président de l’AGAUREPS-Prométhée. Co-auteur de La laïcité pour 2017 et au-delà, de l’insoumission à l’émancipation (Eric Jamet éditions, 2016).

En acceptant officiellement le titre de chanoine de Latran, Emmanuel Macron rompt avec la neutralité religieuse que devrait s’imposer le président de la République française.

Dans son édition du 2 novembre, le journal La Croix révélait que, par une lettre au chapitre de la basilique Saint-Jean-de-Latran, M. Macron acceptait officiellement son titre de « premier et unique chanoine honoraire » de cette basilique romaine cathédrale du pape, et qu’il a bien l’intention d’aller en prendre rapidement possession à Rome.

Voilà donc le président de la République qui renoue avec les mauvaises habitudes qui veulent que le chef de l’Etat se pare également du manteau du religieux. C’est une mauvaise façon de faire et plus encore un détournement de la laïcité au bénéfice d’une lecture régressive qui y substitue l’œcuménisme communautariste.

Neutralité de Mitterrand ou Hollande

M. Macron n’était pas tenu d’accepter cette « distinction ». D’autres, François Mitterrand, Georges Pompidou ou encore François Hollande, n’ont pas pris officiellement possession de leur titre à défaut d’y avoir renoncé. Si la France n’a pas à renoncer à son Histoire, la République n’a pas à endosser les héritages qui entrent en contradiction avec son principe d’organisation politique et sociale que représente la laïcité.

Membres d’un même corps politique, les individus peuvent être croyants, athées ou agnostiques, libre penseurs. Mais la laïcité transcende ces appartenances. On pourrait en effet être athée et laïque comme athée et non laïque ; agnostique et laïque comme agnostique et non laïque ; croyant et laïque comme croyant et non laïque. La République a fait un choix en conscience et en raison : celui d’assumer en son sein le principe de laïcité. Et donc de faire la place aux croyants, aux athées et aux agnostiques. C’est pour cela qu’elle affiche de manière première le fait d’assurer d’abord la liberté de conscience qui est une liberté de croire ou de ne pas croire.
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L’Etat doit demeurer extérieur aux considérations théologiques

La liberté de conscience détermine le rapport de l’Etat à l’ensemble des religions en général et à chacune d’entre elles en particulier. La conscience n’est pas la foi et l’égalité entre les citoyen-ne-s justifie donc que l’Etat demeure extérieur aux considérations théologiques et à leurs pratiques. La liberté de conscience ne vise en effet pas à un égal traitement des religions, œcuménisme faussement laïque tant vanté dans la période. Il observe sur ce point non pas une neutralité entre les religions mais une stricte séparation entre le fait religieux et le champ politique.

Voilà pourquoi il est aussi choquant d’entendre ce lundi Gérard Collomb, ministre d’Etat, de l’intérieur et en charge des relations avec les cultes, affirmer « Nous voulons que les musulmans se sentent fiers d’être français, fiers d’appartenir à la nation » et mettre ainsi sur le même plan la religion, qui relève de l’intime, et la nationalité, qui définit le peuple comme un corps politique constitué justement sur la base du principe de laïcité.
Pierre jetée dans le jardin de la laïcité

Voilà pourquoi la reconnaissance officielle par M. Macron du titre de chanoine de Latran est une pierre jetée dans le jardin de la laïcité et donc dans celui de tous les Français-es.

Voilà pourquoi la distribution des reconnaissances organisées par M. Macron et ses ouailles, un coup à une religion, un coup à une autre, n’est au final rien d’autre qu’une gestion communautariste larvée qui affaiblit et pervertit la République.