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Mélancolie de gauche

Book Presentation

lundi 15 janvier 2018, par siawi3

Source : https://www.revue-ballast.fr/cartouches-25/

Mélancolie de gauche
d’Enzo Traverso

Éditions La Découverte, 2016

par E.C.

le 30 octobre 2017

Une mélancolie combative : regarder en arrière pour marcher d’un bon pas.

La « gauche mélancolique » relève, écrit l’auteur, enseignant à New York, d’une « constellation » et d’une « tradition cachée » : elle ne figure pas dans les grands récits officiels du communisme glorieux.

C’est Blanqui, l’éternel embastillé ne voulant nuls maîtres ni dieux, c’est Louise Michel, la communarde déportée à l’autre bout du monde, c’est Rosa Luxemburg, spartakiste coulée au fond d’un canal, c’est Gramsci, écroué par le fascisme, c’est le POUM, écrasé en Espagne par les staliniens, c’est Walter Benjamin, suicidé en exil, c’est le dernier Trotsky, le banni, traqué par Staline et tué d’un coup de piolet un jour d’août au Mexique, c’est Guevara, esseulé et bientôt capturé dans la jungle bolivienne, c’est le MIR, foudroyé au Chili par le régime de Pinochet, c’est, enfin, Daniel Bensaïd, le « passeur », le penseur mort du sida, le « léniniste libertaire » qui n’aimait guère l’utopie.

C’est l’idée, en somme, d’un activisme endeuillé, d’une lutte acharnée contre le libéralisme sans oublier jamais le visage de nos anciens. Une mélancolie « indissociable », martèle l’essayiste dans cette galerie de portraits, de photographies et de films, des luttes conduites par la gauche : elle en constitue même « la doublure dialectique ».

Gare, toutefois : il ne s’agit pas de s’apitoyer sur les morts et le sort des nôtres mais de se mettre en branle, animé du feu passé que chaque génération s’en va attiser — pas de compassion, de la révolte. C’est la gauche des perdants, des losers, des ratés, des vaincus, des défaits, la gauche apprenant de ses revers et de ses débâcles, celle qui, malgré tout cela, n’entendra jamais ratifier ce « monde mal fait » (Vallès). Une invite à se « remémorer le futur », assure l’auteur.