L’Humanité du 22 janvier 2010
PAR DARIUSZ ZALEGA, JOURNALISTE
La messe de minuit était contre l’avortement, à Noël dernier. « La vie des enfants n’a probablement jamais été autant en danger qu’aujourd’hui ! » a lancé le chef de l’épiscopat polonais, Henryk Muszynski. La lutte de l’Église contre l’interruption volontaire de grossesse (IVG) commence à porter ses fruits. Selon un sondage d’octobre 2009, deux tiers des Polonais seraient opposés à toute libéralisation. C’est pourquoi la lutte d’Alicja Tysiac pour la défense de ses droits et de son honneur revêt-elle une grande portée symbolique. Elle a fait condamner, en 2007, Varsovie, par la Cour européenne des droits de l’homme, qui lui avait refusé le droit à l’IVG. « Depuis l’interdiction de l’IVG, en 1993, en Pologne, la loi ne permet d’avorter qu’en cas de viol, de malformation du foetus et de danger pour la santé de la mère », explique la féministe Monika Karbowska. Handicapée à la suite de ses deux premières grossesses, Alicja craignait de perdre défi nitivement la vue lorsqu’elle s’est retrouvée enceinte pour la troisième fois. Elle demanda une autorisation d’IVG, mais les médecins la lui refusèrent. Alicja est maintenant accusée par le grand hebdomadaire Gosc Niedzielny (l’Invité du dimanche), édité par l’épiscopat, d’être une « meurtrière en puissance » qui voudrait « tuer son enfant ». Les articles les plus odieux comparent Alicja aux criminels nazis et l’IVG à la Shoah. La femme a porté plainte. En première instance, le 23 septembre, l’hebdomadaire et l’archevêché de Silésie ont été condamnés à publier des excuses et à verser des dommages à Alicja. Mais l’archevêché refuse de s’excuser et fait appel. La première audience est fixée au 19 février. La solidarité envers Alicja est indispensable.