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France : Caroline Fourest à propos de Tariq Ramadan : "Je n’ai jamais croisé un manipulateur aussi dévastateur"

mardi 13 février 2018, par siawi3

Source : http://www.lejdd.fr/societe/caroline-fourest-a-propos-de-tariq-ramadan-je-nai-jamais-croise-un-manipulateur-aussi-devastateur-3564782

Caroline Fourest à propos de Tariq Ramadan : "Je n’ai jamais croisé un manipulateur aussi dévastateur"

09h00 , le 5 février 2018

Par Christel de Taddeo

L’essayiste et journaliste Caroline Fourest ferraille depuis longtemps contre le théologien musulman Tariq Ramadan accusé de viols et dont elle fut l’une des premières à dénoncer le double langage.

L’essayiste et journaliste Caroline Fourest revient sur l’accusation de viol de Tariq Ramadan. (Sipa)

Qu’avez-vous ressenti en apprenant que Tariq Ramadan avait été mis en examen et écroué ?

Je suis soulagée pour les victimes qui se reconstruisent à travers cette procédure, notamment "Christelle", avec laquelle je suis en contact depuis presque huit ans. À l’issue de la confrontation, elle a commencé à sortir de l’humiliation. Je suis aussi soulagée pour ­l’Europe et pour les musulmans. Mon espoir, c’est que ceux qui se sont laissé berner par sa propagande et n’ont jamais fait l’effort d’ouvrir mon livre [Frère Tariq, Poche], qui démontrait le double discours de Ramadan – preuves à l’appui, de manière très documentée et très détaillée –, ouvrent les yeux. Les faits pour lesquels il est aujourd’hui mis en examen sont d’une cruauté qui dépasse tout ce qu’on pourrait démontrer dans un livre. Il a fallu le courage des victimes qui ont osé parler pour forcer à regarder tous ceux qui ne voulaient pas voir.

Lire aussi : L’enquête qui accuse Tariq Ramadan

Ses victimes décrivent une emprise sectaire. Ramadan est-il un gourou ?

Celles qui ont été sous son emprise, comme "Christelle", racontent à quel point il arrive à manipuler ces femmes, à leur faire croire qu’elles ont cherché ce qui leur arrive, à les culpabiliser de ce qu’il leur a fait subir. Elles expliquent aussi comment il a réussi à les monter les unes contre les autres, en faisant croire que certaines étaient des agents de renseignement qui cherchaient à lui nuire, comment il les avait enfermées dans un univers complotiste où elles perdaient la notion du réel. Il exerce une véritable emprise sur ses proies comme sur ses fidèles. Ce qu’il a fait pour ses besoins de prédateur, il l’a fait au niveau politique, à une échelle inimaginable. Je ne crois pas que les gens réalisent l’impact qu’il a eu sur l’Europe en tant que prédicateur. Il a radicalisé des étudiants brillants, des jeunes musulmans, et les a transformés en paranoïaques revanchards. Il a divisé les citoyens européens avec un effet nocif que peu d’extrémistes peuvent se vanter d’avoir obtenu. Depuis toutes ces années que je travaille sur les extrêmes, je n’ai jamais croisé un manipulateur aussi dévastateur.

Vous avez à faire à une machine

Qu’est-ce qui le rend si redoutable ?

Comme tous les grands pervers qui passent leur vie à réfléchir à la manière de manipuler les autres, il est doté d’une forte intelligence stratégique. La manière dont il a retourné mon travail est assez inouïe et c’est sans doute ce qui a été le plus douloureux pour moi. En 2004, point par point, avec 600 notes de bas de page, je démontre qu’il ment et qu’il a un double discours construit, élaboré, avec une visée stratégique. Il ne m’a jamais fait de procès pour mes travaux, mais il a renversé l’accusation en me traitant de menteuse, repris en chœur par ses alliés, puis par le FN. La machine à salir était lancée.

Quiconque se dresse contre Tariq Ramadan subit les chaînes d’insultes, les procès d’intentions, les menaces de ses affidés. Il y a la part spontanée de ce qu’il déclenche comme mouvement fanatique, mais aussi le réseau des Frères musulmans, qui fait bouclier. Vous avez à faire à une machine. C’est l’un des réseaux extrémistes les plus sophistiqués qui soient, avec des trolls rémunérés qui vous insultent sur les réseaux sociaux. Après notre débat télévisé en 2009, pendant plusieurs mois, je recevais des chaînes d’insultes – 3.000 messages d’un coup – toujours aux mêmes heures.

Vous ne craignez pas qu’il soit plutôt érigé en victime par les complotistes ?

Il y aura toujours des gens pour se ranger du côté du bourreau ou encore des personnes prêtes à croire la parole de femmes violées quand il s’agit de Harvey Weinstein, mais qui ne voudront jamais entendre qu’il existe des prédateurs chez les prêcheurs musulmans. La théorie du complot, c’est le fonds de commerce de Tariq Ramadan. Cela fait trente ans qu’il veut faire croire que tout ce qui lui arrive n’est qu’un complot judéo-sionisto-islamophobe.

Le réseau des Frères musulmans vient de perdre son meilleur ambassadeur

Cette mise en examen, n’est-ce pas un coup dur pour l’Union des organisations islamiques de France ?

Le réseau des Frères musulmans vient de perdre son meilleur ambassadeur. Mais il en aura d’autres, dont les jeunes cadres du Collectif contre l’islamophobie en France comme Marwan Muhammad. Pendant trente ans, Tariq Ramadan a formé la relève. Des clones moins doués, peut être aussi moins fous. Mais les Frères musulmans, c’est l’école de la manipulation. Tariq Ramadan est aussi le fruit de cela.

Selon l’avocat d’une des victimes, "une chape de plomb est en train de sauter", c’est aussi votre avis ?

Je pense que nous ne sommes qu’au début d’une série de révélations. Dans les modèles qui ont inspiré Tariq Ramadan, il y a déjà eu des affaires similaires. Il est la plus grande star de l’islam politique, celui qui a le plus abusé. Mais il n’est pas le seul. Des musulmans pratiquants et très politiques sont choqués. Je sais que certains s’organisent pour accueillir la parole de femmes de ces réseaux.

Tariq Ramadan a déposé plainte pour subornation de témoin contre vous.

C’est ce que ses avocats ont annoncé dans la presse, mais je n’ai rien reçu par voie judiciaire.

Sur le même sujet :

Tariq Ramadan a été mis en examen pour viols et placé en détention provisoire
Pourquoi Tariq Ramadan a été placé en garde à vue

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Source : https://mondafrique.com/la-face-cachee-de-tariq-ramadan/

La face cachée de Tarik Ramadan

Menaces, insultes, diffamation. Tous les musulmans qui ne font pas allégeance au petit-fils d’Hassan Al-Banna, Tariq Ramadan, déclenchent son courroux. Une chronique de Ian Hamel

par
La redaction de Mondafrique -
10 novembre 2017

En septembre 1994, Tariq Ramadan, professeur de français dans un collège de Genève, crée l’association Musulmans, Musulmanes de Suisse (MMS) et se bombarde président, sans tenir compte du fait que la plupart des musulmans de Suisse ne viennent pas d’Afrique du Nord mais de Turquie, de Bosnie, du Kosovo, et vivent en Suisse alémanique. Dès le 16 décembre 1994, Tariq Ramadan organise le premier congrès du MMS. Les musulmans ne se bousculent pas pour répondre à son appel. Qu’à cela ne tienne, il fait venir par bus entiers de l’Hexagone des militants de l’union des organisations islamiques de France (UOIF), proches des Frères musulmans, notamment Malika Dif et Hassan Iquioussen.

Mais une journaliste du magazine suisse L’Hebdo révèle le pot aux roses, titrant « Les musulmans de Suisse étaient… français ». Elle raconte qu’à l’intérieur du congrès, les non musulmans et les journalistes auraient été traités d’« insectes ». Tariq Ramadan ne s’en relève pas. Il décide d’abandonner la Suisse pour la France.

Faux professeur à Fribourg

Aujourd’hui encore, le petit-fils d’Hassan Al-Banna, le fondateur des Frères musulmans égyptiens, peine à se faire entendre sur les bords du lac Léman. Le Centre islamique de Genève, créé en janvier 1961 par Saïd Ramadan, le gendre d’Hassan Al-Banna, aujourd’hui dirigé par son fils Hani Ramadan, le frère de Tariq, est considéré par beaucoup de musulmans comme une secte obscurantiste. C’est sans doute la seule mosquée en Europe appartenant exclusivement à une seule famille, les Ramadan. Quant à Tariq Ramadan, il n’a pas laissé que de bons souvenirs en Suisse. Enseignant, il séchait très souvent sa classe, critiquait ses collègues. Dans son livre Les Musulmans dans la laïcité, publié en 1994, il écrit en page 175 que les cours de biologie, d’histoire et de philosophie « peuvent contenir des enseignements qui ne sont pas en accord avec les principes de l’islam ».

Et surtout, il adresse des chroniques dans les journaux, notamment dans "Le Monde", pour réclamer « un moratoire sur l’application de la charia ». Il se présente comme « professeur de philosophie et d’islamologie à l’université de Fribourg ». Or, il n’est ni professeur, ni même assistant. Tariq Ramadan se contente de donner bénévolement chaque semaine un exposé d’une heure sur l’islam aux étudiants fribourgeois. Néanmoins, c’est cette carte de visite biaisée qui lui permet de se faire passer à l’étranger pour un universitaire. « Malgré un bagage intellectuel assez léger, Ramadan se prévaut aujourd’hui d’enseigner à Oxford. Il oublie simplement de préciser que sa chaire universitaire est financée intégralement par le Qatar », souligne Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement de sécurité à la DGSE. Pour mémoire, en sortant son chéquier, l’un des fils de Kadhafi avait obtenu un doctorat d’une université britannique, ne se donnant même pas la peine de le rédiger lui-même.

Des guetteurs sur la Toile

Charles Genequand, spécialiste du monde arabe à l’université de Genève, n’a jamais été convaincu par le sérieux de Tariq Ramadan. Il lui a refusé sa thèse portant sur le réformisme islamique et Hassan Al-Banna. Les raisons ? Tariq Ramadan tentait de faire passer son grand-père pour un Gandhi musulman. « Non seulement, il refusait d’apporter des corrections à sa thèse, mais il harcelait les membres du jury pour l’obtenir au plus vite », se souvient Charles Genequand.

Témoignage confirmé par Ali Merad, professeur émérite à l’Université de la Sorbonne Nouvelle Paris III et auteur de trois "Que sais-je ?" sur l’islam. Tariq Ramadan est allé jusqu’à le menacer d’une plainte universitaire s’il n’obtenait pas son doctorat. « J’ai été directeur de thèse pendant près de quarante ans en France, en Belgique, en Suisse. Je n’ai jamais vu un étudiant se conduire de la sorte », a témoigné Ali Merad (1). À cette époque, Tariq Ramadan décrochait lui-même son téléphone pour insulter et menacer tous ceux qui n’appréciaient pas à sa juste mesure son talent.

Aujourd’hui, il peut compter sur des dizaines de guetteurs sur la Toile. « Il suffit que j’écrive trois lignes sur Internet un peu critique vis-à-vis de Tariq Ramadan pour que je reçoive immédiatement une cinquantaine de messages plus que désagréables de la part de ses sbires », dénonce Ahmed Benani, politologue et anthropologue à l’université de Lausanne, décédé voici un an. « Tariq Ramadan n’est qu’une icône télévisuelle. Où sont ses travaux universitaires ? Aucun chercheur, qu’il s’agisse d’Olivier Roy, de Gilles Kepel, de Rachid Benzine, de feu Mohammed Arkoun ou d’Abdelwahab Meddeb ne l’a jamais pris au sérieux », lâche Ahmed Benani, qui a connu à Genève Saïd Ramadan, le père d’Hani et de Tariq Ramadan, disparu en 1995.

Les musulmans privés de parole

Même son de cloche de la part de Mohamed-Chérif Ferjani, islamologue et professeur à l’université Lyon-2. « Les insultes ? Je ne prends même plus le temps de les lire. En revanche, Tariq Ramadan n’ose pas m’affronter directement. J’ai dénoncé ses multiples mensonges dans mon livre Le politique et le religieux dans le champ islamique (2) ». Pour enjoliver l’image d’Hassan Al-Banna, Tariq Ramadan gomme systématiquement le caractère militaire et violent des Frères musulmans, en traduisant par exemple « jundî », non pas par « soldat », mais par « militant », et « katîba » par « cercle » au lieu de « brigade » ou « phalange ». Plus grave, il oublie de rappeler qu’Hassan Al-Banna prônait le califat « comme la seule forme possible de l’Etat islamique ». « Une bonne partie des attaques sur Internet sont pilotées par des professeurs d’université français. Ils demandent à leurs étudiants-chercheurs d’insulter tous ceux qui émettent des doutes sur les compétences de Tariq Ramadan », assure Mohamed-Chérif Ferjani.

« Bien évidemment, Tariq Ramadan a beau jeu de prétendre qu’il n’y ait pour rien. Mais je constate qu’il n’a jamais pris ses distances avec les insultes et les menaces proférées par ses acolytes. Ces derniers s’en prennent tout spécialement aux intellectuels d’origine musulmane. Le but est de créer un climat détestable et de tout faire pour empêcher les musulmans, qui ne partagent pas les idées de Ramadan, de s’exprimer », commente Haoues Seniguer, maître de conférence en science politique à Sciences Po Lyon. « C’est d’autant plus désagréable que les écrits de ce personnage méprisant manquent terriblement d’épaisseur scientifique. Un élément significatif : les lacunes révélatrices en matière de culture islamologique où les références à des penseurs tels que Rachid Benzine, Nasr Hâmid Abû Zayd, ou Mohamed Arkoun sont systématiquement absentes, voire écartées, car elles ne cadrent pas avec son système idéologique global ».

La bouche tordue par la haine

Même son de cloche de la part de Dominique Avon, agrégé d’histoire, licencié d’arabe, professeur à l’université du Maine, spécialiste des religions : « Dans Muhammad, vie du prophète, Tariq Ramadan s’en tient à un discours de traditionniste en présentant Adam comme le premier prophète ! Adam est une figure mythique, aucun autre universitaire un peu sérieux n’oserait écrire ce genre de chose », souligne-t-il, ajoutant que « celui qui se présente comme islamologue n’utilise jamais la moindre source académique pour parler des premiers siècles de la religion musulmane ». Ses seules références sont le Coran, les Hadiths (les actes et les paroles du prophète) non soumis à la critique historique, et quelques commentateurs médiévaux soigneusement sélectionnés.

Face à des contradicteurs, Tariq Ramadan abandonne très vite son sourire de miel, pour éructer, la bouche tordue par la haine. Le docteur Bakary Sambe, enseignant-chercheur au centre d’étude des religions, UFR des civilisations, arts et communication, à l’université Gaston Berge, à Saint-Louis du Sénégal, en a fait la triste expérience. « Alors qu’en France, il se vante d’être pleinement européen. En Afrique, il désigne l’Occident comme l’origine de tous les maux des musulmans. Sur l’intervention française au Mali, il adopte exactement la même position que les Frères musulmans, le Tunisien Rachid Ghannouchi et l’Egyptien Mohamed Morsi », rappelle Bakary Sambe. Mais pour s’être opposé à Tariq Ramadan, l’universitaire sénégalais a été présenté comme « anti-arabe » et même « pro-israélien », dans des écrits adressés à des étudiants musulmans, jusqu’aux Etats-Unis. « J’ai été obligé d’écrire un article en anglais pour contrer tous les mensonges que Tariq Ramadan proférait à mon égard », dénonce le chercheur africain.

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Ian Hamel, « La vérité sur Tariq Ramadan. Sa famille, ses réseaux, sa stratégie », Editions Favre, 2007.
Mohamed-Chérif Ferjani, « Le politique et le religieux dans le champ islamique », Fayard, 2005.

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Source : https://mondafrique.com/livre-explosif-tartufferies-de-tariq-ramadan/

Un livre explosif sur les tartufferies de Tariq Ramadan

Ian Hamel a rencontré Lucia Canovi, qui s’apprête à publier un livre sans concessions sur Tariq Ramadan, « Le double discours. Tariq Ramadan le jour, Tariq Ramadan la nuit ».

par
Ian Hamel

2 février 2018

"Quand j’ai publié mon livre « La vérité sur Tariq Ramadan » en 2007 (1), l’intéressé a fait savoir qu’il ne l’aimait pas du tout. Ce qui était son droit le plus strict. Mais il a prétendu qu’il ne m’avait jamais parlé, ce qui était un mensonge, d’autant plus grossier que je l’avais interviewé à plusieurs reprises dans la presse française et suisse. A la suite de la publication de cet ouvrage, de nombreuses jeunes femmes sont entrées en contact avec moi. Elles tenaient toutes le même discours : Tariq Ramadan n’était qu’un Tartuffe, qui tenait un discours rigoriste et puritain, alors qu’il menait joyeuse vie.

Loin de s’enfermer des heures dans des bibliothèques universitaires, il passait le plus clair de son temps en bonne compagnie. Toutes le décrivaient comme se moquant de l’islam en privé. L’une d’entre elles, Majda, m’avait rencontré à Paris en compagnie de Nicolas Beau, alors rédacteur en chef du site Bakchich aujourd’hui disparu. « Alors qu’il est marié et père de quatre enfants, il m’a demandé de m’épouser en me jurant qu’il était divorcé devant dieu et devant les hommes. Autrement, je ne l’ai jamais vu prier. Manger hallal ? “Hallal ou pas, ce n’est qu’un détail“, répétait-il », nous avait raconté cette jeune femme d’origine marocaine.

Avant de publier mon livre, je connaissais, bien évidemment, la réputation de dragueur de Tariq Ramadan, alors qu’il enseignait dans un collège à Genève les valeurs religieuses les plus réactionnaires. Mais je n’avais pas franchi la ligne jaune de mettre en contradiction sa vie privée avec ses préceptes publics.

Lucia Canovi,une agrégée de lettres qui vit à Alger, prend ce risque en publiant très prochainement un livre sur les incohérences et les duplicités de ce prédicateur doué dont l’écho est réel dans les banlieues françaises.

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Ian Hamel. Vous annoncez sur votre page Facebook que vous écrivez un livre sur Tariq Ramadan, intitulé « Le double discours. Tariq Ramadan le jour, Tariq Ramadan la nuit », qui doit paraître en 2017. Pourquoi vous intéressez-vous à ce personnage ?

Lucia Canovi. L’une de mes toutes premières impressions de l’Islam est liée à un CD – une biographie du Prophète, que la paix soit sur lui, écrite par Yusuf Islam et lue par la belle voix de Tariq Ramadan. Au départ, je voyais donc l’islamologue suisse comme une figure très positive.

Puis, j’ai lu (ou plutôt, essayé de lire) quelques-uns de ses livres, qui m’ont déçu : style ampoulé, propos abstrait, déconnecté du réel… A cette époque, je n’en croyais pas moins que Tariq Ramadan était un musulman sincère. Quelques années plus tard, l’étape suivante a été franchie lorsqu’une musulmane croisée au Salon du Bourget m’a expliqué que Tariq Ramadan cherche à refondre l’Islam pour le rendre compatible avec les aspirations du Nouvel Ordre Mondial. Naturellement, je ne l’ai pas crue, mais ma curiosité a été piquée.

J’ai donc fait quelques recherches sur Internet, et découvert un petit pamphlet anonyme intitulé « Tariq Ramadan, cheval de Troie de la franc-maçonnerie ». L’auteur y prouve, citations à l’appui, que les idées de Tariq Ramadan sont relativistes et œcuméniques, et donc en total désaccord avec le message de l’Islam.

Je travaillais alors à l’écriture d’un livre, L’Islam au-delà des apparences, et j’en profitai pour ajouter un chapitre où je répondais aux principales idées de Ramadan, sans le désigner précisément. Je pensais alors qu’il fallait attaquer les idées sans nommer les personnes, mais je me suis aperçue par la suite que mes lecteurs ne m’avaient pas comprise, car ils ne faisaient pas du tout le lien avec Tariq Ramadan… Visiblement, je n’avais pas été assez claire.

En 2016, la sortie et le succès de son livre Génie de l’Islam m’ont donné envie de lire et d’étudier plus sérieusement Ramadan, cette fois-ci pour faire un livre entier sur ses hérésies et ses sophismes. Je me suis donc plongée dans ses ouvrages, et c’est là que j’ai commencé à saisir toute la subtilité et la perversité de sa rhétorique. Un certain passage sur le « philosophe-chasseur » pour qui la femme est « une étape dans le dépassement du corps » m’a interpellé.

D’autres passages ambigus renforçant mes soupçons, j’ai fait des recherches sur le Net, et c’est là que j’ai découvert le témoignage de Majda Laroussi, ainsi que ceux d’autres maîtresses de Tariq Ramadan. Un internaute m’a ensuite mis en relation avec une jeune musulmane qui a rassemblé de nombreuses preuves sur les aventures sordides de l’islamologue. C’est ainsi que j’ai eu, sans effort, accès à une véritable mine d’informations.

Ian Hamel. Le titre laisse clairement entendre que vous allez évoquer la vie privée de Tariq Ramadan. Ne craignez-vous pas qu’il vous fasse un procès ?

Lucia Canovi. Je le souhaite au contraire. Un procès sera l’occasion de faire enfin sortir au grand jour les témoignages et les informations choquantes qui ont été maintenus dans l’ombre jusqu’à aujourd’hui.

Ian Hamel. Plusieurs jeunes femmes ont déjà mis en cause la vie privée de Ramadan. Êtes-vous entrée en contact avec elles ?

Lucia Canovi. Oui. Parfois ce sont elles qui sont entrées en contact avec moi.

Ian Hamel. Vous devez aussi savoir que les personnes qui osent le critiquer, et plus particulièrement les musulmans, font l’objet de graves menaces. Mondafrique a déjà abordé ce sujet. N’avez-vous pas peur ?

Lucia Canovi. Suite aux vidéos que j’ai postées sur YouTube, vidéos centrées sur ses idées, j’ai d’abord reçu un long mail de Tariq Ramadan lui-même. Oui, me disait-il en substance, il n’est pas parfait, il fait des erreurs comme tout le monde, mais il faut les lui signaler en privé, pas en public, car dévoiler les défauts d’un frère n’est pas conforme aux enseignements de l’Islam… Ce mail plein d’onction et de douceur m’inquiéta un peu ; je craignais qu’il soit le prélude à des messages nettement moins amènes. Quelques semaines plus tard, conformément à mes craintes, je découvris dans ma boîte mail ce message anonyme :

« Madame Lucia Canovi,

Vous préparez un livre choc sur Tariq Ramadan. Vous dites aux éditeurs que vous allez mettre dévoilé ces perversités. Vous vous dites comme musulmane. Nous sommes en Algérie et en France. Continuez à faire votre travail qui consiste à critiquer, salir et remuer de la boue, et vous en subirez les conséquences avec votre familles et vos enfants. On laissera pas faire et on est près à tout. Occupez vous de vos affaires, s’est ce que dit l’islam. »

L’auteur de ce mail est très bien informé, puisque, effectivement, j’ai contacté de grands éditeurs parisiens en évoquant les perversités (c’est le mot que j’ai employé) de Tariq Ramadan. Autre point significatif : l’adresse mail du menaçant inconnu correspond au nom et au prénom d’une des jeunes femmes qui ont dénoncé Tariq Ramadan, le but étant, je suppose, de jeter la zizanie entre elle et moi en me donnant à penser contre toute vraisemblance que le message provient d’elle. Ce qui révèle là encore que l’auteur du mail est bien informé : il connaît le nom et le prénom de cette jeune femme et il sait (ou il se doute) que je suis en contact avec elle. J’ai par la suite reçu d’autres mails de menace en provenance de la même adresse mail.

Pour répondre plus précisément à votre question, oui j’ai eu peur au début, mais ça m’a passé. D’après une parole prophétique, « si tout le monde s’associait pour te faire du bien, ils ne pourront te faire que le bien que Dieu a déjà écrit pour toi, et sache que si tout le monde se coalisait pour te faire du mal, ils ne pourraient te faire que le mal que Dieu a déjà écrit pour toi ».

Ian Hamel. Qui est réellement Ramadan ? Un salafiste ou un businessman qui a fait de l’islam son fonds de commerce ? Ou peut-être les deux à la fois ?

Lucia Canovi. Tariq Ramadan est le contraire d’un salafiste. Les salafistes sont des musulmans à la fois sincères et égarés qui s’imaginent que pour se rapprocher de Dieu il faut renoncer à réfléchir. De toute évidence, Tariq Ramadan n’a pas renoncé à se servir de ses facultés intellectuelles, et de toute évidence aussi (du moins quand on a lu attentivement ses livres et que l’on connaît un peu sa vie privée), sa foi n’a pas plus d’épaisseur qu’une très fine couche de vernis. N’ayant pas les capacités physiques pour devenir une star du foot, il ne lui restait plus que l’Islam et son grand-père martyr (2), pour atteindre la gloire.

C’est faute de mieux qu’il est devenu un « grand intellectuel musulman ». Cependant à mes yeux, Tariq Ramadan n’est pas exactement un businessman, car il n’est pas productif, il ne crée rien, à part des sophismes qui égarent. À la lumière des témoignages sur sa vie privée et de ses propres propos, je le vois comme un homme obsédé par le sexe et le pouvoir, mais aussi comme un homme tourmenté. Ses choix de vie ne l’ont pas rendu heureux, ce qui ressort de ses livres.

Sa duplicité s’est retournée contre lui ; il souffre de se sentir divisé et rêve de se réconcilier avec lui-même. Mais c’est impossible, car pour cela il faudrait qu’il renonce à ses faux-semblants. Je lui souhaite de se repentir et de se purifier, mais je ne crois pas deux secondes qu’il le fera. Il est allé beaucoup trop loin dans le mauvais sens pour faire marche arrière. Il a fait trop de mal à trop de gens.

Ian Hamel. Êtes-vous entrée en contact avec lui ?

Lucia Canovi. Non, c’est lui qui est entré en contact avec moi pour me dissuader de continuer mon travail sur lui, en douceur dans un premier temps, puis dans un second temps en me lançant sur un ton de mépris de très vagues menaces. Je ne lui ai jamais répondu.

Ian Hamel. Qui êtes-vous et quel est votre parcours ? On sait grâce à votre page Facebook que vous avez été enseignante à Toulouse de lettres modernes et que vous habitez aujourd’hui à Constantine, en Algérie.

Lucia Canovi. Je suis née à Toulouse dans une famille d’universitaires. J’ai suivi des études de lettres modernes où mon goût m’a porté vers deux domaines étroitement liés : l’étude des idées et celle des procédés stylistiques et rhétoriques qui permettent de les exprimer d’une manière persuasive. Mon mémoire de Maîtrise eut pour sujet l’ironie chez Montaigne, penseur indépendant et non-conformiste, et mon mémoire de DEA porta sur le style et les idées de Marie de Gournay, fille d’alliance de Montaigne et philosophe rigoureuse pour son propre compte.

Pendant ma jeunesse, j’ai aussi été lauréate de six prix littéraires. Étant passionnée par mes études et libre de m’y consacrer entièrement, j’ai obtenu la mention très bien à mon mémoire de Maîtrise et la mention très bien assortie des félicitations du jury à mon mémoire DEA ; j’ai remporté aussi dès la première tentative le concours de l’agrégation de lettres modernes. Sur ma lancée, j’ai commencé ensuite une thèse qu’une douloureuse crise existentielle et sentimentale interrompit ; je ne l’ai jamais achevée.

À la suite de cette crise, en 2005, pour la première fois de ma vie, je me tourne vers Dieu pour implorer son aide. Presque immédiatement, Il me guide vers mon mari et l’Islam, le premier me présentant le second.

Suite à mon mariage et à ma conversion, ma vie change du tout au tout. J’abandonne l’enseignement qui ne m’a jamais convenu et me consacre à la recherche dans toutes sortes de domaines – dont le développement personnel, la psychologie, l’histoire, le féminisme, les sciences, la philosophie – ainsi qu’à l’écriture, ma vocation première. J’écris un premier livre ; puis, une trentaine d’autres, que je publie sur Internet. Mon mari (qui est algérien) me soutient dans tous mes projets, qui sont aussi les siens.

En 2013, je le convainc qu’il est temps de quitter la France pour l’Algérie. Il aurait préféré attendre encore un peu pour des raisons financières, mais je sens que nous n’avons pas d’avenir en France, où l’islamophobie est de plus en plus présente.

En Algérie, je prends petit à petit conscience que les musulmans de France sont prisonniers d’un carcan idéologique qui les oriente soit vers le salafisme, autrement dit l’islam pour les nuls, soit vers le modernisme, autrement dit l’islam ramadanisé.

Ian Hamel. Pouvez-vous nous parler de votre foi ?

Lucia Canovi. Quand j’ai découvert l’islam, j’étais plongée et même noyée dans l’idéologie du Nouvel-âge. Je croyais à la réincarnation, j’admirais Eckhart Tolle, je m’imaginais qu’il fallait lutter contre son ego pour atteindre l’illumination… Toutes ces idées (et les mauvais choix que j’avais faits sous leur influence) avaient complètement saboté mon intelligence et détruit ma logique. J’étais littéralement abrutie. J’avais aussi perdu toute dignité. Grâce à l’islam, j’ai petit à petit récupéré toutes mes facultés intellectuelles initiales, puis d’autres que je n’avais jamais eues. J’ai pu me reconstruire à neuf et retrouver ma fierté. L’Islam m’a donné une colonne vertébrale. Il m’a aussi donné un but noble, ambitieux et difficile qui me tire en avant : celui d’aider, guider, réconforter, encourager, éclairer et libérer un maximum de lecteurs.

D’après moi l’islam est un phare, un puissant projecteur qu’on peut braquer sur n’importe quel coin sombre pour découvrir ce qui s’y cache ; c’est aussi un tamis infaillible qui permet de faire le tri entre le bien et le mal, le vrai et le faux. Je regrette que beaucoup de musulmans se replient sur leur foi comme si elle était un médicament à usage exclusivement privé et intime, et se fient au discours officiel (celui que véhiculent l’école et les médias dominants) pour savoir quoi penser de tout le reste : forme et évolution de l’univers, origine de l’Homme, histoire de l’Humanité, nature des problèmes psychologiques, origine des conflits géopolitiques, solutions possibles, etc. Ils ne se rendent pas compte que l’Islam est une lumière pour comprendre le monde en même temps qu’une force pour le changer… Mais c’est un vaste sujet.

Merci de m’avoir donné l’opportunité de présenter un peu mon livre, que je compte terminer et publier le plus vite possible.

(1) Ian Hamel, « La vérité sur Tariq Ramadan. Sa famille, ses réseaux, sa stratégie », Editions Favre, 2007.

(2) Tariq Ramadan est le petit fils de l’égyptien Hassan el Bana, fondateur des Frères Musulmans