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France : Intersectionnalité - des associations sous influence islamiste ont réussi à faire admettre que toute critique de l’islam s’apparente à un racisme

lundi 5 mars 2018, par siawi3

Source : http://www.creal76.fr/medias/files/combat-laique-68-mars-2018-b-.pdf

Combat Laïque 76 N° 68 - Mars 2018 - page 13

Intersectionnalité
Comment des militant.e.s se réclamant de la gauche pour qui l’égalité est une valeur fondamentale peuvent-ils faire cause commune avec des mouvements para-religieux affichant une idéologie sexiste et homophobe ? La réponse se trouve dans un mot : « intersectionnalité »

Entretenir la confusion

Au nom de l’intersectionnalité, des associations sous influence islamiste ont réussi à faire admettre que toute critique de l’islam s’apparente à un racisme. Ce qui leur a permis en investissant le terrain des luttes sociales au nom de l’antiracisme d’insérer le mot « islamophobie » dans nombre de textes d’appel aux mobilisations sociétales. Cela ne les empêche pas, dans le même temps, de s’associer aux manifestations de la droite conservatrice contre le mariage pour tous, contre les droits des LGBT et celui des femmes à disposer de leur corps.

Retour à la source

L’intersectionnalité est un concept visant à mettre en évidence la multiplicité des formes de discriminations dont une même personne peut être victime : « race », sexe, classe, handicap, âge, etc. C’est dans un article paru à la fin des années 80 (1) qu’une juriste féministe afro
- américaine, Kimberlé Williams Crenshaw a été amenée à utiliser ce néologisme : « Les discours féministes et antiracistes contemporains n’ont pas su repérer les points d’intersection du racisme et du patriarcat.
Face à ces difficultés, cet article propose une approche originale : l’intersectionnalité. [...] la manière dont le positionnement des femmes de couleur, à l’intersection de la race et du genre, rend leur expérience concrète de la violence conjugale, du viol et des mesures pour y remédier qualitativement différente de celle des femmes blanches » (2). Le travail de cette juriste a fait progresser le cadre juridique américain, où la plaignante devait préciser le motif de la discrimination dont elle est la victime (raciste, sexiste...) mais de manière plus générale, il a fait avancer la nécessité de prendre en compte la complexité d’oppressions combinées subies par des personnes ou des groupes humains pouvant prendre de multiples formes.

Récupéré et corrompu

Depuis ce concept a été totalement récupéré et corrompu.
Dans certains milieux « progressistes » au nom de la « convergence des luttes » on a vite fait de masquer une oppression par la discrimination. Ainsi contester le port du voile au nom de la lutte féministe contre l’oppression patriarcale devient une revendication islamophobe qui elle-
même devient raciste puisque concernant le plus souvent des personnes
« non blanches », personnes qui se trouvant être des femmes subissent dès lors une discrimination sexiste. De là on en vient à dire que le féminisme de certaines est un racisme à l’encontre d’autres ! Par ce raisonnement spécieux, on passe par glissement d’une assertion considérée comme juste à une autre assertion devenant juste mais ici concurrente. Cette inférence, liant racisme et sexisme, permet ensuite de justifier l’abandon du combat contre le patriarcat religieux au nom du
féminisme. Le sexisme dénoncé par les « féministes blanches » devient une forme d’islamophobie donc de racisme dont les femmes « racisées » sont les victimes.
Cette instrumentisation du concept d’intersectionnalité qu’elle a mis en évidence, Kimberlé Williams Crenshaw l’avait envisagée quand elle mettait
en garde contre la tentation de masquer les oppressions au sein d’un groupe au nom de la solidarité raciale ou de genre. : « Le problème, avec la politique de l’identité, n’est pas qu’elle échoue à transcender la différence [...] mais plutôt l’inverse : la plupart du temps, elle amalgame ou ignore les différences internes à tel ou tel groupe ».
Mise en garde prémonitoire quand on voit aujourd’hui se banaliser les expressions instaurant en leur sein des pratiques d’apartheid au nom de la libération de la parole mais dont la conséquence sera la hiérarchisation des oppressions selon les origines. L’essentialisation prenant le
pas sur l’universel.

Notes

1
Kimberlé Williams Crenshaw. Demarginalizing the Intersection of Race and
Sex : a Black Feminist Critique of Antidiscrimination Doctrine. University of Chicago Legal Forum. 1989 ;1989, p.139–168.

2
Les citations en français sont extraites de:Kimberlé Williams Crenshaw et
Oristelle Bonis, Cahiers du Genre, 2005/2 (n°39), p. 51-82