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Tunisie : Un uniforme au lycée ... pour les filles seulement

mercredi 7 mars 2018, par siawi3

Source : http://www.creal76.fr/medias/files/combat-laique-68-mars-2018-b-.pdf

TUNISIE : La blouse hypocrite

Elles sont arrivées au lycée vêtues d’un T-shirt blanc.
Elles auraient dû porter la blouse bleu marine réglementaire imposée aux filles dans cet établissement « pilote » de Bizerte, établissement public du nord du pays.
Comme dans la majorité des lycées de Tunisie, les élèves doivent signer un règlement imposant aux filles et seulement aux filles de porter un « uniforme », cette fameuse blouse bleue que ces jeunes Tunisiennes considèrent comme la marque d’une discrimination.

L’étincelle

Comme toujours c’est l’interdit de trop qui met le feu aux poudres. Quand les surveillantes menacent de renvoi des élèves de terminale qui ne portent pas la blouse bleue obligatoire pour les filles, que pensez-vous qu’il advint ?
Le lendemain « pour dire stop à la discrimination » : des dizaines de ces gourgandines arrivent habillées de blanc. Le summum du désordre est atteint quand des garçons, en nombre, entrent dans le lycée eux-aussi vêtus de blanc en solidarité. La direction est prise de court.
La campagne « Manich Labsetha » (« Je ne la porterai pas ») est lancée.

Hypocrisie

C’est le sexisme évident qui est mis en lumière par ce mouvement. En effet, si la blouse est imposée à tous à l’école primaire comme au collège, elle n’est obligatoire au lycée... que pour les filles. Monia Ben Jemia, présidente de l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD) considère que cette mesure discriminatoire constitue « un message terrible » confortant l’idée qu’il faut masquer le corps des jeunes filles - ainsi protégées – qui « perturbe leurs camarades ».

Une aberration d’autant que la nouvelle Constitution de 2014 affirme
l’égalité entre hommes et femmes.
Les lycéennes ironisent sur le motif officiel de l’obligation de cette tenue qui serait censée gommer les inégalités sociales entre les élèves. « Si vraiment la blouse cachait les différences entre les riches et les pauvres, filles comme garçons la mettraient », disent-elles. Et comme par hasard c’est au moment de la puberté que les garçons en sont dispensés !

Futile... mais révélateur

Même s’il peut paraître futile, le sujet est sensible. Si la Tunisie est considérée comme pionnière en Afrique du Nord et au Moyen-Orient en matière de droit des femmes, le discours officiel affirmant comme un acquis l’égalité hommes-femmes ne se heurte pas moins à de fortes résistances conservatrices.

Au lycée Habib-Thameur, un autre établissement de Bizerte, la question suscite un débat passionné. Face à une surveil-lante tenant à faire appliquer le règlement, une élève de terminale, lance : « Mais madame, si le règlement est inique ? »
Tout est là résumé. De la blouse on est passé au règlement. Ces jeunes gens ont vécu la révolution de 2011. Ils et elles savent qu’un règlement inique peut être modifié voire rejeté
.
Pour Mme Ben Jemia : « C’est la génération de la révolution [...]Ce sont des jeunes qui sont beaucoup plus conscients de leurs droits, qui ont grandi avec la liberté d’expression ».

Que faire ?

Nabil Smadhi, commissaire régional à l’éducation pour Bizerte, est conscient que le rappel au règlement, plutôt qu’apaiser la fronde, ne fait qu’élargir la contestation autant géographiquement qu’idéologiquement : « Nous ressentons cette agitation (...) dans la majorité des établissements à Bizerte, et dans plusieurs lycées du pays ». Pour lui « il est temps d’aborder cette question dans le cadre d’un dialogue national, avec le ministère de l’Éducation, les parents, les syndicats et la société civile ».
En attendant, de nombreuses lycéennes continuent d’aller en cours sans blouse. « Nous ne le faisons pas pour nous », disent-elles. « L’an prochain, nous serons parties. Mais c’est important pour les futures générations. »

Comme quoi la contestation d’un simple bout de tissu peut en cacher bien d’autres !