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Maroc : « Oufoulou Allaïl » de Tahar Mahfoudi : Je vous parle d’un temps…

vendredi 16 mars 2018, par siawi3

Source : https://lematin.ma/journal/2004/Oufoulou--Allail-de-Tahar-Mahfoudi--Je-vous-parle-d-un-tempsa-euro%EF%BF%BD/41253.html

« Oufoulou Allaïl » de Tahar Mahfoudi : Je vous parle d’un temps…

LE MATIN
03 Juin 2004 - 14:27

Professeur, poète, Tahar Mahfoudi vient de publier un livre sur son expérience de militant de gauche dans les années 70, et de son incarcération. Un témoignage, une fixation de la mémoire mais surtout un texte littéraire de bonne facture. Fragments autobi

J’ai lu votre livre comme un texte littéraire. Quel était votre souci premier, écrire un texte de littérature ou ajouter une pièce supplémentaire au dossier de la détention arbitraire ?

C’est vrai que l’un de mes soucis était de produire un texte de valeur littéraire. En plus du texte, il y a des poèmes, des fragments autobiographiques, mais en même temps, je le veux comme document contre l’arbitraire, pour la mémoire. J’ai tenu également à réhabiliter certaines personnes qui ont beaucoup donné pour la cause démocratique au Maroc et dont on ne parle jamais. Je pense à Ces militants du Syndicat National des Lycéens ; à ces militants de la gauche qui ont été emprisonnés et qui aujourd’hui sombrent dans l’oubli. J’ai aussi envie de dire qu c’est une revanche sur les tortionnaires. Tout passe, mais la littérature reste.

Décidément la jeunesse d’aujourd’hui n’a pas de grande ressemblance avec celle des années 60 et 70. Après plus de trente ans aujourd’hui, quel est votre perception de cette époque ?

Il faut dire que les époques ne sont pas les mêmes . Les années 60-70 ont été des années troubles, il y avait beaucoup d’incertitudes, un déficit démocratique important. La jeunesse de l’époque était à l’avant garde de la lutte pour la démocratie et la justice. Les lycéens avaient des revendications syndicales également. Il faut dire, aussi qu’à l’époque, la jeunesse étaient fortement influencée par la révolution culturelle chinoise, la révolte de mai 68 en France et en Europe, ce qui a projeté la jeunesse à l’avant-garde de la lutte, surtout que les partis politiques de l’époque étaient plutôt dans un était de léthargie.

On connaît la suite, les arrestations, un peu partout au Maroc, à Fès puis à Casablanca, Rabat et ailleurs.

Peut-on dire que ce mouvement de la jeunesse de l’époque était les premiers signes du mouvement démocratique qui s’est développé par la suite ?

On peut dire ça, nous étions pour des changements démocratiques malgré que nos slogans n’évoquaient pas explicitement la démocratie. Nous revendiquions des transformations radicales, selon le jargon de l’époque.

Mais le livre n’est pas seulement un répertoire des injustices, vous parlez aussi de votre enfance, vous évoquiez certaines personnes dont vous gardez de bons souvenirs, il y a également des poèmes.

C’est vrai, certains de ces poèmes sont inédits, d’autres ont été publiés dans des revues littéraires. Pour les personnes que j’évoque, comme je l’ai dit, ce sont des hommes et des femmes qui ont beaucoup donné pour la cause de la démocratie et qui sont devenus des anonymes. Je trouve injuste qu’ils restent dans l’oubli. Entre autres, je parle de Tirida, de Aïcha Laftouh, Fakihani, de Abdeljebbar Shaïmi, Abdessamad BelKbir, laa liste est longue. J’ai tenu quand-même à leur rendre hommage.

Pour revenir à la comparaison entres la jeunesse d’hier et celle d’aujourd’hui, que pensez vous de cette dernière ?

Je ne comprend pas, hier nous voulions aller de l’avant, rattraper notre retard en nous mesurant avec les pays avancés. Aujourd’hui, les jeunes rêvent de remonter le temps vers des époques obscures. C’est normal, les apprentis sorciers ont tout fait pour promouvoir les intégristes dans notre pays depuis 30 ans, aujourd’hui c’est le retour du bâton, et c’est tout le pays qui en pâtit.. Nous sommes en train de payer le prix de la politique du passé, le terrorisme, les affaires, la crise etc..

Que retenez-vous de l’expérience de la prison ?

Beaucoup de choses mais je retiens une en particulier. En prison, on a le temps de réfléchir, parce qu’on a le temps de lire et de discuter contrairement à une situation de liberté, où l’on bouge beaucoup, parce le militantisme ne vous laisse pas le temps.

Avez-vous des souvenirs des premiers mois qui ont suivi votre libération ?

C’était très difficile. Les amis étaient derrière les barreaux, ce qui fait que l’on se retrouve dramatiquement seul. Je crois que c’est ça, le plus difficile c’est la solitude et le sentiment du vide que l’on ressent.