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L’antisémitisme en France

vendredi 30 mars 2018, par siawi3

Source : https://www.causeur.fr/mireille-knoll-trebes-boutih-castaner-150194

Mireille Knoll / Trèbes : le franc-parler de Boutih, la langue de bois de Castaner
Lucidité et déni se sont succédé sur France Inter

par
Martin Pimentel

28 mars 2018

Photo : Malek Boutih (à gauche) et Christophe Castaner étaient tous deux invités de France Inter, le 27 mars 2018.

Le socialiste Malek Boutih et l’homme en marche Christophe Castaner se sont succédé dans la matinale de France Inter, mardi 27 mars. Mais tous deux n’ont pas eu le même discours face à l’assassinat de Mireille Knoll et aux attentats de l’Aude…

Après un vendredi 23 mars sanglant, Malek Boutih (PS) et Christophe Castaner (ex-PS) étaient amenés à réagir sur France Inter ce matin.

A Trèbes, une prise d’otages sanglante d’un islamiste réclamant la libération de Salah Abdeslam s’est soldée par 4 morts (dont l’héroïque lieutenant-colonel Beltrame, qui aura droit à un hommage national mérité demain). A Paris, le même jour, une femme de confession juive de 85 ans (Mireille Knoll) était tuée de 11 coups de couteaux avant que son appartement ne soit incendié. Ces deux drames sont venus rappeler aux Français la persistance du niveau rouge écarlate de la menace djihadiste et antisémite dans leur pays.

« Les juifs ne sont pas en sécurité en France » (Malek Boutih)

Au sein d’une gauche bien souvent gangrenée par l’islamo-gauchisme, le socialiste Malek Boutih, qui a dirigé SOS Racisme, tient depuis quelque temps un discours fort dissonant dans sa famille politique. « Pas d’amalgame », effroi de circonstance face à la « stigmatisation » dont pourraient pâtir les Français musulmans dans la France post-2015, lutte contre l’ « islamophobie », ce ne sont pas (ou plus) ses combats ! Il a tenu, sur France Inter ce matin, un discours de vérité. Qui tranchait avec le politiquement correct d’un Christophe Castaner, délégué général de La République En Marche (LREM), passé derrière le micro juste après lui sur la même radio publique.

Concernant Madame Knoll, Malek Boutih l’a clairement dit : en 2018, on meurt encore en France parce qu’on est juif. « Les juifs ne sont pas en sécurité en France », a-t-il affirmé. Selon l’ancien député, il y a un problème de « très grande ampleur » qui pousse les Français juifs à se cacher.

« Est-ce que Macron en fait assez sur le sujet ? », a demandé Léa Salamé. Sans jamais accabler le président, Monsieur Boutih a regretté qu’il y ait en France « beaucoup de débats, beaucoup de blabla » et une action « trop hésitante ». A l’école notamment, on gagnerait pourtant à « appeler un chat un chat » et à « prendre le taureau par les cornes ». On n’aurait pas dit mieux !

Manuel Valls propose d’interdire le salafisme en France ? Malek Boutih est plutôt d’accord, et regrette en fait de voir réapparaitre les mêmes débats que ceux qui avaient suivi les premiers attentats en 2015. Proche de lui, il abonde dans le sens de l’ancien Premier ministre : « il faut arrêter les subtilités entre celui qui est quiétiste ou pas quiétiste », tonne-t-il. Il ajoute : « on a face à nous une idéologie moderne, très pertinente, efficace et installée sur le long terme ». Il y a urgence à agir. Trèbes l’a montré : même la France rurale est touchée, alors qu’elle pensait être à l’abri. Cette France qui vit dans une insécurité culturelle historique et qui « voit le voile se multiplier autour d’elle et les mosquées apparaitre » pourrait partir en vrille si rien de concret n’est fait par Macron et son gouvernement.

Christophe Castaner, le vivre-ensemble d’abord

Face à la lucidité de Malek Boutih, le protégé d’Emmanuel Macron (qui a parlé, fin décembre, de « radicalisation de la laïcité »), Christophe Castaner, a tenu un discours beaucoup moins offensif. Le patron de LREM voit bien en France une « banalisation de l’antisémitisme », mais le glissement du vieil antisémitisme de la droite nationale vers un nouvel antisémistime musulman, ça en revanche… Défendant la « diversité » et la laïcité de façon très creuse, c’est contre l’opposition de droite qu’il avait préparé ses arguments, opposition de droite qui reproche au gouvernement une « coupable naïveté » face aux attentats islamistes. Pour lui, les préconisations de Laurent Wauquiez ou Marine Le Pen, en matière de terrorisme, relèvent de la bêtise. Face à ce qu’il considère être une vulgaire « course à l’échalote », Christophe Castaner refuse de mettre en place de nouvelles mesures ou de revenir à l’état d’urgence. Pas de nouvelle loi antiterroriste « de circonstance » ! Les « lois émotionnelles » ce n’est « jamais la bonne façon de travailler ». Peut-être devrait-il le souffler à son Emmanuel Macron et à son projet de loi sur les « fake news ».

Pour Christophe Castaner, le « vivre-ensemble » passe avant tout. Mais la liberté d’un salafiste est-elle plus importante que la mort d’un innocent ? On aurait aimé lui poser la question.

Madame Knoll a pourtant, semble-t-il, bien été assassinée parce qu’elle était juive, pas pour qu’on la vole. Ce n’est pas un crime crapuleux, le Parquet de Paris a retenu la piste de l’assassinat antisémite. Motif aggravant. L’émotion est grande, et pas seulement dans la « communauté » juive. C’est bien la communauté nationale tout entière qui est touchée. Si les juifs sont prioritairement visés, Trèbes a aussi montré que tous les Français peuvent être touchés.

En guise d’apaisement, Christophe Castaner a invité toutes « celles et ceux » qui sont adhérents à En Marche à participer à la marche blanche organisée en hommage à Mireille Knoll aux côtés de la communauté juive. Chaque citoyen français s’honorerait en fait à rejoindre ce mouvement ! Après les attentats de Merah à Toulouse où une majorité de Français, certes effrayée, ne s’est pas toujours sentie directement concernée, laisser une nouvelle fois les Français de confession juive seuls serait une erreur majeure.

Alors que l’islamisme ensanglante la France plus que tout autre pays occidental, Malek Boutih sauve par ses propos l’honneur de toute une gauche antiraciste qui s’est trop souvent égarée ces dernières années. Malek Boutih fait un revirement salutaire au sein d’une gauche antiraciste à la dérive. De son côté, Christophe Castaner apparaît lui comme un patron de parti qui ne nomme pas vraiment les maux de la société française et noie un peu le poisson. Malheureusement, de ces deux invités matinaux de France Inter, lequel des deux à l’oreille attentive de l’exécutif selon vous ?

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Source : https://www.causeur.fr/mireille-knoll-ilan-halimi-antisemitisme-150223


Antisémitisme : Ilan Halimi est-il mort pour rien ?
Des années de déni de la montée de l’antisémitisme en France

par Jacques Tarnero

29 mars 2018

Photo : Emmanuel Macron aux obsèques de Mireille Knoll au cimetière de Bagneux, 28 mars 2018. SIPA. AP22183599_000001

L’assassinat d’Ilan Halimi en 2006 a laissé place à des années de déni de la montée de l’antisémitisme en France. Depuis, les crimes antisémites se multiplient.

Qu’allons-nous raconter à nos enfants ? Que nous n’avions pas vu venir ? Que nous étions ailleurs ? Pourquoi avoir pratiqué l’évitement depuis trente ans ? Au nom de quelles illusions ? Au nom de quelle tranquillité ? Pourquoi tant de commémorations sur les totalitarismes sanguinaires du XXe siècle, alors que les signes annonciateurs d’un mal similaire sont déjà présents ?

Tandis que l’on commémore les génocides et la mise à mort industrielle, voilà que la mémoire paraît inutile pour penser le présent. Les purges, des liquidations de masse au nom de Dieu, au nom de la race ou au nom de la classe, voilà qu’elles recommencent au nom d’Allah. Voilà des dessinateurs libres penseurs mitraillés pour avoir caricaturé le prophète. Voilà des Juifs assassinés parce qu’ils sont juifs. Voilà un historien poursuivi en justice pour avoir mis à jour la banalité de cette haine présente dans les mentalités arabo-musulmanes. Et voilà des jeunes-des-quartiers-difficiles qui incendient des commerces tenus par des juifs à Sarcelles, à l’été 2014.

Ce serait loin de chez nous ? Non, c’est déjà chez nous.

La banalisation de l’antisémitisme

« Plus jamais ça ! » Tiens donc !? Deux événements simultanés disent le tragique du moment présent. L’assassinat du colonel de gendarmerie Arnaud Beltrame et l’assassinat de Mireille Knoll donnent la mesure de notre défaite et la mesure des illusions ou mensonges entretenus depuis près de trente ans. Depuis « la marche des beurs pour l’égalité » en 1983, la France a seulement perdu trente années pour imaginer son devenir.

Dès la fin des années 1980, les signes annonciateurs de l’état de barbarie se sont installés en banlieue parisienne. On n’a pas voulu voir la menace préférant les messes musicales conjuratoires de SOS racisme contre l’extrême droite.

Sorti au printemps 2014, le film d’Alexandre Arcady 24 jours, sur le rapt et l’assassinat en 2006 d’Ilan Halimi, avait déjà annoncé la banalisation de ces agressions. Pourtant, ce film annonçait les horreurs actuelles. Cette horreur s’est passée près de chez vous, chez nous…

Ilan Halimi est-il mort pour rien ? Sarah Halimi est elle morte pour rien ? Les trois enfants juifs assassinés à Toulouse six ans plus tard par Mohamed Merah sont-ils morts pour rien ? Les trois militaires français assassinés par Merah sont-ils morts pour rien ? Ces crimes furent commis pour « venger la mort d’enfants palestiniens » et pour venger les musulmans combattus par l’armée française en Afghanistan.

Quand avant et après ces crimes, un humoriste fondait son succès autour d’un spectacle explicitement antijuif et que l’on ergote sur la liberté d’expression pour ce type de propos, on se dit que quelque chose est profondément détraqué dans notre pays.

L’aveuglement du « vivre ensemble »

L’obsessionnalité de ces attitudes, leur répétition, leur rebond infini grâce à l’inspiration islamiste, déroulait une histoire qu’on avait vu venir. Toute la force du film d’Alexandre Arcady était d’en montrer la sinistre banalité. La langue des barbares est celle des éructations dont la mise en musique donne aussi le rap de Médine comme porte-voix. Son clip « Don’t Laïk » en est l’illustration haineuse.

Les codes comportementaux sont ceux de l’ultraviolence. De nouveaux codes vestimentaires, capuche, keffieh, voile, niqab et barbe donnent désormais une autre signature politique ou identitaire. Ce n’est plus la solidarité avec la souffrance palestinienne qui s’exprime mais un autre projet, une autre vision du monde. Si la charia revue par l’Etat islamique prenait le relais comme code de conduite dans les « quartiers difficiles », le pire était à venir. Il est venu. A Nice, sur la promenade des Anglais un soir de 14 juillet.

Ce que le film d’Alexandre Arcady donnait à voir fait partie de notre monde, de ce monde supposé commun où il s’agirait de « vivre-ensemble ». Ce miroir est terrifiant car l’incantation du « vivre-ensemble » dénie au réel sa réalité et refuse simultanément de nommer, de qualifier ceux qui font sécession pour vivre entre eux ou imposer leur loi.

Après Mireille Knoll

Pourquoi le « signe juif » fait-il perdre la raison à tant de bons esprits dotés de raison ? Les Juifs seraient-ils détestés pour le mal qui leur a été fait ? Faut-il aller chercher du côté des fondements, des sources bibliques ayant construit le statut symbolique du « signe juif » dans l’histoire ? La haine d’Israël permet-elle une reformulation acceptable, parce qu’antisioniste de cette haine archaïque ? Comment se débarrasser d’une dette symbolique sinon en éliminant le débiteur ? Comment effacer une culpabilité sinon en accusant sa victime d’un crime identique ?

Ces tragédies actuelles interviennent au moment de la grande célébration narcissique de mai 68. De faux héros septuagénaires s’autoglorifient avec complaisance sans qu’à aucun moment ils ne viennent mettre en cause la responsabilité de la pensée de 68 dans le délabrement intellectuel contemporain.

A lire aussi : Sarah Halimi, une histoire française

L’assassinat de Mireille Knoll, survenu en même temps que l’assassinat du colonel Arnaud Beltrame, par un fanatique islamiste donne au moment présent toute sa dimension symbolique. C’est donc à Paris en mars 2018, dans cette ville, capitale de ce pays dans lequel avait choisi de vivre le père d’Emmanuel Lévinas parce qu’il était capable de se soulever pour prouver l’innocence d’un officier juif injustement condamné, que cette octogénaire, rescapée de la Shoah, a été assassinée.

Que faut-il dire d’autre ? Un kaddish pour la France ?