Subscribe to SIAWI content updates by Email
Accueil > impact on women / resistance > Chypre assouplit sa législation sur l’avortement

Chypre assouplit sa législation sur l’avortement

mercredi 4 avril 2018, par siawi3

Source : MMF n° 350, 3.04.18

Chypre assouplit sa législation sur l’avortement

Le Parlement chypriote a réduit aujourd’hui les contraintes imposées aux femmes pour avorter, après des années de débats dans ce pays de l’Union européenne disposant d’une des législations les plus strictes en la matière. Le projet de loi modifiant le Code pénal a été adopté avec 33 voix pour, huit contre et cinq abstentions. Jusqu’à présent, les avortements étaient légaux seulement dans certaines circonstances.

Deux médecins devaient notamment certifier que la grossesse posait des risques pour la santé physique ou psychologique de la femme. Les amendements votés permettent désormais à une femme de mettre fin à une grossesse dans un délai de 12 semaines, sans justifier d’un risque pour sa santé. Elle devra tout de même consulter un médecin. Le délai est prolongé à 19 semaines notamment dans les cas de viol ou d’inceste. "Notre intention est d’immédiatement décriminaliser l’interruption volontaire de grossesse", a déclaré à l’AFP Stella Kyriakides, présidente du comité parlementaire sur l’égalité des chances entre les hommes et les femmes, avant le vote. Les modifications législatives visent à "garantir le droit incontestable des femmes à faire des choix libres et informés", a ajouté la députée, une des principales promotrices de la nouvelle législation. En cas de grossesse résultant d’un viol, les femmes n’auront plus besoin de produire une confirmation de la police, selon l’un des amendements, mentionne Mme Kyriakides. À Chypre, où l’avortement est un sujet sensible, l’influente église orthodoxe s’oppose depuis toujours à sa décriminalisation. Même si les poursuites en justice sont rares, les médecins opéraient souvent dans une zone grise.

En octobre dernier, l’arrestation d’une femme ayant obtenu un avortement dans un clinique privée, et du médecin, avait suscité la polémique. Cet incident a mis en lumière la nécessité d’aller de l’avant avec la nouvelle proposition législative, commente Mme Kyriakides. Selon les législateurs, l’adoption de cette loi, qui avait été présentée en 2015, est un premier pas vers une pleine décriminalisation. Une proposition législative plus complète, incluant des dispositions sur l’éducation sexuelle et la prévention, devrait être présentée dans environ deux mois, selon Mme Kyriakides.

Il n’existe pas de données fiables sur les avortements à Chypre, mais des femmes se tournent vers cette pratique clandestinement, avance-t-elle. Pour Afroditi Elisseou, présidente de la Société de gynécologie et d’obstétrique de Chypre, l’assouplissement de la loi est une bonne mesure. "On ne peut pas imaginer qu’une seule femme se mette en danger parce qu’elle était si désespérée qu’elle a avorté avec des méthodes illégales", souligne-t-elle.