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L’islam de France face à l’antisémitisme

vendredi 27 avril 2018, par siawi3

Source : http://www.revuedesdeuxmondes.fr/lislam-de-france-face-a-lantisemitisme/

L’islam de France face à l’antisémitisme

par Valérie Toranian

23 avril 2018

Doit-on et peut-on réformer l’islam de France pour lutter contre l’antisémitisme ? C’est la question sans tabou que pose le « manifeste contre le nouvel antisémitisme », rédigé par Philippe Val, ancien directeur de Charlie Hebdo, et signé par trois cents personnalités venues de tous les horizons politiques, culturels, artistiques et religieux. Ce texte, qui suscite déjà de vives réactions, est un coup de poing sur la table.

Parce qu’il nomme sans ambages ou hantise de l’amalgame l’origine du mal. « Dans notre histoire récente, onze Juifs viennent d’être assassinés – et certains torturés – parce que Juifs, par des islamistes radicaux. (…) Il s’agit d’une épuration ethnique à bas bruit au pays d’Émile Zola et de Clemenceau. Pourquoi ce silence ? Parce que la radicalisation islamiste – et l’antisémitisme qu’il véhicule – est considérée exclusivement par une partie des élites françaises comme l’expression d’une révolte sociale, alors que le même phénomène s’observe dans des sociétés aussi différentes que le Danemark, l’Afghanistan, le Mali ou l’Allemagne (…) ».

Parce qu’il rappelle clairement qui sont les complices ou idiots utiles de cet antisémitisme. « (…) au vieil antisémitisme de l’extrême droite, s’ajoute l’antisémitisme d’une partie de la gauche radicale qui a trouvé dans l’antisionisme l’alibi pour transformer les bourreaux des Juifs en victimes de la société. Parce que la bassesse électorale calcule que le vote musulman est dix fois supérieur au vote juif. »

« Si certains imams ont signé le manifeste, beaucoup ont très mal accueilli le texte. »

Mais surtout c’est un coup de poing sur la table parce que les signataires « attendent de l’islam de France qu’il ouvre la voie ». « Nous demandons que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés d’obsolescence par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’antisémitisme catholique aboli par Vatican II, afin qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime. »

Si certains imams ont signé le manifeste, beaucoup ont très mal accueilli le texte. Comme Tareq Oubrou, grand imam de Bordeaux, pour qui « généraliser l’idée que le Coran appelle au meurtre, c’est de la folie ». Ou Kamel Kabtane, recteur de la grande mosquée de Lyon, pour qui « l’islam est une religion de paix. Ceux qui tuent d’autres personnes au nom de l’islam sont des voyous, des jeunes paumés de banlieue qui ne connaissent rien du Coran. » La Grande mosquée de Paris a elle aussi dénoncé lundi 23 avril un « procès injuste et délirant » instruit aux Français musulmans.

Le débat est lancé. Peut-il aboutir ?

Les citoyens français d’origine musulmane peuvent-ils attendre de leurs autorités religieuses qu’elles « neutralisent » l’antisémitisme induit par le Coran comme Vatican II avait « expurgé » l’antisémitisme présent au sein du catholicisme ?

Tout d’abord, quelles autorités religieuses ? Les sunnites qui constituent la majorité de l’islam n’ont pas de clergé et sont divisés. Par ailleurs, contrairement à la Bible et aux évangiles, le Coran est un texte directement dicté par dieu (Allah) ; comment les plus hautes instances de l’islam pourraient (concrètement) frapper d’obsolescence certains de ses versets ?

« Le manifeste a peut-être un autre destinataire : Emmanuel Macron. »

Si une fraction de ce clergé se démarquait de certains aspects du Coran, non seulement elle serait traitée par les salafistes et les Frères musulmans de renégats, de traîtres, de vendus à l’Occident, mais elle serait en danger de mort. Peu de chance, par ailleurs, que ces modérés calment les ardeurs des futurs Mohamed Merah ou Kobili Traoré qui se déploient et s’épanouissent dans la radicalité.

Tout cela, Philippe Val et les premiers signataires de ce manifeste ne peuvent pas l’ignorer. On ne peut donc s’empêcher de penser que le manifeste a peut-être un autre destinataire : Emmanuel Macron.

L’autre candidat à la réforme de l’islam en France, de son rôle et de son organisation, c’est lui.

Le chef de l’État veut « poser les jalons de toute l’organisation de l’islam de France » au « premier semestre 2018 » . La piste d’un « nouveau concordat » est évoquée dans son entourage, même si Emmanuel Macron n’y semble pas personnellement favorable. La recherche d’une solution pourrait passer par une révision de la loi de 1905, qui n’est pas forcément considérée comme « un texte sacré ». Cette potentielle remise en question de l’équilibre garanti par la loi de 1905 inquiète nombre de républicains attachés à la laïcité.

Ce manifeste a peut-être aussi pour vocation à rappeler au président de la République que, s’il souhaite (et pourquoi pas) se rapprocher des religions, toutes les religions ne souhaitent pas unanimement se fondre sans réserve dans la République. Aucune ne menace sérieusement le pacte républicain comme le salafisme ou les Frères musulmans, qui font bel et bien partie de l’islam. Et si l’antisémitisme tue aujourd’hui en France, c’est le fait d’islamistes fanatisés par une judéophobie d’origine arabo-musulmane.

Le président devra donc bien peser les termes de ce nouvel ordre musulman en France dont la frange radicale existe, prospère et n’est pas un fantasme raciste anti-musulman de « laïcards » islamophobes.

(Photo : ALAIN JOCARD / AFP)