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Autriche : Crucifix obligatoire dans les administrations bavaroises

vendredi 27 avril 2018, par siawi3

Source : https://www.letemps.ch/monde/crucifix-obligatoire-administrations-bavaroises?utm_source=Newsletters&utm_campaign=5d900c331c-newsletter_briefing&utm_medium=email&utm_term=0_56c41a402e-5d900c331c-109473233

Crucifix obligatoire dans les administrations bavaroises

Nathalie Versieux,
Berlin

Publié mercredi 25 avril 2018

La croix et la Bavière : le land rend le crucifix obligatoire dans toutes ses administrations à compter du 1er juin. La mesure s’inscrit dans un contexte électoral tendu pour le parti conservateur régional, la CSU, à la veille des régionales du 14 octobre prochain

A partir de juin, chaque administration bavaroise devra afficher un crucifix, visible de tous, dans le hall d’entrée. La mesure, annoncée mardi dans la soirée par le ministre-président du land de la très conservatrice Bavière, Markus Söder (CSU), relance la polémique en Allemagne autour de la notion de « culture dominante ». Les revendications identitaires de la CSU bavaroise – l’aile régionale du parti conservateur chrétien-démocrate, la CDU – en campagne électorale en vue des régionales d’octobre, représentent désormais une menace pour la politique d’Angela Merkel, qui ne peut se passer du soutien des 46 députés CSU au Bundestag.

« La croix est le symbole fondateur de notre identité culturelle chrétienne et occidentale », insiste le gouvernement régional dans un communiqué. Mardi, Markus Söder fixait lui-même un crucifix au mur d’entrée de sa résidence à Munich. L’initiative – à six mois d’élections régionales capitales pour le parti conservateur bavarois – provoque un tollé dans le pays, alors qu’en 1995, le land avait déjà imposé le crucifix dans les salles de classe, déclenchant une cascade de procès, qui s’était achevée en 2011 devant la Cour européenne des droits de l’homme. La cour avait considéré que cette mesure dénoncée par les athées n’était pas contraire aux droits fondamentaux.
L’Eglise protestante dénonce une « instrumentalisation »

Cette nouvelle croisade au crucifix suscite cette fois la colère de l’Eglise protestante, qui dénonce « l’instrumentalisation de symboles religieux à des fins politiques », tandis que le parti libéral (FDP) accuse la CSU d’utiliser la religion à des fins électorales « comme le fait Erdogan ».

« C’est clair qu’il y a un lien entre cette initiative et les élections, explique Heribert Prantl, éditorialiste du quotidien de centre gauche munichois Süddeutsche Zeitung. En ce moment en Bavière, il n’y a que la campagne électorale qui compte. La CSU essaie par tous les moyens de contrer la pression du parti d’extrême droite AfD, le tout dans un contexte de vif débat autour de la place de l’islam dans la société. La CSU tente de faire de la croix un symbole anti-islam, voire, ce qui est plus perfide encore, d’en faire tout simplement le symbole de la CSU ! »

Au temps de sa splendeur, l’Union des chrétiens sociaux détenait la majorité absolue en Bavière. « Pendant des années, pas une rencontre des chefs de la police, des écoles, des dentistes ou des hôpitaux qui n’ait été contrôlée par la CSU, se souvient Werner Weidenfeld, politologue de l’Université Ludwig-Maximilian de Munich. Tous avaient leur carte du parti. Mais c’est fini : le succès économique de la région et sa faiblesse démographique ont attiré vers la Bavière quantité de gens sans affinité avec ce parti régional. Aujourd’hui, plus de 20% de la population bavaroise ne sont pas des Bavarois de souche. C’est un défi pour le parti. »

Aux dernières législatives, la CSU a subi une véritable débâcle dans son fief, y réalisant le pire score de son histoire avec 38,8% des voix. Née en 1945 à Munich et au pouvoir depuis 1957, elle avait au temps de sa splendeur dirigé la région sans partage, entre 1970 et 2008. « La CSU veut récupérer la main sur le camp conservateur, analyse Heribert Prantl. Il lui faut à tout prix redevenir le parti à la droite duquel il n’y a pas de place. »

Depuis la débâcle de septembre, le débat politique régional est donc plus que jamais dominé par la question identitaire. Les conséquences s’en font sentir jusqu’à Berlin, où les conservateurs bavarois sont de plus en plus souvent perçus comme une menace pour la politique centriste d’Angela Merkel. Les Bavarois multiplient ainsi les provocations. Le nouveau ministre CSU de l’Intérieur a ajouté à son titre celui de ministre « de la Patrie », et multiplie les déclarations assurant que « l’islam ne fait pas partie de l’Allemagne ». « La CSU tente de dominer le débat sur la question des réfugiés », souligne Heribert Prantl. Et la CDU – qui a elle aussi intérêt à ce que la CSU réalise un bon score aux régionales – serait contrainte de l’accepter.