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France : Ultradroite : les fachos chauffés à blanc

vendredi 27 avril 2018, par siawi3

Source : http://www.liberation.fr/france/2018/04/27/ultradroite-les-fachos-chauffes-a-blanc_1646451

Liberation

Enquête

Ultradroite : les fachos chauffés à blanc

Par Willy Le Devin

27 avril 2018 à 20:46

Des membres d’extrême droite devant leur local, le 24 mars, rue Fort-
Notre-Dame à Marseille. Photo Patrick Gherdoussi

« Libération » a pu consulter des notes de la DGSI sur la résurgence de
groupuscules d’extrême droite radicalisés depuis l’émergence
d’attentats jihadistes en France. En ordre dispersé, leur ascension
reste cependant limitée.

Ultradroite : les fachos chauffés à blanc

C’est une autre menace que les services de renseignement prennent très
au sérieux. Depuis le déclenchement de la vague d’attaques jihadistes
sur le territoire français, la hiérarchie policière étudie le risque
d’une confrontation avec les franges les plus radicales de
l’ultradroite. En d’autres termes, le harcèlement par l’Etat islamique
(EI) de la société française engendrera-t-il des affrontements
intercommunautaires ? Lors de plusieurs auditions devant des
parlementaires, en 2016 et 2017, l’ex-patron de la Direction générale
de la sécurité intérieure (DGSI), Patrick Calvar, avait théorisé cette
hypothèse. Ses propos avaient néanmoins été déformés par certains
médias, n’hésitant pas à lui attribuer la prédiction d’une « guerre
civile ». Plus subtil et surtout moins catastrophiste, Calvar avait
simplement observé : « Nous ne sommes pas à l’abri d’une action
violente aujourd’hui sur notre territoire qui ferait monter - il faut
rester très prudent dans les termes - un degré de tension entre des
communautés. »

« Concurrents »

Si aucune action violente d’envergure de l’ultradroite ne s’est
produite en France jusqu’ici, l’histoire semble donner raison à
Patrick Calvar. Le 17 octobre, un groupuscule fédéré autour d’un chef
de 22 ans, Logan N., a été démantelé par la sous-direction
antiterroriste de la PJ (Sdat) et la DGSI (lire ci-contre). Ses
membres, évoluant au sein d’une entité baptisée l’OAS - en référence à
l’Organisation de l’armée secrète contre l’indépendance de l’Algérie
- , envisageaient d’abattre le maire de Forcalquier, Christophe
Castaner (aujourd’hui ministre et délégué général de LREM) ou
d’attaquer des lieux de culte musulmans. Dans la procédure, consultée
par Libération, figurent deux notes de la DGSI répertoriant les
différentes mouvances de l’ultradroite. Elles permettent de dresser un
état de la menace précis et circonstancié, sans angélisme ni
fantasmes.

Ainsi, le service de renseignement intérieur note que « l’extrême
droite radicale suscite l’engouement d’individus souvent jeunes, voire
très jeunes, soudés par une idéologie principalement empreinte de
racisme antimaghrébins et l’adhésion à certains codes (vestimentaires,
tatouages). » « La multiplication des attentats islamistes en France
depuis janvier 2015 a été évidemment interprétée par l’extrême droite
radicale comme une légitimation de ses thèses sur la menace immigrée,
l’insécurité, la faillite d’une société multiculturelle honnie.
L’impuissance de l’armée et du gouvernement est également fustigée.
Sur les blogs et les réseaux sociaux se développent une parole plus
libérée et des appels à représailles ou des menaces du type :
« Terroristes à mort- immigrés dehors » », poursuit la DGSI. Toutefois,
si le discours xénophobe prospère, les analystes maison voient une
limite objective à l’ascension de l’ultradroite : « La mouvance est
structurellement marquée par la présence de groupuscules concurrents
qui agissent en ordre dispersé et dont les capacités opérationnelles
apparaissent par conséquent limitées. Nombre de ces groupuscules,
basés sur une aire géographique restreinte, naissent, croissent et
périclitent en fonction du charisme et de l’investissement de leur
leader local […]. Si le discours radical s’émaille de violentes
diatribes, le niveau de violences physiques demeure modeste. Depuis
les attaques jihadistes de janvier 2015 en France, la mouvance ultra a
globalement adopté et promu une posture défensive. »

Cocktail Molotov

Aux yeux du service, la « principale menace reste l’action d’un
individu solitaire, à l’image du terroriste norvégien Anders Behring
Breivik ». Le 22 juillet 2011, ce suprémaciste a tué 77 personnes à
Oslo et sur l’île d’Utoya. En France, rien d’aussi macabre ne s’est
encore produit. Toutefois, les forces de l’ordre ont parfois
interpellé sur le fil des personnes aux intentions bien arrêtées. Le
plus célèbre demeure Maxime Brunerie, d’Unité radicale, qui avait
tenté de tirer le 14 juillet 2002 en direction du président Chirac. Le
17 janvier 2014, à Clermont-Ferrand, un skinhead néonazi, Kévin
Pioche, tire, lui, à huit reprises avec un fusil de chasse devant un
squat où se tient un concert en soutien à deux étudiantes en situation
irrégulière. Encore plus inquiétant, l’arrestation par la DGSI en 2013
de Christophe Lavigne, 23 ans, un ex-sergent de l’armée de l’air ayant
servi en Afghanistan. Son intention ? Ouvrir le feu le dernier jour du
ramadan sur la mosquée de Vénissieux (Rhône). Sa mère l’a signalé
avant qu’il ne passe à l’acte, inquiète d’une récidive puisque, un an
plus tôt, Lavigne avait déjà jeté un cocktail Molotov sur la mosquée
de Libourne (Gironde). L’été dernier, enfin, un homme originaire du
Val-d’Oise a été interpellé. Comme Brunerie, il imaginait
abattreEmmanuel Macron. Repéré en train d’essayer de se procurer une
arme à feu sur un forum de jeux vidéo, il s’est retranché à son
domicile avec des couteaux lors de l’arrivée des policiers.

« Étincelle »

Pour la DGSI, ce type d’individus est d’autant plus dangereux qu’il
existe une forte porosité avec les milieux sécuritaires. « On trouve un
grand nombre d’anciens militaires, policiers, gendarmes dans les
sphères d’ultradroite. Leurs enfants peuvent aussi poser problème.
Certains pratiquent la chasse ou se forment dans les stands de tir.
Les diasporas d’ex-Yougoslavie, actives dans les filières de trafic
d’armes issues des stocks de la guerre de Bosnie, font l’objet d’une
surveillance soutenue. La moindre attaque d’ampleur contre des
musulmans pourrait générer l’étincelle », craint un ex-ponte des
services.

La DGSI scrute aussi la résurgence de groupes « historiques » (lire page
5), dont la formation néofasciste Groupe Union Défense (GUD), qui
« jouit d’une visibilité renouvelée grâce à l’activisme de son antenne
lyonnaise dirigée par Steven Bissuel ». Autre restructuration notable,
celle initiée en 2014 par les royalistes de l’Action française (AF).
« Depuis plusieurs mois, observe la DGSI, la section Provence de l’AF
s’oppose régulièrement à la mouvance d’ultragauche. » En marge d’une
manifanti-loi El Khomri à Marseille, le 17 mars 2016, un certain Logan
N., chef de l’OAS, est interpellé.

Pour la DGSI en revanche, la frange « skin » est en très nette perte de
vitesse. Serge Ayoub, alias « Batskin », « peine à fédérer plus d’une
vingtaine d’affidés dans les activités du Black S even France,
ex-Praetorians Motorcycle Club, un gang de motards ». La dissolution
administrative de Troisième Voie, en 2013, après la mort du jeune
antifa Clément Méric, a fait exploser toute « structure militante digne
de ce nom ».