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Algérie : Premier festival national du conte Amazigh à Ouargla

dimanche 29 avril 2018, par siawi3

Source : http://www.elwatan.com/hebdo/magazine/a-ouargla-tinfusin-pour-sauver-teggargrent-26-04-2018-367051_265.php

Premier festival national du conte Amazigh
A Ouargla, Tinfusin pour sauver Teggargrent

le 26.04.18 | 12h00

Houria Alioua

La wilaya de Ouargla organise à partir de demain son premier Festival national du conte amazigh co-organisé par l’Association du Ksar de Ouargla et le Haut- Commissariat à l’Amazighité.

Ce festival, qui regroupera des conteurs de toutes les régions du pays, portera le nom de "Tinfusin", qui veut dire conte en Teggargrent, variante ouarglie du Tamazight. L’Association du Ksar de Ouargla a obtenu le feu vert et le parrainage d’un festival célébrant la culture orale ouarglie qui tient tellement à cœur aux Berbères de la région.

Avec un répertoire de contes magiques très dense, Tinfusin a été choisi comme moyen d’interpeller la mémoire collective et ressusciter cette tradition orale ouarglie, en profitant au maximum de la présence de vieilles conteuses, afin de les faire connaître du grand public et d’effectuer des enregistrements de leur vivant.

Les dernières retouches de ce festival vont bon train, avec une vaste campagne de nettoyage et d’embellissement de l’esplanade de Sahet Chouhada, qui abritera dans deux jours la cérémonie d’ouverture de ce festival populaire qui se poursuivra dans la salle de spectacles de la maison de la culture Moufdi Zakaria.

Cet événement culturel intervient dans un contexte délicat, où les parents d’élèves posent avec acuité la problématique de l’enseignement d’une variante autre que le ouargli à leurs enfants, dans les écoles primaires pilotes, sous prétexte de l’inexistence d’enseignants de Teggargrent formés par un centre de référence reconnu par le ministère de l’Education, d’une part, et l’inexistence d’une demande des bacheliers à s’investir dans cette formation vu l’inexistence de postes budgétaires, d’autre part.

Il ya un mois, une commission de la langue ouarglie a été instituée au sein de l’Association du Ksar pour recueillir tous les écrits sur cette langue et son patrimoine, afin de les proposer à la publication. L’objectif est d’imprimer de nombreuses études universitaires effectuées ces dernières années, des recueils de poèmes et de contes, mais aussi des dictionnaires qui en sont encore à leurs balbutiements. Plus de 5000 mots seront ajoutés à la prochaine édition du dictionnaire dédié au ouargli, qui répertorie, lui, 4000 mots recueillis par Khaled Fertouni.

Le chercheur Abdallah Sayeh s’est lancé dans un écrit sur l’histoire de cette langue. Un éveil tardif, mais qui fait bouger les choses à Ouargla, où l’Association du Ksar compte lancer une classe d’enseignement du Teggargrent à la prochaine rentrée. Soulignant que cette variante n’est pas encore reconnue en tant que telle par les instances publiques, l’objectif est de trouver une solution pour l’enseignement de cette langue au nouveau de l’université, afin d’orienter quelques lauréats du baccalauréat 2018 vers cette formation et espérer recruter d’ici trois ans dans les écoles primaires de Ouargla.

Tinfusin Teggargren

Les contes populaires, une partie du patrimoine en train de disparaître et que le festival va tenter de mettre en relief avec l’aide du Dr Kadi Hadj, le commissaire du Festival de Tinfusin Teggargren. Dans cette première édition nationale, Ouargla mettra en scène l’histoire des arts et métiers séculaires du Ksar, avec l’aide des familles connues pour avoir entretenu ce savoir-faire de père en fils, nous explique Mohamed Kabdi, vice-président de l’Association du Ksar.

Pour la famille Kadi pour la ferronnerie d’art, Baba Hanni pour la sculpture sur bois, Kamassi pour la construction, les Ghettas et Benras en tant que puisatiers et ainsi, une douzaine de métiers sont répertoriés et figureront au box office pour raconter Ouargla par ses métiers ancestraux.

Des stands à la place des Martyrs, des rencontres à la maison de la culture, mais aussi et surtout, un moment phare du Festival de Tinfusin Teggargren qui ne sera autre que l’organisation de la commémoration de la légende de Lalla Mansourah. Cette belle procession colorée, oubliée puis ressuscitée pour sombrer une fois de plus dans l’oubli est organisée par les Ath Feddane, famille de la fameuse Mansourah, une mariée qui aurait disparu en des temps immémoriaux le jour de ses noces.

C’est donc le conte de Lalla Mansourah qui sera interprété grandeur nature avec son chameau portant le Bassor de la mariée qui fera la tournée du Ksar, vendredi après-midi. Dans cette fête dite "païenne", les enfants sont les destinataires de toutes sortes de friandises, les grand-mères racontent de belles choses et les jeunes filles se font belles.

Une mise en scène de la mariée, de la célébration du mariage berbère de Ouargla, les saints patrons de la ville qui sont ainsi réhabilités et racontés. Le débat autour de Tinfusin, ses variantes, ses mises en scène ne manquera pas d’englober le volet formation et linguistique, sachant que Teggargrent fait partie intégrante du Ksar vivant de Ouargla qui tend à s’arabiser. En multipliant les actions, refaire vivre ce sentiment d’appartenance à une langue vivante, très riche, arythmique.

En ce Mois du patrimoine où la mémoire du défunt Djeddi Larbi, chanteur et musicien ouargli, qui avait répertorié une bonne partie du répertoire de la chanson populaire ouarglie, est saluée, la clôture du Mois du patrimoine comportera un panel musical dédié aux plus belles chansons en Teggargrent. Elle s’apparente au Blues et au Reggae, dont elles empruntent un tempo plus lent et des structures rythmiques très élaborées.