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8 mai 1945 : En souvenir du massacre de Sétif en Algérie

samedi 12 mai 2018, par siawi3

Source : http://www.medyaturk.info/international/2018/05/10/8-mai-1945-en-souvenir-du-massacre-de-setif-en-algerie/

MEDYATURK

Publié le 10 mai 2018 à 20h05. Mis à jour le 11 mai 2018 à 15h05

8 mai 1945 : En souvenir du massacre de Sétif en Algérie

Soixante-dix ans après le massacre de Sétif, la journaliste Hafsa Kara-Mustapha se souvient des événements qui ont finalement conduit à la fin de « l’Algérie française ».

L’histoire officielle situe le 1er novembre 1954 comme le début de la guerre d’indépendance de l’Algérie contre la puissance occupante française. Cependant, la plupart des Algériens savent que les premières étincelles du conflit remontent à un chapitre plus sinistre du règne de la France durant 132 ans sur le pays nord-africain.

Le 8 mai 1945, des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants algériens ont participé à une marche organisée par les autorités françaises pour marquer la victoire des forces alliées sur les nazis. Beaucoup d’hommes algériens qui marchaient ce jour-là revenaient de la ligne de front où ils avaient joué un rôle vital dans la lutte contre les troupes allemandes.

Malgré l’apparente ambiance de célébration de la marche, les tensions étaient fortes en Algérie à l’époque. De nombreux intellectuels algériens comme Messali Hadj avaient été emprisonnés pour avoir dénoncé la brutalité du régime d’occupation et exigeaient maintenant que la population « musulmane », comme il était coutumier d’appeler les Algériens, obtienne plus de droits.

Alors que les manifestants se réunissaient, de nombreuses organisations musulmanes se sont jointes au mouvement dans le but de faire connaître leur cause. Parmi les pancartes retenues, il y avait « Fin de l’occupation », « Nous voulons l’égalité » et « Libérez Messali Hadj ».

La marche est devenue violente lorsqu’un membre des Scouts musulmans de 14 ans a brandi un drapeau algérien. Le chef local de la police lui a ordonné de s’en défaire, le garçon a refusé. Il a été abattu faute d’avoir obtempéré.

Conséquence du décès du jeune homme, une vague de panique et d’affrontements entre les manifestants algériens et français qui ont conduit à une insurrection totale. Les affrontements qui ont suivi ont abouti à la mort de plus de 20 000 hommes, femmes et enfants algériens dans et autour de la région de Sétif, Guelma et Kherrata.

102 Français ont été tués, dans ce qui allait devenir connu en Algérie sous le nom de « Massacre de Sétif ».

Alors que le nombre de victimes françaises est précis et ne peut pas être remis en question, le nombre de morts parmi la population algérienne est ouvert à un grand débat, les responsables américains postés en Algérie à l’époque ont parlé de 40 000 morts.

En raison de la nature du massacre lui-même mené sur une période de deux mois en représailles après les affrontements initiaux, l’établissement du nombre exact de décès reste un point litigieux.

Crimes français

Le chef du gouvernement provisoire de la France à l’époque n’était autre que le général De Gaulle, héros de la victoire de la France sur l’Allemagne nazie, qui nomma le général Duval pour mettre un terme aux affrontements par tous les moyens possibles.

Le général Duval appela tous les régiments disponibles et divers corps tels que les légionnaires étrangers pour réprimer l’insurrection. Il a ordonné que les fermiers et les villageois des régions environnantes soient tués dans ce qui revient souvent à des opérations de lynchage.

Les cas de villageois rassemblés et mis à feu par l’armée ou la gendarmerie française ont été enregistrés et établis comme un mode de fonctionnement commun de la machine répressive française.

Les méthodes utilisées étaient d’une violence « incroyable », comme l’ont rapporté les observateurs de l’époque. Des avions bombardiers ont été appelés pour raser plusieurs villages. Deux navires de guerre stationnés dans le port de Bedjaia ont tiré plus de 800 coups de canon contre les villes côtières. Les milliers de corps qui se sont accumulés au cours de l’orgie meurtrière au cours des deux mois n’ont pas pu être enterrés et ont été par conséquent jetés dans les puits et les ravins environnants.

Un habitant qui vivait près du four à chaux d’Héliopolis près de Guelma, plus tard interrogé sur le massacre, a rappelé l’odeur « insupportable » de la chair brûlée et les allées et venues incessantes des camions débordant des restes des morts. Saci Benhamla a également décrit la couleur bleutée qui sortait des cheminées du four. Lorsque les villageois ont demandé un pardon général et que leur village soit épargné, ils ont été forcés d’abandonner les jeunes hommes en échange.Ceux-ci auraient ensuite été emmenés dans des casernes proches pour être torturés ou tués.

Les documents officiels français décrivent comment plus de 4 500 arrestations ont été effectuées, 99 condamnations à mort ont été prononcées dont deux exécutions formelles effectuées en février 1946.

« Cérémonies de soumission »

Lorsque les événements du 8 mai se sont finalement terminés, l’armée française a organisé des « cérémonies de soumission ».

Ils rassemblaient les hommes locaux et les forçaient à s’agenouiller devant le drapeau français, les forçant à crier haut et fort ;

« nous sommes des chiens et Messali Hadj est un chien »

Beaucoup de ceux qui ont été forcés de participer à ces cérémonies ont été emmenés plus tard pour ne plus jamais revenir.

Le traumatisme de la population locale était tel que de nombreux villageois algériens fuyaient à la vue de tout véhicule officiel français pendant plusieurs mois après le massacre. Le massacre de Sétif reste ancré dans la psyché d’une nation entière. Le 8 mai est un jour officiel de deuil en Algérie, alors qu’en France cette date commémore la défaite de l’un des régimes les plus violents et sanguinaires d’Europe.