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Tunisie : associations et citoyens se mobilisent contre la fermeture des cafés lors du Ramadan

vendredi 25 mai 2018, par siawi3

Source : http://www.jeuneafrique.com/560142/societe/tunisie-associations-et-citoyens-se-mobilisent-contre-la-fermeture-des-cafes-lors-du-ramadan/

Tunisie : associations et citoyens se mobilisent contre la fermeture des cafés lors du Ramadan

17 mai 2018 à 16h16

Par Oumeïma Nechi

Depuis quelques années, la mobilisation citoyenne pour le droit de manger en public durant le Ramadan prend de l’ampleur. Comme toujours, les non-jeûneurs se heurtent aux pressions sociales, et cette fois-ci au ministère de l’Intérieur aussi.

« Laissez-nous manger en liberté ! » C’est le cri lancé par de nombreux citoyens et associations en Tunisie à la veille du Ramadan qui a débuté ce jeudi 17 mai. Comme chaque année, le débat sur la fermeture des cafés agite la société tunisienne et la classe politique. Déjà, dans les années 1960, le débat était lancé par Habib Bourguiba, buvant un jus d’orange à la télévision, en plein mois de Ramadan. Il appelait alors les citoyens à faire du travail une priorité et à se sentir libres de choisir de ne pas jeûner. L’image est restée gravée dans la mémoire collective et surtout chez les associations de défense de la liberté de conscience qui se réclament de cet héritage laïc. Mais si la Tunisie est l’un des rares pays arabes où des cafés ouvrent durant le mois saint, il reste difficile de manger en public.

Les associations face au gouvernement

Le débat revient chaque année, car le Ramadan est une période qui pose directement la question du respect des libertés, avec son lot de prédicateurs et de prêches diffusés en continu sur les chaînes arabes. Mais cette fois, le ministre de l’Intérieur a créé la surprise. Dans une lettre en réponse à la députée Hager Ben Cheikh Ahmed, il a indiqué que des restrictions sur l’ouverture des cafés seraient prises cette année par « peur du risque d’attentat ». Une décision qu’il justifie par une circulaire de 1981. « Étant donné que le jeûne pendant le Ramadan est l’un des cinq piliers de l’islam et un rite important pour la majorité des citoyens, par conséquent ouvrir les cafés et ne pas déterminer les conditions de leur ouverture pourraient être considérés comme provocateurs auprès de beaucoup d’entre eux », explique le ministre, en évoquant la possibilité d’agressions.

Il est important que la Tunisie reste un pays de tolérance », souligne la juriste Rahma Essid

La réponse a provoqué l’indignation de la députée Hager Ben Cheikh Ahmed qui l’a jugée « dangereuse », sur les ondes de Shems FM. Mais cette lettre a également provoqué la colère des internautes, et des associations. « Cette circulaire avait déjà été annulée trois jours seulement après sa parution par Bourguiba lui-même. Ben Ali l’avait réutilisée en 1987 sans jamais l’adopter d’un point de vue législatif », dénonce la juriste Rahma Essid, secrétaire générale de l’Association des libres penseurs, née en octobre 2017, mais active depuis des années.

« L’argument du ministre est caduque car cette circulaire est anticonstitutionnelle. Le problème, c’est l’interprétation large de la loi qui est faite. Or, l’article 6 de la Constitution stipule très précisément que l’État garantit les libertés individuelles, comme la liberté de conscience et de croyance. Or la Constitution est au-dessus de toutes les circulaires », analyse la juriste et militante qui a créé une pétition pour l’abolition de cette circulaire, ayant déjà recueilli 1500 signatures. Elle la portera ensuite au tribunal administratif pour annuler cette circulaire pour non-conformité à la Constitution de 2014. « Il est important que la Tunisie reste un pays de tolérance », défend-elle, tout en accusant « l’hypocrisie de la société sur cette question ».

Un constat défendu par une trentaine d’associations dont la Ligue tunisienne des droits de l’homme, rassemblées au sein du collectif pour les libertés individuelles. Mardi 15 mai, les ONG ont adressé une lettre au président Béji Caïd Essebsi pour appeler au maintien de l’ouverture des cafés pendant le Ramadan, et surtout à la protection des libertés individuelles et au respect de la Constitution.

L’an dernier, le collectif avait déjà mobilisé et fait circuler des vidéos. L’Association des libres penseurs avait organisé une première manifestation à la suite de l’arrestation de quatre Tunisiens qui avaient fumé dans un jardin public de Bizerte. Le 27 mai prochain, une nouvelle manifestation est d’ores et déjà prévue devant le Théâtre national de la rue Bourguiba, avec pour slogan : #Mouchbessif. (Pas par force). Une manifestation à laquelle assisteront déjà de nombreux internautes.

Video ici 1:49 Pour le respect des libertés individuelles.

Des réseaux sociaux au cœur de la lutte

Les hashtags #Mouchbessif et #Fater (non-jeûneurs) fait sensation sur les réseaux. Un groupe Facebook a même vu le jour en 2013. Des Tunisiens et Tunisiennes y partagent des bons plans et des adresses de cafés ouverts en journée pendant le mois saint. « C’est devenu un véritable réseau citoyen et ça redonne confiance aux cafés qui n’ont plus peur d’ouvrir », assure Abdelkarim Benabdallah, créateur de la page, qui précise se mobiliser depuis une dizaine d’années pour le droit de ne pas jeûner en public. Les internautes y répertorient les adresses sur une carte géolocalisée, principalement situées dans les grandes villes.

Abdelkarim Benabdallah, qui avait participé à la manifestation de 2017, assure qu’au moins 20 % des cafés de la capitale restent ouverts. Il dénonce toutefois la discrimination entre étrangers et Tunisiens. « Tous les bars ferment leurs portes durant le Ramadan. Seuls les bars des lieux touristiques restent ouverts mais les employés reçoivent des consignes pour ne servir que les touristes, alors même qu’il n’existe aucune loi justifiant cela, mais ils ont peur des représailles », affirme-t-il, avant de souligner le harcèlement et les insultes dont sont parfois victimes les membres du groupe.

Je milite surtout pour pouvoir manger dans des lieux publics, mais pas forcément dans la rue, ce serait une provocation inutile », précise Abdelkarim Benabdallah

« Je trouve néanmoins qu’il devient de plus en plus facile de se restaurer pendant le Ramadan », confie-t-il, tout en soulignant que lors de la manifestation des non-jeûneurs en 2017, il avait pu dialoguer avec d’autres citoyens opposés à leur mouvement, sans violences. « Je milite surtout pour pouvoir manger dans des lieux publics, mais pas forcément dans la rue, ce serait une provocation inutile et je respecte les croyances des autres », assure-t-il.

Il explique que dans le mouvement #Fater, il y a des athées, des croyants, des non-jeûneurs et des jeûneurs, qui défendent tous une vision progressiste de la société. Pour lui, comme pour les associations, le véritable enjeu est de protéger la liberté individuelle des citoyens dans les faits, et de simplement appliquer la Constitution.

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Source : https://www.facebook.com/notes/le-collectif-pour-les-libert%C3%A9s-individuelles/lettre-ouverte-%C3%A0-lattention-de-m-b%C3%A9ji-ca%C3%AFd-essebsi-pr%C3%A9sident-de-la-r%C3%A9publique-tu/1900606869973063/

Lettre Ouverte à l’attention de : M. Béji Caïd Essebsi, Président de la République Tunisienne M. Mohamed Ennaceur, Préside...

Le collectif pour les libertés individuelles·mardi 15 mai 2018

Les libertés et droits individuels doivent être protégés par les autorités tunisiennes qui doivent s’opposer à toute tentative de les compromettre pendant le mois de Ramadan

Nous, Collectif pour la défense des libertés individuelles,
Constatant les multiples atteintes et violations perpétrées contre les libertés individuelles par les autorités publiques, des groupes ou des individus autoproclamés protecteurs de la religion et des bonnes mœurs, ce qui a davantage multiplié et aggravé les atteintes contre les libertés individuelles dans un contexte d’impunité,
Constatant, comme les années précédentes et à l’approche du mois de Ramadan, la montée des discours de haine contre la diversité confessionnelle dans notre pays et l’augmentation des menaces contre les libertés de conscience, de religion, d’opinion et d’expression.
Compte tenu de la teneur fort inquiétante de la lettre adressée en novembre 2017 par le Ministre de l’Intérieur M. Lotfi Braham à l’Assemblée des Représentants du Peuple et qui circule actuellement sur les réseaux sociaux, invoquant le premier article de la Constitution, quelques dispositions constitutionnelles, la situation sécuritaire du pays, les menaces terroristes, et un déni total de la part du Ministère de l’intérieur quant aux excès commis au cours des dernières années (surtouts ceux relatifs à l’arrestation de non-jeuneurs) pour justifier la mise en vigueur du Décret 1981 et des restrictions exercées méthodiquement par le Ministère de l’Intérieur contre la liberté de conscience, de religion, d’expression, d’opinion et de commerce.
Face à cette lecture restreinte, sélective et conservatrice de la constitution, le Collectif pour la défense des libertés individuelles exprime sa plus vive préoccupation quant à la manière avec laquelle les autorités abordent le dossier des libertés individuelles et condamne ces positions qu’il considère être non seulement la raison mais aussi une couverture qui cache la propagation du discours de violence et de haine, et un moyen pour alimenter l’extrémisme et renforcer le terrorisme.
Pour ces raisons, le Collectif Civil Pour Les Libertés Individuelles adresse cette lettre aux autorités tunisiennes afin de leur rappeler leurs engagements nationaux et internationaux, en particulier ceux énoncés par la Constitution et le Pacte International Relatif Aux Droits Civils et Politiques, de leur demander de s’abstenir des violations commises contre les libertés individuelles quelles que soient les raisons, et l’appelle à faire cesser toutes les atteintes aux libertés individuelles en poursuivant et en punissant les agresseurs (individus ou groupes). Par conséquent :
Le Collectif Civil Pour Les Libertés Individuelles appelle le Président de la République à remplir son obligation constitutionnelle de « veiller au respect de la Constitution » (Article 72) comme une unité cohérente selon l’article 146.
Le Collectif Civil Pour Les Libertés Individuelles demande également au Chef du Gouvernement, constitutionnellement chargé de « déterminer la politique générale de l’État et de veiller à sa mise en œuvre », d’abroger les circulaires qui violent de façon flagrante les dispositions du texte suprême de l’Etat, en particulier la circulaire publiée en 1981 qui prévoit la fermeture des commerces pendant le mois de Ramadan, et d’une manière générale, l’appelle à mettre en œuvre les dispositions de la Constitution relatives aux droits et aux libertés.
Le Collectif Civil appelle également l’Assemblée des Représentants du Peuple à assumer ses responsabilités concernant la révision des lois répressives, y compris, le Code Pénal afin de l’adapter à la nouvelle Constitution, en matière de garantie des droits et des libertés individuelles et collectives.
Le Collectif Civil Pour Les Libertés Individuelles rappelle le pouvoir judiciaire de son obligation constitutionnelle de « protection des droits et des libertés de toute atteinte » (Article 49 de la Constitution), et de « garantir la suprématie de la Constitution, la souveraineté de la loi et la protection des droits et libertés » (Article 102 de la Constitution), et l’invite à abandonner toute poursuite judiciaire arbitraire en contradiction avec la Constitution.
Le Collectif Civil Pour Les Libertés Individuelles rappelle qu’il a déjà eu recours à la justice dans une première phase afin de protéger ces droits et libertés et en vue de rendre justice aux victimes de ces violations et arrestations arbitraires. Les composantes du Collectif se déclarent prêtes à militer en utilisant tous les moyens légaux pour faire respecter l’Etat de droit, de liberté de conscience et de croyance, d’égalité et de protection des libertés individuelles, l’état civil et démocratique consacré par la Constitution du 27 Janvier 2014.
Les associations signataires :
1. La Ligue tunisienne des droits de l’homme
2. L’Association Tunisienne des Femmes Démocrates
3. Association des Femmes Tunisiennes pour la Recherche sur le Développement
4. Association Tunisienne de défense des libertés individuelles (ADLI)
5. L’Association Beyti
6. L’initiative Mawjoudin pour l’égalité We Exist
7. La Ligue des Électrices Tunisiennes
8. Le Groupe Tawhida Ben Cheikh-Pour la Recherche & Action en santé des femmes
9. L’Association Shams
10. L’Association Tunisienne pour la Justice et Légalité DAMJ
11. L’Association CHOUF MINORITIES
12. L’Association pour la Promotion du Droit à la Différence ADD
13. La Ligue des Électrices Tunisiennes LET
14. L’Association Tunisienne de Lutte contre les MST et le SIDA ATL
15. L’Association Waai
16. Le réseau national des éducateur pairs Y-PEER Tunisie
17. L’Association CALAM
18. L’association Free Sight Association
19. ALSEJINE 52
20. L’Organisation Tunisienne de justice sociale et solidarité OTJUSS
21. L’Association Tunisienne de Prévention Positive+ ATP+
22. Le Réseau Doustouna
23. L’Association Horra
24. La Coalition pour Les Femmes de Tunisie
25. L’Association Fanni Roughman Anni
26. L’Association Mnemty
27. L’Association Touensa
28. L’Association L’ArtRue
29. L’Association Kelmty
30. Réseau EuroMed Droits
31. Avocats Sans Frontières (ASF)