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Irlande : Perte d’influence de l’Eglise catholique

Référendum sur l’avortement en Irlande : ce que signifie le vote historique en faveur du "oui"

samedi 26 mai 2018, par siawi3

Source : https://www.francetvinfo.fr/societe/ivg/referendum-sur-lavortement-en-irlande-ce-que-signifie-le-vote-historique-en-faveur-du-oui_2771041.html

Référendum sur l’avortement en Irlande : ce que signifie le vote historique en faveur du "oui"

Pays à forte tradition catholique, l’Irlande a approuvé largement, par référendum, la libéralisation de l’avortement, qui était jusque-là interdit par le 8e amendement de la Constitution.
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Photo : Trois électrices irlandaises quittent un bureau de vote au sud de Dublin, le 25 mai 2018. (PAUL FAITH / AFP)

Anne Brigaudeau
France Télévisions

Mis à jour le 26/05/2018 | 13:28
publié le 26/05/2018 | 12:23

Le scrutin marque un tournant dans l’histoire récente de la République d’Irlande. Par plus des deux tiers des voix, les Irlandaises et les Irlandais ont dit "oui", vendredi 25 mai, à la libéralisation de l’avortement , selon les sondages sortis des urnes.

Par référendum, les électeurs devaient se prononcer pour ou contre l’abrogation du 8e amendement de la Constitution irlandaise. Introduit en 1983, ce texte interdisait l’avortement au nom du droit à la vie de "l’enfant à naître (...) égal à celui de la mère". Que change la victoire du "oui" au référendum ?

Il ouvre la voie à la pratique de l’IVG en Irlande

Extrêmement restrictive, la loi irlandaise interdisait jusqu’à présent l’avortement, même en cas de viol, d’inceste, ou de malformation du fœtus. La peine encourue s’élevait à quatorze ans de prison, plus une amende. Les députés avaient toutefois introduit une exception à la suite du décès d’une jeune femme à qui les médecins avaient refusé l’IVG (interruption volontaire de grossesse) malgré une grossesse à problèmes,. En 2013, ils avaient autorisé l’avortement en cas de risque mortel pour la mère (y compris de suicide). Sous cette disposition, 26 avortements ont été pratiqués en Irlande en 2014, 26 en 2015, et 25 en 2016.

Un chiffre minime au regard de la population du pays (5 millions d’habitants) et des besoins. Le treizième amendement à la constitution irlandaise garantissait d’ailleurs, de manière assez hypocrite, la "liberté de voyager dans un autre État" pour procéder à une IVG. Désormais, si les structures hospitalières et les médecins suivent, possibilité sera donc donnée aux Irlandaises d’avorter dans leur pays, et non plus en Grande-Bretagne, comme elles le faisaient massivement.

Selon les statistiques du ministère britannique de la Santé, plus de 168 000 avortements ont été pratiqués sur des femmes déclarant une adresse irlandaise dans les hôpitaux d’Angleterre et du pays de Galles entre 1980 et 2016, soit environ 13 par jour. Selon Le Monde, "5 000 Irlandaises" étaient contraintes " chaque année, pour avorter, de se rendre au Royaume-Uni à leurs frais, ou de commander sur internet des pilules abortives, à leurs risques et périls".

Il permet l’élaboration et le dépôt d’un projet de loi à l’Assemblée

Dans la foulée du référendum, le gouvernement doit élaborer un nouveau projet de loi. S’il est voté par le Parlement, ce texte devrait autoriser librement l’avortement pendant les douze premières semaines de grossesse, et jusqu’à 24 semaines pour raisons de santé.

Toutefois, "la guerre n’est pas encore gagnée", explique sur Twitter cette Française qui vit en Irlande.

Les députés, rappelle-t-elle, pourront voter "en leur âme et conscience" et ne seront pas contraints de suivre les consignes de leur parti. Mais, vu les résultats sans ambiguïté du référendum, les parlementaires devraient plutôt respecter les vœux des électeurs.

Il est le signe d’une perte d’influence de l’Eglise catholique

La victoire du "oui" et l’autorisation de l’IVG qui va en découler rendent plus visible encore le déclin de l’influence de l’Église catholique, déjà perceptible à travers de multiples signes. Le 22 mai 2015, les Irlandais s’étaient ainsi prononcés à plus de 60% en faveur de la légalisation du mariage homosexuel (alors qu’il n’est pas autorisé par l’Eglise). L’Irlande était ainsi devenu le 19e pays, le 14e en Europe, à légaliser le mariage entre couples de même sexe. Symbole fort : il était le seul à l’avoir fait par référendum, les autres ayant opté pour la voie parlementaire.

Le ministre de la Santé de l’époque, Leo Varadkar, s’en était réjoui. Aujourd’hui Premier ministre, il a fait campagne pour le "Yes" à la légalisation de l’IVG. Sur Twitter, il a ainsi salué la victoire du "oui" : "merci à tous ceux qui ont voté aujourd’hui. La démocratie en action. Il semble que nous allons faire l’histoire demain".

Dans un tweet précédent, il avait aussi rappelé qu’en 1995, la loi sur le divorce était passée avec moins de 10 000 voix d’avance. Depuis, l’Irlande a été profondément secouée par des scandales de pédophilie dans l’Eglise catholique révélés au cours des années 2000. En mai 2009, après neuf ans d’enquête, un rapport signé du juge Ryan avaient révélé que sur 35 000 enfants placés dans des écoles catholiques, dans des maisons de correction ou des institutions pour handicapés, plus de 2 000 déclaraient avoir subi des abus physiques ou sexuels, notamment de la part de prêtres. Six mois plus tard, en novembre 2009, le rapport du juge Murphy accusait quatre archevêques successifs de Dublin d’avoir caché, couvert et étouffé des abus sexuels entre 1975 et 2005.

Aussi l’Eglise catholique est-elle devenue de plus en plus inaudible, en particulier auprès des jeunes générations. Selon Diarmaid Ferriter, professeur d’histoire irlandaise à l’University College Dublin, les mentalités ont changé en profondeur depuis l’instauration du huitième amendement en 1983. "A l’époque, a-t-il déclaré à l’AFP, le débat était dominé par des voix plus âgées, masculines, et l’Église se trouvait manifestement dans une position beaucoup plus puissante qu’aujourd’hui".

Il exprime une fracture générationnelle

Plébiscité à près de 70% des voix, selon les enquêtes, le "oui" révèle surtout une véritable fracture générationnelle. Alors que la légalisation de l’IVG est plébiscitée à 87% chez les 18-24 ans et à 83% chez les 25-34 ans, selon une enquête Ipsos/MRBI pour le journal Irish Times, les Irlandais de plus de 65 ans ont voté majoritairement contre, à 60%.

C’est à peu près la seule ligne de démarcation dans la société irlandaise. Sinon, le "oui" s’avère quasiment aussi largement majoritaire chez les femmes (70%) que chez les hommes (65%). Enfin, la cassure est bien moins nette qu’attendu entre les centres urbains (favorables à l’avortement à 71%, voire 77% à Dublin) et les zones rurales (60%) traditionnellement plus conservatrices.

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Source : https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/05/26/irlande-leo-varadkar-un-anti-ivg-retourne-en-ecoutant-les-femmes_5305050_3214.html#KzlRYIMcQT2h4JXV.99

Irlande : Leo Varadkar, un anti-IVG retourné « en écoutant les femmes »

Le premier ministre a attendu fin janvier pour se lancer dans la campagne du « oui ». Vendredi, les Irlandais ont dit « oui » à la légalisation de l’IVG.

LE MONDE | 26.05.2018 à 11h06 • Mis à jour le 26.05.2018 à 13h37

Par Philippe Bernard (Londres, correspondant)

image : https://img.lemde.fr/2018/04/30/0/0/3500/2348/534/0/60/0/59297a7_LON101_BRITAIN-EU-IREALND_0430_11.JPG
Leo Varadkar, le 30 avril à Dundalk. CLODAGH KILCOYNE / REUTERS

Pari risqué, pari gagné. En osant poser aux électeurs irlandais la plus controversée des questions et affronter le tabou suprême de ce pays historiquement catholique, le premier ministre Leo Varadkar, 39 ans, a aussi bousculé les convictions qu’il a lui-même longtemps affichées. Fer de lance des prochoix et de la campagne – victorieuse vendredi 25 mai – pour abroger le 8e amendement de la Constitution, qui prohibe l’avortement, le chef du parti de centre droit Fine Gael s’est longtemps présenté comme un opposant à la libéralisation du droit à l’IVG. C’est « en écoutant les femmes qui [l]’entourent, [s] es sœurs et [s] a mère, en écoutant [s] es amis et [s] es collègues de parti » qu’il dit avoir changé d’avis.

Lire aussi : L’Irlande rompt catégoriquement avec des siècles de prohibition de l’avortement

Lorsqu’il est nommé à la tête du gouvernement, en juin 2017, ce jeune ministre ambitieux, fils d’immigré indien et ouvertement homosexuel, médecin de formation, ultralibéral en économie et pro-européen, n’apparaît nullement comme le fer de lance d’une réforme en la matière. « Je ne suis pas pratiquant mais je souscris largement à la doctrine sociale de l’Eglise. Je ne suis pas favorable à l’avortement », a déclaré en 2010 dans le quotidien Irish Independent celui qui n’est encore que député. Non seulement M. Varadkar se dit alors opposé à l’avortement en cas de viol – car « ce n’est pas la faute de l’enfant s’il est l’enfant du viol » –, mais il justifie l’hypocrisie de la Constitution qui permet d’aller avorter à l’étranger.

« Le 8e amendement est trop restrictif »

C’est une fois devenu ministre de la santé qu’il commence, en 2015, à professer une opinion moins tranchée. « Mon expérience de médecin et de ministre de la santé m’amène à la conclusion que le 8e amendement est trop restrictif, car il ne prend pas en compte la santé de la mère à long terme », déclare-t-il devant le Parlement. Récemment, Leo Varadkar a confié que deux cas, dont il avait eu à connaître en tant que ministre, l’avaient fait changer d’avis : celui d’une femme cliniquement morte maintenue artificiellement en vie pour la faire accoucher, et celui d’une demandeuse d’asile refoulée du Royaume-Uni, où elle allait avorter.

Nommé premier ministre en juin 2017, il doute encore que le pays soit prêt pour cette réforme. Ce n’est qu’à la fin janvier 2018 qu’il sort définitivement de son ambiguïté en se lançant dans la campagne du oui. « Il est juste de dire que mon opinion a évolué, reconnaît-il alors. Même les gens qui sont favorables à l’avortement dans certaines circonstances sont “provie”. Je continue de croire en la vie, mais je comprends que dans certaines circonstances, une grossesse ne peut pas continuer. » A l’époque, un sondage donne 56 % d’opinions favorables à la libéralisation.