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Quoi de neuf ? Le diable !

lundi 28 mai 2018, par siawi3

Source : http://www.revuedesdeuxmondes.fr/quoi-de-neuf-diable/

Quoi de neuf ? Le diable !

par Valérie Toranian

25 mai 2018

Dans une époque où les croyances prospèrent, comment s’étonner que le diable et ses légions reprennent du poil de la bête ? « La question de l’existence du diable agite l’Église catholique », titrait un grand quotidien du matin, en juin 2017, rapporte Robert Kopp dans un article où il décrit « les milles visages du diable » : « pour le supérieur général des jésuites, le père vénézuélien Arturo Sosa, Satan n’est qu’un symbole. Une ligne, toutefois, qu’un autre jésuite, le pape François, ne semble pas partager ».

« La plus grande ruse du diable, c’est de nous faire croire qu’il n’existe pas, disait Baudelaire. »

D’où vient le bien ?, interroge Rémi Brague, pour qui il n’y a pas de retour du religieux (puisqu’il n’a jamais quitté la scène), mais un « retour sur soi des intellectuels, qui comprennent enfin […] qu’ils se sont trompés sur toute la ligne ». Citant le fameux dilemme attribué à Épicure, « si Dieu existe et puisqu’il y a le mal, ou bien il n’est pas tout-puissant, ou bien il est mauvais », le philosophe nous rappelle que « c’est parce qu’il y a du bien que le mal apparaît » et que le bien ne va pas de soi.

Figure du mal absolu, Hitler. Eryck de Rubercy rappelle que dès 1933, il est décrit « comme subissant un envoûtement satanique, comme une sorte de possédé sinon de maniaque, [ayant] réussi à communiquer à de grandes masses d’hommes la même passion démoniaque, et cela “par une espèce de contagion ou plutôt d’induction spirituelle” ».

La plus grande ruse du diable, c’est de nous faire croire qu’il n’existe pas, disait Baudelaire. L’antisémitisme, tabou depuis la Shoah, resurgit comme un retour démoniaque du refoulé. En avril 2017, Kobili Traoré bat à mort Sarah Halimi, retraitée juive de son immeuble, en la traitant de sheitan (« diable » en arabe). « Vade retro satanas », répond le père Hamel avant de s’effondrer devant l’autel face au jeune qui le poignardait aux cris de « Allahou Akbar » dans son église de Saint-Étienne-du-Rouvray en juillet 2016.

« C’est Ronald Reagan qui, le premier, a eu recours à un concept moralisant en géopolitique, en qualifiant l’Union soviétique d’ “empire du mal” en 1983. »

L’antisémitisme d’extrême droite, décomplexé, revient en force dans certains pays d’Europe de l’Est comme la Pologne ou la Hongrie. Est-il toujours à l’œuvre en France ?, a demandé Sébastien Lapaque à Bernard-Henri Lévy, qui l’avait dénoncé dans l’Idéologie française en 1981. « Dans la zone grise des idéologies, […] rien ne peut être lumineux », dit aujourd’hui le philosophe. À propos de l’antisémitisme d’origine arabo-musulmane, il constate qu’il y a dans le monde deux islams et « une lutte à mort entre les deux. » « Ou bien on croit à cet islam des Lumières, ou bien on se résigne aux guerres civiles généralisées, à la destruction et à la mort. »

Renaud Girard rappelle que c’est Ronald Reagan qui, le premier, a eu recours à un concept moralisant en géopolitique, en qualifiant l’Union soviétique d’« empire du mal » en 1983. « Pour les néoconservateurs, l’Amérique a reçu de Dieu la mission de combattre le mal sur terre. La paix est moins importante que la propagation des idées américaines de démocratie et de justice, forcément bénies par l’Être suprême. »

« En 2018, l’Église catholique continue de considérer la présence effective du démon sur terre avec le plus grand sérieux. »

Georges Bernanos fut le « romancier du nihilisme et de la grâce », écrit Frédéric Boyer. Pour l’auteur de Sous le soleil de Satan, « chacun de nous est tour à tour, de quelque manière, un criminel ou un saint ». Chez lui, « le bien n’est jamais ce qu’il paraît être. Ni le mal, d’ailleurs. L’adversaire est précisément celui qui a l’intelligence des illusions ou des apparences du bien ».

En 2018, l’Église catholique continue de considérer la présence effective du démon sur terre avec le plus grand sérieux. Frère Ange Rodriguez a longuement fréquenté le diable. Aujourd’hui à la retraite, le prêtre évoque ses années d’exorciste : « En dix ans de service, j’ai reçu des hommes, des femmes, des enfants, des vieux, des baptisés, des non-baptisés, des juifs, des musulmans, des bouddhistes… Cinq mille personnes sont venues me voir. En 2003, nous étions trente exorcistes en France, aujourd’hui, il y a un, deux voire trois exorcistes par diocèse. » Avec quatre-vingt-treize diocèses dans le pays, leur nombre dépasserait donc désormais les deux cents…