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France : Nouveau "Vade-mecum" sur la laïcité à l’école

vendredi 1er juin 2018, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/politique/vade-mecum-sur-la-laicite-l-ecole-jean-michel-blanquer-plus-net-que-najat-belkacem?_ope=eyJndWlkIjoiZWU1YTU1MWQyNmQzMmYxMmE0MzMyZDY4NmJjYmFiMmUifQ==

"Vade-mecum" sur la laïcité à l’école : Jean-Michel Blanquer plus net que Najat Belkacem

Par Hadrien Mathoux

Publié le 01/06/2018 à 10:00

Le ministère de l’Education nationale a distribué dans toutes les écoles de France un document de 83 pages, destiné à aider les enseignants et chefs d’établissement à traiter des problèmes de laïcité sur le terrain. Comparé au livret mis en circulation par Najat Belkacem en 2016, le document adopte une ligne plus directe.

Depuis son entrée en fonction rue de Grenelle, Jean-Michel Blanquer a acquis le surnom de "Ctrl+Z" : une référence au raccourci de clavier pour la fonction "effacer", qui fait écho à la tendance du nouveau ministre de l’Education nationale à défaire méthodiquement ce que sa prédécesseure, Najat Belkacem, avait entrepris. En ce qui concerne la laïcité, le chouchou des sondages l’a plutôt joué "Ctrl+V" - "coller" -, en complétant le travail de la socialiste.

Le ministère a envoyé ce mercredi 30 mai dans tous les établissements scolaires de France un "vade-mecum de la laïcité". Préparé par les services administratifs mais supervisé et enrichi par le fameux Conseil des sages de la laïcité avant validation par Jean-Michel Blanquer, ce document de 83 pages se présente comme un guide pratique à l’usage des enseignants et des chefs d’établissements, afin de les aider à fournir la réponse adaptée aux atteintes à la laïcité constatées sur le terrain. Un document très similaire avait pourtant récemment été mis en circulation dans les écoles : il s’agissait du "livret laïcité", distribué en décembre 2016 à l’époque où Najat Belkacem

Pourquoi ce nouveau texte ? "C’est une version plus développée, plus pratique et aussi peut-être plus… volontariste", répond Jean-Michel Blanquer à L’Express. Marianne, qui s’est procuré le vade-mecum, l’a comparé dans le détail au livret de 2016. Et si, sur le fond, la vision de la laïcité développée par les deux documents est la même, la notice réalisée sous l’égide de Jean-Michel Blanquer témoigne d’une inflexion plutôt offensive en défense de la laïcité à l’école.

Des exemples plus concrets

Le livret comme le vade-mecum opèrent en préambule un rappel des grands principes républicains. Evidemment, les valeurs et les lois invoquées par les deux documents sont les mêmes. "La laïcité de l’École offre aux élèves les conditions pour forger leur personnalité, exercer leur libre arbitre et faire l’apprentissage de la citoyenneté. Elle les protège de tout prosélytisme et de toute pression qui les empêcheraient de faire leurs propres choix", énonçait le livret. Le vade-mecum, qui invoque également la loi de 1905 mais aussi la loi de 2004 sur l’interdiction du port de signes religieux ostensibles à l’école, est plus ferme dans le choix des mots, tout au long du document. "La laïcité interdit à quiconque de se prévaloir de ses croyances religieuses pour s’affranchir des règles communes régissant les relations entre collectivités publiques et particuliers. La loi démocratique prime sur les lois religieuses", insiste le texte, qui rappelle très vite que le "non-respect" des "lois, comme les décrets et les circulaires ministérielles (...) expose l’élève à des sanctions". Le livret de 2016 préférait rappeler que "la laïcité implique le rejet de toutes les violences et de toutes les discriminations, garantit l’égalité entre les filles et les garçons et repose sur une culture du respect et de la compréhension de l’autre".

Ce contraste est une constante. Le livret édité sous Najat Belkacem est un texte beaucoup plus concis, qui édicte des principes et livre une vision de la laïcité qui insiste en permanence sur le nécessaire "dialogue" : on retrouve ce mot 36 fois dans un document qui compte 32 pages (contre 35 sur les 83 pages du vade-mecum). A contrario, le vade-mecum est un guide précis, voire chirurgical, qui passe en revue sous forme de fiches pratiques toutes les situations problématiques susceptibles d’être rencontrées par les personnels de l’Education nationale. A chaque fois, les cas évoqués font l’objet d’un rapide résumé, le cadre juridique est détaillé, des exemples concrets sont donnés et le document n’hésite pas à fournir l’éventail des sanctions à la disposition des enseignants et chefs d’établissement. Par exemple, en ce qui concerne le port des signes religieux ostentatoires, les deux textes égrènent la liste des vêtements et bijoux interdits : la kippa, le foulard islamique, ou encore une croix chrétienne de taille trop importante. Mais le vade-mecum va plus loin et conseille "d’appeler l’attention des équipes éducatives et pédagogiques sur quelques points de vigilance", comme "l’entrée de l’établissement qui constitue pour les élèves le seuil entre l’espace social et l’espace scolaire" ou encore "les comportements d’élèves visant à tester l’application des règles de l’école, les comportements de militantisme ou de prosélytisme de personnels eux-mêmes". En conséquence, le vade-mecum est considérablement plus long que le livret laïcité.

Blanquer plus pédago que Belkacem

Le fascicule validé par Jean-Michel Blanquer n’hésite pas à mettre des mots sur les atteintes à la laïcité, et à donner des exemples précis. Plutôt que se borner à traiter une "remise en cause de l’enseignement générique", le vade-mecum énumère : "L’histoire des génocides, l’histoire des religions, l’origine de la vie, la théorie de l’évolution, l’éducation à la sexualité, l’égalité filles-garçons, l’enseignement du fait religieux en histoire des arts, l’éducation musicale, les arts plastiques, le système solaire en sciences de la vie et de la Terre, etc". Pour ce qui est de l’histoire, des notions précises pouvant poser problème comme "l’étude des génocides, la décolonisation, les traites négrières, le conflit israélo-palestinien" sont nommées sans fausse pudeur.

Trois autres cas épineux, et non évoqués par le livret distribué en 2016, sont encore abordés. L’éducation sexuelle fait l’objet d’un encadré spécifique, qui met en avant la nécessité de "conjuguer l’attention aux différences avec la référence aux lois en vigueur dans notre pays et aux valeurs humanistes et laïques". Plutôt dans une volonté d’apaisement, le vade-mecum préconise ici à l’enseignant de prendre du recul, "même si l’élève se présente à lui dans un esprit de revendication identitaire, fréquent dans la période d’adolescence et dans un vécu parfois écartelé entre deux cultures différentes." Autre exemple très concret : le cas où un agent du service public refuse de serrer la main d’un collègue ou d’un usager. "Contraire aux usages et aux textes applicables, cette pratique mérite d’être relevée", souligne le guide, qui énumère clairement les bases juridiques pouvant être opposées à un tel comportement. "Nul ne peut se prévaloir de sa religion ou de ses convictions pour porter atteinte à l’égalité entre les femmes et les hommes (...). Par ailleurs, le refus d’être placé sous l’autorité hiérarchique d’une personne de l’autre sexe constitue un refus d’obéissance caractérisée." Plutôt clair.

Enfin, le vade-mec aborde frontalement, et là encore de manière affirmée, le cas de "l’absentéisme sélectif pour des raisons religieuses", notamment en cours de sport, qui "ne saurait être accepté". Le texte préparé par l’Education nationale n’hésite pas à évoquer les "certificats médicaux - qui pourraient apparaître de complaisance", et souligne que ces derniers "peuvent être soumis au contrôle du médecin scolaire académique". "La présentation d’un certificat médical attestant l’inaptitude physique d’un élève n’entraîne pas nécessairement une autorisation d’absence aux cours d’EPS. Si les renseignements fournis par le médecin se révèlent insuffisants pour définir les adaptations nécessaires, l’enseignant peut demander des précisions nécessaires au médecin scolaire." Il est donc explicitement signifié qu’il est possible, en cas de doute, de demander l’avis à un deuxième médecin pour justifier d’une absence en cours de sport. Le livret laïcité de 2016, quant à lui, ne faisait pas mention de cette problématique.