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France : « Un puissant réseau s’emploie à faire de Tariq Ramadan un martyr »

mercredi 6 juin 2018, par siawi3

Source : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2018/06/05/01016-20180605ARTFIG00216-henda-ayari-un-puissant-reseau-s-emploie-a-faire-de-tariq-ramadan-un-martyr.php

Henda Ayari : « Un puissant réseau s’emploie à faire de Tariq Ramadan un martyr »

Par Stéphane Kovacs

Figaro, Mis à jour le 05/06/2018 à 18h43 | Publié le 05/06/2018 à 16h23

EXCLUSIF - La jeune femme doit être bientôt confrontée à son agresseur
présumé. Dans un livre, Plus jamais voilée, plus jamais violée, elle dénonce
l’utilisation du voile comme « instrument de conquête politique ». Entretien.

Alors que Tariq Ramadan, mis en examen pour viol et présumé innocent, est entendu par les juges mardi, Henda Ayari, sa première accusatrice, publie : Plus jamais voilée, plus jamais violée (Éditions de l’Observatoire, juin 2018). L'ex-salafiste, présidente de l'association Libératrices, aide d’autres femmes victimes de mariages forcés ou de voile imposé.

LE FIGARO. - Pourquoi ce titre ?

Henda AYARI. - C’est ce que m’a lancé mon agresseur : « Tu n’as que ce que tu mérites : tu ne portes pas le voile, tu as provoqué mon désir. » Je m’en suis beaucoup voulu. Il faut dire aussi que quand j’avais 9 ans, un cousin avait
tenté de me violer et la première réaction de ma mère avait été de me traiter de pute. C’est à partir de là que j’ai commencé à culpabiliser… C’est peut-être aussi pour cela qu’à 20 ans j’ai décidé de porter le voile ! C’était une manière de me protéger du viol, inconsciemment… Ce livre parle de moi, mais aussi de femmes à qui on impose le voile, à qui on impose des viols. Le message que je veux leur envoyer, c’est qu’elles n’ont pas à porter le voile pour être respectées.

Moi, j’ai eu ce sentiment de honte jusqu’à ce 20 octobre 2017, où j’ai décidé de « balancer mon porc ».

C’est pour cela que vous avez attendu cinq ans avant d’accuser Tariq Ramadan ?

Deux ans auparavant, déjà, j’avais contacté un avocat. Mais je ne me sentais pas encore prête à porter plainte. J’avais peur qu’on ne me croie pas. Ce jour-là, c’est venu comme une pulsion. Je me suis dit, lors de ce grand mouvement de libération de la parole des femmes, « C’est le moment où
jamais ». Je l’ai fait pour me réparer, mais aussi pour montrer aux autres
femmes qu’il fallait briser la loi du silence. D’ailleurs rapidement, je me suis
sentie moins seule : j’ai reçu une dizaine de messages de femmes se présentant comme victimes de Tariq Ramadan.

Vous n’avez pas revu votre agresseur présumé depuis 2012. Appréhendez-vous la confrontation prévue bientôt ?

Une rumeur laisse entendre que j’aurais refusé la confrontation : c’est faux. Quand les enquêteurs m’ont appelée lors de sa garde à vue, ils m’ont dit qu’il fallait que je sois là dans l’après-midi. Or j’habite à Rouen et j’ai des enfants ! Aujourd’hui, je suis prête ; j’en ai besoin, même. Depuis le début, on parle de complot, on dit que je suis payée par des organisations sionistes ! Il y a également eu une fausse attestation d’un homme qui dit que je l’ai harcelé
sexuellement. J’ai aussi reçu de nombreuses insultes… Je ne pensais pas que ce serait aussi violent !

Sur les réseaux sociaux circulent des messages à caractère sexuel que vous auriez envoyés à Tariq Ramadan après le viol présumé. En êtes- vous l’auteur ?

Depuis plusieurs années, des gens ont créé de faux profils, avec ma photo, et me font tenir des propos que je n'ai jamais tenus. Mais effectivement, j’ai recontacté Tariq Ramadan après mon viol, en 2013 et 2014, parce que j’avais besoin de comprendre. « Tu as trois enfants. Tu ne voudrais pas qu’il leur arrive malheur, n’est-ce pas ?, m’avait-il lancé après que je l’ai menacé de porter plainte. Tu sais que je ne suis pas seul et que plusieurs personnes savent où te trouver. » Ça m’a fait peur… C’est pour protéger mes enfants que je lui ai envoyé des messages apaisés et même flatteurs.

Tariq Ramadan bénéficie d’un comité de soutien, d’une cagnotte. Et vous, des associations vous aident-elles ?

Il bénéficie d’un puissant réseau qui s’emploie à le faire passer pour un
martyr. Plus de 200.000 euros ont été récoltés. Une société paie des trolls
pour harceler les plaignantes sur les réseaux sociaux. Au départ, je pensais que j’allais être soutenue par des associations féministes et des personnalités. Mais ça a pris du temps… Heureusement, je reçois des
centaines de messages bienveillants d’anonymes ! Depuis quelques semaines, j’ai reçu le soutien d’associations comme les Femen, le Printemps républicain ou la Licra, de politiques comme Marlène Schiappa, Valérie Pécresse ou Laurent Wauquiez.

Le voile est devenu un objet éminemment politique, écrivez-vous.

Celles qui le portent ne le font pas uniquement pour des motifs
religieux…Je le sais, je l’ai porté moi-même. L’arborer, c’est aussi une façon de dire à la France qu’on l’emm… Aujourd’hui, les Frères musulmans utilisent l’islam à des fins politiques, et le voile est leur principal étendard. Dans les pays où ils ont pris le pouvoir, ils ont toujours commencé par faire du prosélytisme pour propager le voile un peu partout dans les administrations. Je ne mène aucun combat contre les femmes qui le portent. Mais contre ces femmes qui savent pertinemment qu’elles vont déclencher des polémiques en arborant un voile politique. C’est une manipulation qui arrange les Frères musulmans qui veulent faire passer les Français pour des islamophobes.

Aujourd’hui, à chaque fois qu’on ose émettre une critique à l’égard de l’islam ou du comportement de certains musulmans, on est traité d’islamophobe : une manière de nous faire taire ! Il y a de véritables réussites de musulmans, de musulmanes, et on ne les met pas assez en valeur. Il faut le faire ! Parce que cela montre que la France n’est pas un pays raciste et que les musulmans n’ont pas besoin d’organisations islamistes pour les représenter.