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Après les émeutes racistes de Chemnitz, l’Allemagne inquiète

vendredi 31 août 2018, par siawi3

Source : http://www.liberation.fr/planete/2018/08/28/apres-les-emeutes-racistes-de-chemnitz-l-allemagne-inquiete_1675005

Vu d’Allemagne
Après les émeutes racistes de Chemnitz, l’Allemagne inquiète

Par Johanna Luyssen,
correspondante à Berlin

28 août 2018 à 18:54

Manifestations d’extrême droite, lundi 27 août, à Chemnitz, dans la Saxe. Photo Odd Andersen. AFP

Les autorités, Angela Merkel en tête, et les médias mettent en avant les faiblesses de l’Etat de droit et pointent les limites des forces de l’ordre face aux milliers de militants d’extrême droite.

Après les émeutes racistes de Chemnitz, l’Allemagne inquiète

Des saluts hitlériens, des scansions racistes, des violences et une police débordée face à environ 6 000 manifestants d’extrême droite. « Quiconque pense que la démocratie n’est pas en danger devrait regarder des vidéos de Chemnitz. » Cet éditorial du quotidien souabe Schwäbische Zeitung résume le sentiment général en Allemagne. Sidéré, le pays a vu cette ville de Saxe s’embraser deux soirs consécutifs, dimanche et lundi, après la mort d’un homme dans la nuit de samedi à dimanche, qui a suivi une « altercation ». Deux suspects, un Syrien et un Irakien, ont été arrêtés.

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Dimanche soir, à la suite de ce fait divers, un agglomérat de militants de l’AfD (extrême droite), du mouvement islamophobe Pegida et de hooligans du club de football ultra Kaotic Chemnitz ont défilé dans la rue sur l’air de « Nous sommes le peuple » ou « Les étrangers dehors ». Ce premier soir, ils étaient environ 800. Sur des vidéos, on voit des skinheads qui pourchassent dans la rue des personnes ayant l’air « étranger » ; c’est-à-dire non blanches.

Lundi soir, le nombre de « manifestants » a grossi : au moins 6 000 personnes, selon le dernier bilan de la police, ont défilé dans la rue, face à un millier de contre-manifestants. Des individus ont été vus en train de faire le salut hitlérien, interdit en Allemagne : dix procédures préliminaires ont été engagées. Toujours selon la police, on dénombre 20 blessés, dont deux policiers. Les forces de l’ordre ont reconnu dans la soirée avoir cruellement manqué d’effectifs. Ils étaient 591.
« Guerre civile »

« Le degré de haine, d’agressivité et de mépris a choqué même l’observateur chevronné de Pegida », commentait mardi matin le correspondant dans la Saxe du quotidien de gauche Die Tageszeitung, parlant de « guerre civile ». « Lorsque des foules excitées d’extrême droite créent de l’agitation au cœur de l’Allemagne et que l’Etat de droit est dépassé par les événements, cela rappelle un peu la situation de la République de Weimar », écrit pour sa part Der Spiegel.

Ce tweet de la Communauté turque en Allemagne témoigne également de l’inquiétude générale : « Un pays où des pogroms sont qualifiés de manifestations, où les groupes de droite et de gauche sont mis sur le même plan, où le racisme est qualifié de tournant conservateur, a alors tout perdu. »

Angela Merkel a condamné sans ambiguïtés ces violences : « Nous avons vu des chasses collectives, nous avons vu de la haine dans la rue, et cela n’a rien à voir avec un Etat de droit », a-t-elle déclaré ce mardi. Mais son meilleur ennemi, le ministre de l’Intérieur CSU Horst Seehofer, a été plus lent à réagir. Mardi midi, enfin, il a livré un commentaire : la police saxonne « est dans une situation difficile », observe-t-il. Avant d’offrir, au nom du gouvernement fédéral, son aide à la police de ce Land et d’affirmer qu’il ne doit « y avoir aucune place pour cela dans notre Etat de droit ».

A gauche, beaucoup accusent Seehofer, figure de proue d’une politique migratoire très durement antiréfugiés, d’avoir soufflé sur les braises. « La foule raciste de Chemnitz n’est pas tombée du ciel », a commenté la porte-parole du parti de gauche Die Linke au Bundestag, Ulla Jelpke, dans les colonnes du journal Die Zeit. « Seehofer et Cie, avec leurs élans antiréfugiés, ont clairement leur part de responsabilité dans cet échauffement du climat social. »

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Selon Buzzfeed, de nouveaux appels à manifester ont été lancés pour ce jeudi, toujours à Chemnitz.