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Eglise et féministes, même logique

lundi 3 septembre 2018, par siawi3

Source : https://www.causeur.fr/eglise-feminisme-pape-psychiatre-coffin-154109

Eglise et féministes, même logique

La rigueur intellectuelle n’est pas un gadget

par
Aurélien Marq

31 août 2018

Le combat de ceux qui ont dénoncé avec humour les propos du pape, par le hashtag #nipapenipsychiatre, repose, chez certains, sur des principes douteux, proches de ceux qui justifient l’omerta au sein de l’Eglise.

Après les propos du pape semblant très maladroitement associer homosexualité et psychiatrie, la journaliste et militante LGBT, Alice Coffin, a choisi de répondre par un hashtag plein d’humour, #nipapenipsychiatre, suscitant de nombreux tweets souvent émouvants, régulièrement drôles, et même courageux.

Chacun ses références, pour ma part j’y ajoute volontiers par la pensée des images de l’enfance d’Alexandre le Grand, Sappho, Socrate, et de quelqu’un qui, bien avant François, fut Pontife de Rome, un certain… César !

Touche pas à ma paroisse

Mais à côté de cette belle initiative, Alice Coffin a aussi réagi de manière particulièrement problématique aux accusations portées contre Asia Argento, affirmant : « En tant que militante féministe, j’ai pour ligne de ne jamais critiquer publiquement une autre femme. »

Reconnaissons-lui le mérite d’être consciente des limites d’une telle position, qui relève plus d’un choix stratégique que d’une posture de principe. Et pourtant.

Comment ne pas voir là un écho des écrits odieux de Houria Bouteldja, qui valorise l’attitude d’une femme noire refusant de dénoncer son violeur également noir, parce qu’elle « ne pourrait pas supporter de voir un autre homme noir en prison » ?

Comment ne pas y voir aussi un écho de ce qui est justement reproché à de trop nombreux prélats, qui ont choisi de taire les crimes abominables dont ils avaient connaissance, non pas par complaisance envers les coupables, mais pour protéger l’Église ?

Une vision particulière de l’intérêt général

Tout comme les féministes qui estiment que l’on peut bafouer la justice au nom de la cause des femmes, tout comme les « antiracistes » qui estiment que l’on peut bafouer la justice (et les droits les plus élémentaires des femmes) au nom de la cause des « minorités opprimées », ces prélats ont estimé pouvoir bafouer la justice au nom de l’Église, affaiblie, attaquée de toutes parts, et à leurs yeux plus importante que tout. On connaît le résultat.

Bien sûr, il est parfois impossible de servir efficacement une cause, même parfaitement juste et nécessaire, en jouant en permanence au chevalier blanc.

Mais prenons garde. Même si un groupe, une institution ou une idée méritent d’être défendus, les défendre au mépris de la vérité est au minimum dangereux et le plus souvent contre-productif.

N’oublions pas l’essence même de ce qui fonde notre société : la recherche commune de l’intérêt général, qui n’est absolument pas la même chose que la seule tentative d’équilibrer les intérêts particuliers, aussi légitimes fussent-ils.

Je me réjouis que « nous » ne serve plus à t’étouffer « toi » ni à me dissoudre « moi ». Mais ce n’est pas pour autant que toi et moi devons accepter que « toi » et « moi » rendent impossible que « toi et moi » soyons ensemble au service de « nous ».

La simple volonté de concilier les intérêts des personnes ou des groupes ne peut au mieux qu’apaiser temporairement les tensions, chacun attendant une opportunité pour tout renégocier à son seul avantage. Le communautarisme est dès lors inévitable, les « accommodements raisonnables » sont des lignes de front précaires avant la prochaine lutte d’influence, la surenchère permanente répond à la concurrence victimaire dans une course aux extrêmes, les autres (autres personnes, autres groupes) ne sont plus des concitoyens mais des rivaux, ou éventuellement des alliés temporaires au gré de collusions d’intérêts précaires, ou de haines partagées et autres « convergences des luttes ».

Le nom de la cause

L’intérêt général, en revanche, permet de dépasser ces oppositions et ces jeux malsains entre factions, notamment parce qu’il permet à chacun, et à chaque groupe, de gagner en légitimité aux yeux des autres en œuvrant à quelque chose qui profite à tous.

A long terme, seule la recherche exigeante de l’intérêt général permettra d’éviter la guerre de tous contre tous. Et si difficile que cela puisse être, cela impose parfois de préférer défendre ce qui est juste plutôt que de prendre systématiquement le parti des « siens ».

C’est vrai d’un « privilégié » qui voit les plus pauvres que lui comme des personnes et non de simples ressources, et se préoccupe de justice sociale. C’est vrai d’un militant syndical qui se souvient « qu’il ne suffit pas d’être pauvre pour être honnête ». C’est vrai d’un policier ou d’un gendarme qui refuse de couvrir un ripoux. C’est vrai d’un philosophe de gauche qui « préfère une analyse juste d’Alain de Benoist à une analyse injuste de Minc, BHL ou Attali ». C’est vrai d’une remarquable journaliste noire qui dénonce le racialisme et les assignations identitaires. C’est vrai d’une essayiste ardemment engagée qui prend la peine de nuancer sa critique des propos du pape, en les écoutant en entier plutôt que de se limiter à une petite phrase.

C’est vrai d’un pape qui demande aux évêques de dénoncer les prêtres pédophiles plutôt que de sacrifier des enfants.

Ici comme ailleurs, cela s’appelle la rigueur intellectuelle, l’honnêteté, la droiture. En France, nous avons aussi l’habitude de lui donner un autre très beau nom. Nous appelons cela République.