Subscribe to SIAWI content updates by Email
Accueil > fundamentalism / shrinking secular space > Québec : Violence conjugale : Les femmes immigrantes sont déçues de (...)

Québec : Violence conjugale : Les femmes immigrantes sont déçues de Québec

mardi 4 septembre 2018, par siawi3

Source : https://www.ledevoir.com/societe/535810/plan-d-action-contre-la-violence-conjugale

Violence conjugale : les femmes immigrantes sont déçues de Québec

Photo : iStock Les femmes immigrantes sont pourtant de plus en plus nombreuses dans les maisons d’hébergement.

Lisa-Marie Gervais

1 septembre 2018

Les femmes immigrantes se disent oubliées par le Plan d’action gouvernemental en matière de violence conjugale présenté il y a trois semaines. Aucune subvention n’est spécifiquement accordée pour embaucher des interprètes, ce qu’elles ont pourtant réclamé haut et fort tout l’automne dernier.

« Ce qui avait été demandé, c’était une enveloppe spécifique, mais les montants qui ont été accordés ne font pas du tout mention de [l’interprétariat] alors que c’est fondamental », a déploré Yasmina Chouakri, qui s’occupe du dossier à la Table de concertation des organismes au service des réfugiés et des immigrants (TCRI).

Les femmes immigrantes sont pourtant de plus en plus nombreuses dans les maisons d’hébergement, a-t-elle ajouté. Il existe certes la banque d’interprètes du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, mais elle demeure très onéreuse.

« Ça gruge les budgets des maisons », a dit Mme Chouakri, soulignant au passage que les interprètes ne sont pas toujours formés en violence conjugale. Sans compter que la banque ne suffit pas toujours à la tâche. À l’été 2017, il y avait notamment eu une pénurie de traducteurs de créole au moment de l’arrivée massive de demandeurs d’asile haïtiens.

À l’heure actuelle, les maisons d’hébergement ont les moyens d’offrir une seule heure d’interprétariat par femme allophone par semaine. Il est même arrivé que l’homme qui violentait sa femme lui serve de traducteur, faute d’interprète.

Que fait le MIDI ?

Selon le Plan d’action en matière de violence conjugale 2018-2023, le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) semble aussi avoir un rôle à jouer pour aider les femmes immigrantes.

« C’est écrit qu’il doit s’assurer que les femmes et les filles victimes de violence disposent d’outils adaptés à leur réalité. Mais qu’est-ce que ça veut dire ? On n’en a aucune idée », a déploré Louise Riendeau, coordonnatrice du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale.

Selon elle, il y a « des trous » dans le budget accordé par le gouvernement. Il y aurait pourtant beaucoup à faire pour mieux outiller les organismes d’accueil et d’intégration des immigrants afin qu’ils détectent les problèmes de violence conjugale et qu’ils dirigent les femmes vers les maisons d’hébergement.

« Mais on a l’impression que certains organismes […] travaillent plutôt à essayer de garder les familles unies au lieu d’informer les femmes de leurs droits. On travaille dans deux directions différentes. »

Par ailleurs, Mme Riendeau fait remarquer que le Québec est la province qui compte le moins de places en hébergement pour femmes violentées. Moins que les trois territoires, même. « Au Québec on a été précurseurs, mais c’est comme si on reste assis sur nos lauriers », avance-t-elle.

Elle rappelle que le financement de 600 millions sur cinq ans consacrés au plan a déjà été annoncé en mars. En réalité, il n’y a que 86 millions « d’argent frais » pour de nouvelles mesures.

« On a le sentiment que le gouvernement et les autres partis nous tiennent en dehors du radar. »