Subscribe to SIAWI content updates by Email
Accueil > fundamentalism / shrinking secular space > Canada : Communautarisme et ’appropriation culturelle’

Canada : Communautarisme et ’appropriation culturelle’

samedi 8 septembre 2018, par siawi3

Source : http://www.lefigaro.fr/theatre/2018/09/05/03003-20180905ARTFIG00203-ariane-mnouchkine-et-robert-lepage-le-spectacle-controverse-kanata-aura-bien-lieu.php

Grâce àAriane Mnouchkine, le spectacle controversé Kanata aura bien lieu

Par Armelle Héliot

Mis àjour le 05/09/2018 à18:11 Publié le 05/09/2018 à15:36

Grâce àAriane Mnouchkine, le spectacle controversé Kanata aura bien lieu

La troupe du Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine qui, depuis quatre ans, àla Cartoucherie de Vincennes ou au Québec, travaillait sous la houlette de Robert Lepage. On reprochait àKanata d’exclure les créateurs issus des Premières Nations. Dans la troupe du Soleil, il y a des artistes venus de vingt-six pays différents, mais, effectivement, aucun descendant des premiers habitants du Canada.

LIRE AUSSI - Robert Lepage et le Théâtre du Soleil interdits de création

Ariane Mnouchkine avait spécialement traversé l’Atlantique pour s’entretenir, avec Robert Lepage et trente-cinq personnalités autochtones. Mais cela n’avait pas suffi àcalmer la véhémence des réactions attisées par les réseaux sociaux. La mort dans l’âme, Robert Lepage, attaqué un peu plus tôt pour un autre spectacle, Slav, hommage aux chants des esclaves afro-américains, interprété par la chanteuse Betty Bonifassi. Ce spectacle avait été annulé par la direction du Festival international de jazz de Montréal.

Au cÅ“ur de ces polémiques, ce que l’on désigne comme « appropriation culturelle » et qui plaide que seules les personnes concernées dans leur sang, auraient le droit d’évoquer tel ou tel problème, tel ou tel peuple. Seuls les Amérindiens pourraient, selon ce concept, parler de leurs ancêtres et de leur destin.

« L’appropriation culturelle » serait l’exploitation par des personnes appartenant àla culture majoritaire, de biens matériels ou immatériels, issus de minorités mal traitées par ces cultures majoritaires.

Inscrit dans la programmation du Festival d’Automne, Kanata semblait perdu. C’était compter sans la détermination d’Ariane Mnouchkine.

Sous le titre « Le ressaisissement », Ariane Mnouchkine et le Théâtre du Soleil, annoncent donc, qu’en accord avec Robert Lepage et les lois françaises, Kanata, spectacle dont les répétitions avaient été interrompues en juillet au Canada, aura lieu aux dates prévues. Dans une version qui prend en compte la controverse.

â— Voici le texte du communiqué du Théâtre du Soleil et d’Ariane Mnouchkine, en accord avec Robert Lepage.

« Le ressaisissement.

Après avoir, comme ils l’avaient annoncé dans leur communiqué du 27 juillet, pris le temps de réfléchir, d’analyser, d’interroger et de s’interroger, Ariane Mnouchkine et le Théâtre du Soleil sont finalement arrivés àla conclusion que Kanata, le spectacle en cours de répétition, ne violait ni la loi du 29 juillet 1881 ni celle du 13 juillet 1990 ni les articles du Code pénal qui en découlent, en cela qu’il n’appelle ni àla haine, ni au sexisme, ni au racisme ni àl’antisémitisme ; qu’il ne fait l’apologie d’aucun crime de guerre ni ne conteste aucun crime contre l’humanité ; qu’il ne contient aucune expression outrageante, ni terme de mépris ni invective envers une personne ou un groupe de personnes àraison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance àune ethnie, une nation, ou une religion déterminée.

Ne s’estimant assujetti qu’aux seules lois de la République votées par les représentants élus du peuple français et n’ayant pas, en l’occurrence, de raison de contester ces lois ou de revendiquer leur modification, n’étant donc pas obligé juridiquement ni surtout moralement de se soumettre àd’autres injonctions, même sincères, et encore moins de céder aux tentatives d’intimidation idéologique en forme d’articles culpabilisants, ou d’imprécations accusatrices, le plus souvent anonymes, sur les réseaux sociaux, le Théâtre du Soleil a décidé, en accord avec Robert Lepage, de poursuivre avec lui la création de leur spectacle et de le présenter au public aux dates prévues, sous le titre Kanata -Épisode I — La Controverse.

Une fois le spectacle visible et jugeable, libre alors àses détracteurs de le critiquer âprement et d’appeler àla sanction suprême, c’est-à-dire àla désertification de la salle. Tous les artistes savent qu’ils sont faillibles et que leurs insuffisances artistiques seront toujours sévèrement notées. Ils l’acceptent depuis des millénaires.

Mais après un déluge de procès d’intention tous plus insultants les uns que les autres, ils ne peuvent ni ne doivent accepter de se plier au verdict d’un jury multitudineux et autoproclamé qui, refusant obstinément d’examiner la seule et unique pièce àconviction qui compte c’est-à-dire l’oeuvre elle-même, la déclare nocive, culturellement blasphématoire, dépossédante, captieuse, vandalisante, vorace, politiquement pathologique, avant même qu’elle soit née.

Cela dit, et sans renoncer àla liberté de création, principe inaliénable, le Théâtre du Soleil s’emploiera sans relâche àtenter de tisser les liens indispensables de la confiance et de l’estime réciproques avec les représentants des artistes autochtones, d’où qu’ils soient, déjàrencontrés ou pas encore.

Artistes àqui nous adressons ici notre plus respectueux et espérant salut. »

Le Théâtre du Soleil, 5 septembre 2018