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Maroc, Mauritanie : le viol au Maghreb

samedi 8 septembre 2018, par siawi3

Source : Le Courrier de la Marche Mondiale des Femmes contre les Violences et la Pauvreté - N° 357– 6 septembre 2018
lepoint.fr

Mauritanie : La double peine des victimes de viol

En Mauritanie, les femmes qui portent plainte et ne peuvent prouver l’absence de consentement sont poursuivies pour « relations sexuelles hors mariage »
On oscille entre l’effroi et la colère àla lecture des 101 pages d’un rapport rendu public ce mercredi par Human Rights Watch. L’ONG y fait part de la situation révoltante des femmes et filles victimes de viol en Mauritanie. Dans un pays où les relations sexuelles hors mariage, la « zina », sont hors la loi, elles peuvent être « poursuivies si elles ne parviennent pas àprouver l’absence de consentement  ». HRW exhorte les autorités mauritaniennes àinstaurer un « moratoire immédiat sur les poursuites et la détention des personnes pour zina  » et à« libérer sans tarder  » celles détenues dans ce cadre.
« Les femmes et filles victimes de viol appréhendent le fait de porter plainte et d’intenter des poursuites judiciaires, car, si elles ne parviennent pas àprouver leur absence de consentement, elles peuvent être pénalement poursuivies et détenues  », souligne HRW. Celles qui portent plainte
« malgré ce risque font souvent face àdes policiers et autorités judiciaires qui ne respectent pas leurs droits fondamentaux  », déplore l’organisation, qui s’appuie notamment sur une trentaine d’entretiens avec des femmes et filles réalisés àNouakchott et àRosso (Sud).

HRW a rencontré cinq femmes et filles « qui ont dénoncé un viol, mais ont pourtant été elles-mêmes poursuivies pour zina après avoir signalé leur agression àla police  ». Celles auxquelles le tribunal avait accordé la liberté provisoire avant le procès « ont été obligées de pointer chaque
semaine dans un commissariat  », fustige HRW. « Alors que selon la loi mauritanienne, le crime de zina ne s’applique qu’aux musulmans majeurs, certains procureurs vont jusqu’àinculper des filles mineures de zina, surtout si elles sont enceintes, même si elles expliquent que leur grossesse est
due àun viol  », dénonce encore HRW.

Témoignage : « Peu de survivantes d’agressions sexuelles osent s’exprimer  » en Mauritanie, rappelle HRW, qui a notamment recueilli le témoignage de Mariama. Cette femme a rapporté avoir été « violée par un chauffeur de taxi àl’âge de 20 ans  » et n’en a pas parlé àses parents par peur.
« Alors que j’étais enceinte de huit mois, ma mère s’en est rendu compte et m’a demandé comment c’était arrivé. C’est àce moment-làque je lui ai raconté le viol.  » Pris d’une « rage folle  », son père l’a alors « amenée au commissariat et dit aux policiers  » que sa fille « devait être enfermée parce
qu’elle avait couché avec un homme, et qu’il ne la voulait plus chez lui  », rapporte HRW.

HRW pointe du doigt les « obstacles institutionnels, juridiques et sociaux que rencontrent les survivantes lorsqu’elles veulent rapporter àla police des incidents d’agressions sexuelles, amener les coupables devant la justice et obtenir un soutien médical et psychosocial  ». L’ONG relève des « avancées  » ces dernières années concernant la protection juridique des femmes. Mais cela ne suffit pas, car la loi mauritanienne « ne définit et ne pénalise pas convenablement les violences sexuelles  ».

Source : Le Courrier de la Marche Mondiale des Femmes contre les Violences et la Pauvreté - N° 357– 6 septembre 2018
france24.com

Maroc : Violences faites aux femmes : "Le procès Khadija doit marquer un tournant –

Le procès de Khadija, une adolescente qui dit avoir été séquestrée et violée par un groupe d’hommes dans un village du centre du Maroc, doit s’ouvrir jeudi 6 septembre. Dans une vidéo diffusée le 21 aoà»t de façon virale sur Internet, la jeune femme de 17 ans raconte avoir été kidnappée, séquestrée, violée et martyrisée pendant deux mois par des jeunes de son village, suscitant une vague d’émoi sur les réseaux sociaux.

Le récit de la jeune fille est toutefois remis en cause par certains et cette affaire divise dans le pays.
Militants et responsables associatifs marocains – qui ont beaucoup fait pour que soit définitivement adoptée, en février dernier, une loi contre les violences faites aux femmes – attendent beaucoup de ce procès. Parmi eux, Aicha Sakmassi, directrice exécutive de l’association Voix des femmes
marocaines, et Omar Saadoun, acteur social de l’Insaf, (Institution nationale de solidarité avec les femmes en détresse), interrogés par France 24

France 24 : Qu’attendez-vous du procès de Khadija ?

Omar Saadoun  : Avec l’association Insaf, nous comptons mener notre petite enquête sur l’affaire en collectant des informations, recueillant des témoignages car certains points ne nous paraissent pas clairs et sont sujets àpolémique. Si les accusations nous semblent fondées, l’association
soutiendra la jeune fille et se constituera partie civile. Aujourd’hui, il est question du procès de Khadija, demain, il y en aura beaucoup d’autres et on espère que le nombre de procès va augmenter, pour que les crimes commis sur les femmes ne restent plus impunis. On attend des condamnations
sévères pour qu’elles servent d’exemple. De manière générale, l’affaire n’a pas été beaucoup médiatisée, mais elle a été largement relayée sur les réseaux sociaux. À l’avenir, on espère que les médias s’empareront davantage de ce genre de sujet.

Aicha Sakmassi : Ce procès va marquer un véritable tournant dans l’histoire des violences faites aux femmes au Maroc, parce que la loi 103.13 doit justement entrer en application le 13 septembre prochain. Nous espérons donc que les agresseurs sexuels seront punis àla hauteur de leur crime et que leur condamnation ait un réel impact sur toute la société. Les auteurs d’agression ne doivent plus se sentir en sécurité. Et nous espérons aussi que le cas de cette jeune femme déscolarisée, issue d’un milieu rural dépourvu de toute structure d’accueil, puisse faire la lumière sur l’isolement
de ces femmes sans qualification.

La loi votée en février dernier a-t-elle fait changer les choses ?

Omar Saadoun : De manière générale, nous, responsables d’associations de terrain, sentons un mouvement de libéralisation des femmes marocaines qui osent davantage s’opposer, refuser. Elles ne veulent plus être victimes. Nous voyons de plus en plus de femmes chercher les coordonnées des
structures qui vont pouvoir leur venir en aide, pousser la porte d’associations comme la nôtre. Nous constatons également de nombreux changements, notamment dans l’implication des associations de soutien aux femmes. Ces structures se professionnalisent de plus en plus, en se dotant notamment
de conseils juridiques. Il semble par ailleurs y avoir de plus en plus d’avocats qui se spécialisent dans le domaine des violences faites aux femmes, ils jouent un important travail. On voit aussi de plus en plus de responsables politiques s’impliquer sur ces questions. Et certains médias enfin semblent également un peu plus enclins àsuivre les affaires de violences sur les femmes.

Aicha Sakmassi : Les changements restent encore timides. Les progrès sont réguliers depuis les années 1990, décennie au cours de laquelle les associations de défense des femmes ont commencé àfaire bouger les choses en proposant des structures d’accueil, des centres d’hébergements et
d’écoute. La loi 103.13 n’est que la résultante d’un long travail de militantisme des associations féministes. Il reste tant àfaire.

La loi votée est-elle suffisante ?

Aicha Sakmassi : La loi dans sa forme actuelle n’est pas suffisante. Elles ne prend pas en compte la réalité des choses. Il n’y est par exemple pas du tout question du viol conjugal, qui n’est pas juridiquement reconnu. Les associations de défense des droits des femmes regrettent également
qu’il n’y ait pas de disposition en matière de prévention, de sensibilisation.
Omar Saadoun : C’est déjàbien d’avoir cette loi, mais l’aspect juridique àlui seul ne suffit pas. Il y a un énorme chantier d’information et de pédagogie àdispenser. D’ailleurs, beaucoup de Marocains ne connaissent pas cette loi. C’est que làque le travail des associations et des travailleurs sociaux
que nous sommes prend tout son sens. Il faut aussi une plus grande implication des médias. Pourquoi ne pas créer des chroniques ou des émissions spécialement dédiées àces questions, pour réussir àimpliquer tout le monde, car c’est l’affaire de tous. Il faut aussi mener un travail de revalorisation de l’image de la femme.