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USA : Commentaires et analyses sur l’edito anonyme du New York Times (1)

L’dito du New York Times rvle un danger peut-tre plus grand que Trump lui-même

vendredi 14 septembre 2018, par siawi3

Source : http://www.slate.fr/story/166889/etats-unis-donald-trump-edito-new-york-times?utm_source=Ownpage&_ope=eyJndWlkIjoiZWU1YTU1MWQyNmQzMmYxMmE0MzMyZDY4NmJjYmFiMmUifQ==

L’dito du New York Times rvle un danger peut-tre plus grand que Trump lui-mme

Brengre Viennot

7 septembre 2018 14h18 mis jour le 7 septembre 2018 19h59

L’auteur de la tribune qui a sem le chaos la Maison-Blanche peut avoir agi dans son seul intrt.

Photo : Devant la rdaction du New York Times, le 6 septembre 2018 | Angela Weiss / AFP

Difficile dignorer que depuis quelques jours, un vritable sisme secoue la Maison-Blanche et lAmrique tout entire. Mardi 11 septembre sortira un livre Fear : Trump in the White House de Bob Woodward, l’un des journalistes du Washington Post qui ont contribu rvler le scandale du Watergate qui affirme quen coulisses, lentourage de Trump le prend pour un sombre crtin.

On pourra y lire, entre autres, quoutre les jugements personnels peu flatteurs ports lencontre du prsident des tats-Unis, un certain nombre de ses hauts fonctionnaires agissent derrire son dos pour contrer ses dcisions.

Au lendemain de lannonce de la parution du livre et de la publication de ses extraits les plus croustillants, le New York Times a publi un ditorial anonyme crit par un haut fonctionnaire de l’administration Trump, o lon peut lire que nombre de membres de lentourage prsidentiel savent pertinemment que le prsident amricain est un danger pour la nation et quune rsistance sest organise au sein mme de la Maison-Blanche.

Prouver, pas juste dire

Cet ditorial est la fois fascinant et terrifiant. Il dcrit un Donald Trump imptueux, belliqueux, mesquin, qui fait des caprices, prend des dcisions qui ne tiennent pas debout, mal informes et parfois dangereuses. L’article montre Trump tel que tout le monde le connat dj, mais cette fois de lintrieur, confortant dans son opinion la grande partie du monde qui tait dj convaincue que le prsident amricain ne tournait pas rond.

Son auteur son autrice ? explique quil crit cette lettre pour rassurer le public : certes, Trump draille, mais des adultes sont l et veillent au grain. Que si les hauts fonctionnaires rsistants ninvoquent pas le vingt-cinquime amendement, celui qui permettrait de dclencher une procdure de destitution de Trump, cest uniquement pour viter de provoquer une crise constitutionnelle.

La lecture de cet ditorial fantasque provoque chez le lectorat un enchanement de ractions la fois pidermiques et intellectuelles. Ah, on en tait sr, Trump est un malade, a fait du bien de le lire noir sur blanc, et crit par des tmoins directs en plus, maintenant on a des preuves. Spoiler : non, on nen a pas. Ce nest pas parce quune source anonyme le dit que cest vrai.

Ensuite : youpi, voil qui va apporter de leau au moulin de celles et ceux qui veulent destituer Trump. Or non, dsole encore une fois pour le faux espoir : personne en ltat actuel des choses na les moyens de le faire. Il faudrait pouvoir prouver, pas juste dire, quil agit comme un dingue, ce qui ne risque pas dtre possible sur la seule foi de sources anonymes, ni sur celle de rvlations dun livre, que ce soit celui de Woodward ou de ceux qui lont prcd.

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Coup terrible port la dmocratie

Lauteur pour des raisons de simplification, on va partir du principe que cest un auteur choisit de rester anonyme pour des raisons videntes. Pas seulement parce que cette lettre lui coterait sa place (au minimum), mais parce que ce qu’il raconte est injustifiable. Les procds quil dcrit sont un coup terrible port la dmocratie amricaine et la fonction prsidentielle. Il s’agit presque d’un coup dtat clandestin. La crise constitutionnelle est dj l, et c’est lui et ses homologues agissant dans l’ombre qui l’ont dclenche.

David A. Graham souscrit cette thse. Dans The Atlantic, il voque un coup dtat anti-dmocratique. Et de fait, voici un haut fonctionnaire nomm, donc, pas lu ! qui se vante de dsobir au prsident dmocratiquement lu et se flicite que des membres de lexcutif contournent les ordres prsidentiels, travaillent piloter ladministration dans la bonne direction jusqu ce que dune manire ou dune autre tout cela se termine. Comme le dit Graham, si contrler le prsident demande de dsobir aux ordres et de recourir la tromperie, cela devient plus dur dfendre.

En vertu de quelle autorit de hauts fonctionnaires justifient-ils de tels agissements ? Si lon apprenait que lentourage dObama en avait fait autant, comment ragirait-on ? Mais Obama ntait pas fou, ni dangereux, ni impulsif, rpondrez-vous. Eh bien, cest une question de point de vue. On est tous le fou de quelquun.

Dans la mesure o aucune preuve scientifique nest tablie de la folie de Trump, et mme si la majorit de son entourage, voire du monde, estime quil a les fils qui se touchent, la loi amricaine ne permet pas que des individus prennent de leur propre chef des dcisions contraires aux devoirs que leur impose leur fonction.

TRAHISON ?, a rageusement tweet Trump aprs la publication de cet article.

La question se pose, en effet. Car soit lentourage de Trump estime quil est inapte gouverner, que cest un danger pour son pays et dans ce cas, son devoir est de mettre en branle une procdure de destitution pour lempcher de nuire, soit cet entourage se trompe ou est de mauvaise foi, auquel cas cette dnonciation et ces actes de rbellion larve relvent de la trahison.

Rsistants

Voil la fois le problme et le talent de Trump : en rabaissant le niveau de la plus haute fonction de ltat, il a fait dgringoler tout son entourage avec lui. Celles et ceux qui uvrent autour de lui dfaire ce quil fait utilisent des mthodes rprhensibles, hors de toute morale. Et l’amoralit, cest justement ce que reproche lauteur de lditorial Donald Trump, et ce quil voque pour justifier son action et celle des autres rsistants.

Si le mot rsistant a une connotation en franais quelle na pas en anglais amricain question dhistoire nationale bien sr, le vocabulaire choisi par lauteur anonyme pour se dsigner et dsigner ses homologues nen est pas moins trs fort, quasiment lyrique : il parle de hros mconnus dans et autour de la Maison-Blanche, rien de moins.

Photo : La Maison-Blanche, repaire de hros, le 6 septembre 2018 | Mandel Ngan / AFP

Il explique que certains de ses conseillers ont t prsents comme des sclrats par les mdias. Mais en priv, ils se donnent beaucoup de mal pour contenir les mauvaises dcisions dans laile ouest, mme si clairement, ils ny arrivent pas toujours. Ce sont, selon lui, les adultes qui surveillent Donald Trump et qui lempchent de nuire.

Curieusement, ces adultes ne trouvent pas la situation suffisamment alarmante pour continuer respecter la loi. Le vingt-cinquime amendement permet lexcutif dengager une procdure de destitution certes complexe, heureusement dailleurs du prsident.

Ces adultes ne sont pourtant pas confronts une situation dsespre qui exige des actes de rsistance hroque par exemple une dictature o la vie des lanceurs et lanceuses dalerte serait en danger, et le prsident indboulonnable par des voies lgales. Cest loin dtre le cas aux tats-Unis.

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Un coup mont par Trump lui-mme ?

Si ces personnes nengagent pas de procdure de destitution, alors que de leur propre aveu la situation est grave et que Trump est fou, il s’agit d’un choix. Cest quelles risquent quelque chose (au hasard : perdre la majorit rpublicaine un peu partout, au Congrs, la prsidentielle de 2020), parce que la base qui soutient Trump est encore forte, mais que au cas o a tournerait au vinaigre pour le quarante-cinquime prsident des tats-Unis, au cas o, dune manire ou dune autre, son mandat sachevait de manire un peu prcipite, elles puissent sortir de lombre et sauver leur peau en clamant : Moi, jtais rsistant toutes celles et ceux qui ne manqueront pas de demander des comptes aux responsables de cette calamiteuse administration et seront tents de raser quelques crnes.

Pour Ben Mathis-Lilley, journaliste politique Slate.com, cest dfinitivement une explication trs plausible pour expliquer pourquoi cette personne a choisi de publier cette tribune. Mais dun autre ct, spcule-t-il, peut-tre que cet individu anonyme en avait tout simplement assez de lire et dentendre des critiques de ladministration Trump, et quil na pour seule motivation que lenvie de se dfendre en public.

moins, bien sr, comme le suggre Corentin Sellin, spcialiste de la politique amricaine, dans une interview accorde Libration, que cette lettre ne soit un coup mont par Trump pour discrditer le New York Times. Ce qui expliquerait le ct fantasque de la lettre et son absurdit, car ces rsistants, en la publiant, se condamnent eux-mmes devoir arrter leurs activits souterraines.

Selon Dick Howard, professeur de philosophie politique l’universit de Stony Brook (New York) et auteur de Les ombres de lAmrique, de Kennedy Trump ( paratre le 20 septembre), ce serait en effet pour Trump un moyen de rassembler ses troupes autour de lui avant les lections de mi-mandat, en novembre, qui pourraient le voir perdre sa majorit la Chambre des reprsentants et une majorit dmocrate lancer une procdure de destitution.

Pour Howard, cet pisode marque possiblement la fin dun cycle politique, un ralignement de la politique amricaine, o les trente ans de rgne rpublicain entam avec llection de Reagan en 1981 et interrompu par les deux doubles mandats dmocrates de Clinton et dObama arrivent leur terme dans une apothose.

La politique non-partisane dObama, qui refusait de rgner sur un seul parti et voulait se placer au-dessus de la politique, aurait provoqu un retour de bton dune violence folle avec la prsidence Trump et son sectarisme politique pouss lexcs, avance Howard. Reste savoir ce qui pourra le remplacer...

Si on veut tre encore plus kafkaen, on peut mme imaginer que cest lentourage de Trump qui a mont ce coup dans son intrt sans le lui dire, le sachant bien incapable, intellectuellement, de fomenter une stratgie aussi labore. ce stade de spculation, comme aurait dit John Kelly, le chef de cabinet de la Maison-Blanche : On est chez les fous.