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Afrique : LES FEMMES ET MINORITÉS SEXUELLES SE FONT REFUSER LE DROIT DE PAROLE À LA COMMISSION AFRICAINE DES DROITS DE L’HOMME EST DE PEUPLES

vendredi 14 septembre 2018, par siawi3

Toutes les versions de cet article : [English] [français]

Source : http://www.cal.org.za/2018/08/17/women-and-sexual-minorities-denied-a-seat-at-the-table-by-the-african-commission-on-human-and-peoples-rights/

LES FEMMES ET MINORITÉS SEXUELLES SE FONT REFUSER LE DROIT DE PAROLE À LA COMMISSION AFRICAINE DES DROITS DE L’HOMME EST DE PEUPLES

CAL

17 août 2018

JOHANNESBURG, AFRIQUE DU SUD. La Coalition des lesbiennes africaines (Coalition of African Lesbians (CAL)) est profondément déçue par la décision récente de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (CADHP) de lui retirer son statut d’observateur, sous la pression du Conseil Exécutif de l’Union Africaine, et de son interprétation régressive de la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples.

La décision quant au retrait du statut d’observateur de CAL lui a été communiqué par le Secrétariat de la CADHP le 8 août 2018 dernier et présente uniquement la raison de ce retrait la nécessité de la CADHP de conformer aux décisions de 2016 et 2018 du Conseil Exécutif de l’UA. CAL s’est vu accordé le statut d’observateur à la CADHP en avril 2015, suite à plus d’une décennie d’activisme pour la défense des droits des femmes et des droits sexuels.

CAL est la seule organisation régionale, basée sur le membership, qui travaille spécifiquement afin de faire la promotion des droits des lesbiennes et plus globalement des droits de femmes dans toutes leur diversité en Afrique. CAL a utilisé son statut d’observateur afin de faire des déclarations auprès de la CADHP exposant un large éventail de violations des droits humains vécues par les femmes. CAL a aussi travaillé avec ses organisations membres afin de préparer des rapports alternatifs lors de l’examen des pays, collaboré avec les commissaires de la CADHP sur des rapports thématiques, y compris sur un récent rapport sur le déni d’accès aux services d’avortement et aux services de soins post-avortement défini en tant que forme de torture ; ainsi qu’un rapport novateur sur la situation des femmes défenseures des droits de l’Homme en Afrique.

Le retrait du statut d’observateur de CAL exclut activement les mouvements et défenseures africains des droits des femmes des espaces essentiels des droits de l’Homme où les décisions sont prises à propos de nous et pour nous, mais ultimement sans nous. Donna A M Smith, la directrice du développement de CAL, note :

“Le retrait du statut d’observateur de CAL illustre également le contre-coup auquel les mouvements de femmes et LGBTQI font face sur le continent dans leur travail pour la reconnaissance des questions d’autonomie, de sexualité et de genre dans le cadre des droits de l’Homme, ainsi que les attaques persistantes contre leurs libertés d’expression et d’association”.

En se pliant sous la pression de l’UA, la CADHP établi une défaite importante pour les droits de l’Homme en Afrique, et mine sa crédibilité, son indépendance et son mandat en tant qu’institution principale sur le continent chargée de défendre et de supporter les droits de l’Homme pour TOUS et TOUTES.

En l’absence d’une Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples efficace, indépendante et fondée sur les droits, les détenteurs de droits individuel sont laissés à eux-mêmes afin de se défendre contre les violations de droits routinières et persistantes perpétrées par ceux qui détiennent le pouvoir – y compris les corporations et les responsables gouvernementaux corrompus.

De plus, la décision de la CADHP sape sa mission d’interprétation de la Charte Africaine, en permettant à un organe politique d’imposer sa propre lecture biaisée et régressive de la Charte. Ce retour en arrière illustre clairement, parmi d’autres décisions prises par ces deux organes, que la CADHP a perdu son indépendance et que l’espace dévolu à la société civile se rétrécit.

Autres menaces à l’indépendance de la CADHP

Le retrait du statut d’observateur de CAL ne doit pas être considéré comme un événement isolé, ou une expression unique d’un contre-coup patriarcal et misogyne contre les activistes qui défient les normes conservatrices en Afrique. Les tensions récurrentes entre la loi et l’influence politique par les États membres de la CADHP requièrent un sérieux redressement car celles-ci portent atteinte aux droits et au rôle fondamental de la CADHP.

La récente décision du Conseil Exécutif de l’UA (EX.CL/Dec.1015 (XXXIII)), restreint davantage l’indépendance du travail de la CADHP en lui ordonnant d’obtenir l’approbation préalable d’un pays avant d’établir un rapport sur les violations des droits de l’Homme ayant cours dans ce pays. En déclarant que la CADHP ne bénéficie que d’une indépendance ‘fonctionnelle’, les États membres de l’UA ont clairement démontré leur résistance à être examinés et tenus responsables pour les violation des droits de l’Homme nationales, rendant inefficaces les institutions chargées de protéger et de promouvoir les droits de l’Homme et des peuples.

Pour conclure, la directive du Conseil Exécutif de l’UA envers la CADHP d’aligner ses critères d’obtention du statut d’observateur à ceux utilisés par l’Union Africaine rendra la participation de la société civile dans cette espace presque impossible. Les critères de l’UA afin d’obtenir le statut d’observateur sont extrêmement restrictifs et exclueront effectivement la majorité des organisations de la société civile et des ONGs préoccupées par la défense des droits de l’Homme sur le continent.

Les droits de femmes et les droits sexuels sont des droits de l’Homme !

Nous appelons tous les membres de la société civile, les organisations, les défenseur(e)s des droits de l’Homme, les institutions nationales des droits de l’Homme, et le public à exprimer leurs préoccupations à leurs représentants d’États membres de l’Union Africaine respectifs et de demander des institutions africaines et mécanismes des droits de l’Homme transparentes, indépendantes et responsables qui font la promotion, la protection et assure l’accomplissement des droits de TOUTES les personnes, y compris les femmes et les minorités sexuelles, sur les continent.

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À propos de CAL

La Coalition des lesbiennes africaines est un réseau féministe, pan-africaniste et activiste de 14 organisations dans 11 pays en Afrique sub-saharienne qui sont engagées à faire avancer la liberté, la justice et l’autonomie corporelle pour toutes les femmes du continent Africain et au-delà. Pour de plus amples informations à propos de CAL veuillez cliquer ici.

Ressource : A DECADE OF ACTIVISM ON SOGIE AND SRHR AT THE ACHPR

Pour plus d’information veuillez contacter :

Donna A M Smith
Directrice du développement
donna cal.org.za

Caroline Tagny
Gestionnaire : Média et Campagnes
caroline cal.org.za