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Algérie : Assassinat de Maurice Audin : La vérité… en Marche !

Le fils de Maurice Audin lance un appel à témoins

samedi 15 septembre 2018, par siawi3

Source : https://www.elwatan.com/edition/actualite/la-verite-en-marche-14-09-2018

Assassinat de Maurice Audin : La vérité… en Marche !

Illustration : Saâd

Samir Ghezlaoui

14 septembre 2018 à 2 h 42 min

La France reconnaît enfin sa responsabilité dans l’assassinat de Maurice Audin, mathématicien et militant indépendantiste algérien. Le président français, Emmanuel Macron, a rendu, hier, une déclaration publique où il affirme « au nom de la République française, que Maurice Audin a été torturé puis exécuté, ou torturé à mort par des militaires qui l’avaient arrêté à son domicile ». C’était le 11 juin 1957.

Le locataire de l’Elysée, qui a tenu à faire lui-même ladite déclaration à la veuve et aux enfants Audin en se rendant personnellement à leur domicile familial dans la banlieue francilienne, admet dans le même document que la disparition et la mort du jeune membre du Parti communiste algérien (PCA) ont été l’œuvre d’« un système dont les gouvernements successifs ont permis le développement : le système appelé ‘‘arrestation-détention’’ à l’époque même, qui autorise les forces de l’ordre à arrêter, détenir et interroger tout ‘‘suspect’’ dans l’objectif d’une lutte plus efficace contre l’adversaire.

Ce système s’est institué sur un fondement légal : les pouvoirs spéciaux ». C’est cela qui définit en somme la responsabilité de la République française dans ce « crime d’Etat ». Le texte dénonce un système qui « a favorisé les disparitions et permis la torture à des fins politiques ».

Afin de faire éclater toute la vérité en ce qui concerne la mort de Maurice Audin – devenu, tout au long de ces soixante ans, le symbole de la lutte pour la justice et la vérité au profit des victimes de la torture et des disparitions forcées qui incombent à l’armée coloniale française –, le président Macron s’adresse directement aux témoins encore vivants, civils ou militaires, qui ont pu connaître les circonstances exactes de la mort d’Audin, en les appelant « à s’exprimer librement afin d’apporter leur témoignage et conforter ainsi la vérité ».

Conscient et avouant que le cas Maurice Audin n’est pas un acte isolé, avec des « milliers » de disparitions pendant le conflit, Macron a exprimé le souhait que « toutes les archives de l’Etat qui concernent les disparus de la Guerre d’Algérie puissent être librement consultées et qu’une dérogation générale soit instituée en ce sens ».

En plus de la pratique des disparitions forcées, qui est en soi un crime atroce, l’affaire Audin a surtout mis en lumière l’usage de la torture par l’armée coloniale contre les indépendantistes algériens, de l’aveu même du président français : « Certes, la torture n’a pas cessé d’être un crime au regard de la loi, mais elle s’est alors développée parce qu’elle restait impunie.

Et elle restait impunie parce qu’elle était conçue comme une arme contre le FLN, qui avait lancé l’insurrection en 1954, mais aussi contre ceux qui étaient vus comme ses alliés, militants et partisans de l’indépendance ; une arme considérée comme légitime dans cette guerre-là, en dépit de son illégalité. »

Reconnaître ces crimes d’Etat et œuvrer davantage pour dire toute la vérité sur le passé colonial de la France en Algérie en vont, d’après l’auteur, du « devoir de vérité qui incombe à la République française, laquelle, dans ce domaine comme dans d’autres, doit montrer la voie, car c’est par la vérité seule que la réconciliation est possible et il n’est pas de liberté, d’égalité et de fraternité sans exercice de vérité ». Selon lui, « il importe que cette histoire soit connue, qu’elle soit regardée avec courage et lucidité.

Il en va de l’apaisement et de la sérénité de ceux qu’elle a meurtris, dont elle a bouleversé les destins, tant en Algérie qu’en France. Une reconnaissance ne guérira pas leurs maux. Il restera sans doute de l’irréparable en chacun, mais une reconnaissance doit pouvoir, symboliquement, délester ceux qui ploient encore sous le poids de ce passé ».

C’est pourquoi, cette déclaration sert à relancer et à redynamiser le travail de mémoire et de vérité plutôt qu’à l’achever. « L’approfondissement de ce travail de vérité doit ouvrir la voie à une meilleure compréhension de notre passé, à une plus grande lucidité sur les blessures de notre histoire et à une volonté nouvelle de réconciliation des mémoires et des peuples français et algériens », conclut Emmanuel Macron.

Sa déclaration, qualifiée par certains observateurs médiatiques et universitaires d’historique, a été saluée par la famille Audin. Dans une réaction, publiée par le site Mediapart, celle-ci a souligné « l’immense portée politique et historique » d’une telle démarche. Josette Audin et ses enfants espèrent également que le corps de leur époux et père « sera recherché et pourra enfin recevoir une sépulture ».

Quant à l’association Maurice Audin, elle a célébré dans un communiqué un « acte essentiel », tout en s’engageant à poursuivre son combat pour que tous ceux, français et algériens, qui furent comme Audin « torturés et assassinés, soient identifiés et reconnus et que leurs corps puissent être retrouvés ».

Par ailleurs, elle a appelé l’ensemble des collectivités locales françaises à attribuer le nom de Maurice Audin aux rues, places et édifices publics afin de contribuer à ce que le « système de la terreur ne soit jamais reproduit ».

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Source : https://www.elwatan.com/edition/actualite/le-fils-de-maurice-audin-lance-un-appel-a-temoins-15-09-2018

Responsabilité de l’état français dans la disparition de son père
Le fils de Maurice Audin lance un appel à témoins

Photo : Pierre Audin et sa mère Josette

Salim Mesbah

15 septembre 2018 à 1 h 30 min

Après la décision historique du président Macron de reconnaître la responsabilité de l’Etat français dans la disparition du militant anticolonialiste Maurice Audin durant la Guerre d’Algérie, son fils Pierre a appelé les témoins de la Guerre de Libération nationale à « dire la vérité » et à « transmettre les documents » sur l’assassinat de son père par l’armée française, rapporte l’APS.

Lors de son intervention sur une station de radio, Pierre Audin a estimé que pour lui le président Macron « a reconnu que la torture était un système qui était essentiellement une arme politique, qui ne servait qu’à terroriser la population et qu’il a décidé d’ouvrir les archives concernant tous les disparus, pas seulement mon père », a-t-il déclaré. « Désormais, il faut dire la vérité et transmettre les documents qui permettront de savoir, pour mon père et pour des milliers d’autres, ce qui est arrivé précisément », a-t-il jugé, tout en regrettant qu’il a fallu 61 ans pour que l’Etat français reconnaisse sa responsabilité dans ce crime.

Pierre Audin a rappelé qu’il est « tout à fait clair » à l’époque que quand les militaires annonçaient que quelqu’un s’était évadé, cela voulait dire qu’il avait été assassiné. « C’était un langage codé, mais dans le système de terreur qui régnait à Alger à ce moment-là, il est tout à fait clair que c’était ce que ça voulait dire. Il n’y avait pas d’ambiguïté », a-t-il rappelé.

Pour sa part, Raphaëlle Branche, professeure d’histoire contemporaine à l’université de Rouen et auteur de La Torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie, a expliqué, à nos confrères du Monde, que « cette reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français dans la torture, la mort puis la disparition du corps d’un homme désarmé, arrêté parce qu’il était soupçonné d’appartenir à un mouvement clandestin opposé au maintien de l’Algérie française, marque un changement radical dans la position officielle de la France ».

« En se démarquant des propos de ses prédécesseurs qui n’avaient reconnu que des actes minoritaires et déviants », le président Macron reconnaît que la torture fut « un élément indispensable du dispositif répressif que l’armée française mit en place dès le début de la guerre ». « Il ne sera plus possible désormais de nier son caractère systématique : elle appartenait à l’arsenal disponible pour les militaires chargés de mener une guerre aux formes inédites, dans une population qu’ils connaissaient mal », a-t-elle poursuivi, soulignant qu’au-delà des personnes arrêtées et soumises à ces violences, « la cible essentielle de la torture était la population civile ».

« Les Algériens n’ignorent rien de la réalité du caractère massif de la torture pendant la guerre d’indépendance, des exécutions sommaires, des tortures et d’autres violences illégales accomplies par les forces de l’ordre françaises. Cette déclaration ne leur apprendra rien. En revanche, elle leur dira qu’en France aussi les discours officiels sur le passé peuvent changer », a fait remarquer Raphaëlle Branche.

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Source : https://www.elwatan.com/edition/actualite/le-fils-de-maurice-audin-appelle-les-temoins-a-dire-la-verite-et-a-transmettre-les-documents-14-09-2018

Le fils de Maurice Audin appelle les témoins à “dire la vérité” et à “transmettre les documents”

14 septembre 2018 à 13 h 14 min

Le fils de Maurice Audin, Pierre, a appelé vendredi les témoins de la guerre de libération nationale à “dire la vérité” et à “transmettre les documents” sur l’assassinat de son père par l’armée française, survenu il y a 61 ans. Intervenant sur les ondes de FranceInfo, Pierre Audin a estimé que “c’est le début d’une nouvelle étape”, après la déclaration jeudi du président Emmanuel Macron reconnaissant la responsabilité de l’Etat français dans la disparition et l’assassinat de son père.

“C’est le début d’une nouvelle étape. Ce qui est important, c’est que le président de la République a reconnu que la torture était un système qui était essentiellement une arme politique, qui ne servait qu’à terroriser la population et qu’il décide d’ouvrir les archives concernant tous les disparus, pas seulement mon père”, a-t-il répondu au journaliste, appelant les témoins de l’époque à parler. “Tout est prescrit et tout est amnistié depuis longtemps.

Désormais, il faut dire la vérité et transmettre les documents qui permettront de savoir, pour mon père et pour des milliers d’autres, ce qui est arrivé précisément”, a-t-il soutenu, regrettant qu’il ait fallu 61 ans pour que l’Etat français reconnaisse sa responsabilité dans ce crime. Il a rappelé, par ailleurs, qu’il est “tout à fait clair” à l’époque que “quand les militaires annonçaient que quelqu’un s’était évadé cela voulait dire qu’il avait été assassiné”.

“C’était un langage codé, mais dans le système de terreur qui régnait à Alger à ce moment-là, il est tout à fait clair que c’était ce que ça voulait dire. Il n’y avait pas d’ambiguïté”, a-t-il précisé, exprimant son étonnement devant le cas de son père où les responsables de son assassinat “ont carrément été jusqu’à mimer une scène d’évasion”. Jeudi, la France a reconnu officiellement, et pour la première fois, avoir instauré un “système” recourant à la “torture” pendant la guerre de libération nationale. La présidence française a indiqué, dans un communiqué, que le militant algérien Maurice Audin, disparu en juin 1957, est “mort sous la torture du fait du système institué alors en Algérie par la France”.

Dans une déclaration remise à la veuve Josette Audin, le président Emmanuel Macron a appelé à l’approfondissement du travail de vérité lié à la guerre d’Algérie. “Il importe que cette histoire soit connue, qu’elle soit regardée avec courage et lucidité”, a-t-il dit appelant à l’approfondissement du travail de vérité qui doit ouvrir la voie à une “meilleure” compréhension de passé français et à une volonté “nouvelle” de réconciliation des mémoires et des peuples français et algérien.