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France : Dcs de Marceline Loridan, survivante des camps nazis

mercredi 19 septembre 2018, par siawi3

Source : https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2018/09/18/l-ecrivaine-et-cineaste-marceline-loridan-ivens-ancienne-deportee-a-auschwitz-est-morte_5356952_3382.html

Lcrivaine et cinaste Marceline Loridan-Ivens, rescape de la Shoah, est morte

Ne en 1928, survivante dAuschwitz, de Bergen-Belsen et de Theresienstadt, elle tait scnariste, documentariste et crivaine.

LE MONDE | 18.09.2018 22h16 Mis jour le 19.09.2018 11h25

Photo : Marceline Loridan-Ivens, le 15 janvier 2015.

Scnariste, actrice, cinaste, auteure, Marceline Loridan-Ivens est morte mardi 18 septembre Paris, a annonc son entourage proche. Ctait une camarade de dportation de maman, cet pisode de leur vie si difficile avait fait delles des amies indfectibles , a rapport Jean Veil, dont la mre, Simone Veil, dcde en 2017, est rcemment entre au Panthon.

Lire aussi : Marceline Loridan-Ivens, sur de camp de Simone Veil, est morte

Marceline tait quelquun qui avait une vitalit exceptionnelle. On avait gard, les uns et les autres, des relations quasiment filiales. Mon frre et moi tions trs proches delle, sa prsence tait importante pour nous , a poursuivi, mu, lavocat, confirmant une information de France Inter et du Monde.

Lire aussi : Avec Simone Veil, les dports et les femmes honors

Marceline Loridan-Ivens, une leon de vie, mditer et perptuer , a ragi sur Twitter le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux.
Dnoncer la violence

Ne en 1928, Marceline Loridan, cinaste mais aussi productrice et crivaine, a pass sa vie dnoncer linjustice et la violence, meurtrie jamais par sa dportation, lge de 15 ans, Auschwitz-Birkenau.

Elle avait notamment coralis avec son mari, le documentariste Joris Ivens (1898-1989), des films sur la guerre du Vietnam et sur la Chine maoste. Elle avait galement ralis seule un long-mtrage, La Petite Prairie aux bouleaux (2003).

Dans son livre Et tu nes pas revenu (avec Judith Perrignon, Grasset, 2015), elle racontait sa jeunesse marque par la dportation, en 1944, dans le mme convoi que Simone Veil, au camp nazi dAuschwitz-Birkenau, puis Bergen-Belsen et Theresienstadt, do elle avait t libre en 1945. Son dernier livre, LAmour aprs (galement cocrit avec Judith Perrignon, Grasset, 2018), racontait la suite : la libert recouvre, la dcouverte de lamour, la lente reconstruction dune survivante.

Lire aussi lentretien avec Marceline Loridan-Ivens : Le rapport mon corps a t totalement ravag par les camps

Dans un entretien au Monde publi en mars, Marceline Loridan-Ivens avait exprim lhorreur que lui inspirait lassassinat de Mireille Knoll, 85 ans :

Si cette femme qui a survcu la rafle du VldHiva bien t assassine parce quelle tait juive, cest lhorreur. Tant dannes aprs la destruction des juifs dEurope, cest honteux, en particulier dans un pays, la France, qui ne sest pas conduit de manire exemplaire au moment o lon raflait les juifs pour les convoyer vers les camps de la mort.

Source : https://next.liberation.fr/culture/2018/09/19/mort-de-marceline-loridan-ivens-temoin-de-sa-propre-histoire_1679711

Mort de Marceline Loridan-Ivens, tmoin de sa propre histoire

Par Alexandra Schwartzbrod

19 septembre 2018 06:50 (mis jour 08:26)

La cinaste et crivaine, camarade de dportation de Simone Veil pendant la Seconde guerre mondiale dans le camp dAuschwitz-Birkenau, s’est teinte mardi Paris. Elle avait 90 ans.

Mort de Marceline Loridan-Ivens, tmoin de sa propre histoire Photo Yann Rabanier

Marceline Loridan-Ivens, ne Rozenberg, sest teinte mardi soir 90 ans, entoure de nombreux proches, lhpital Saint-Antoine o elle avait t admise il y a quelques jours. Dporte au camp dAuschwitz-Birkenau avec Simone Veil, dont elle tait reste trs proche jusqu la mort de cette dernire, lan dernier, la cinaste et crivaine tait connue pour son long monologue dans le film documentaire de Jean Rouch et Edgar Morin, Chronique dun t (1961), un des premiers tmoignages films de la dportation, mais aussi pour son film la Petite Prairie aux bouleaux (2003), et ses livres qui constituaient autant de tmoignages sur lhorreur nazie : Ma vie balagan, en 2008 (Robert Laffont), crit avec la journaliste Elisabeth D. Inandiak, et plus rcemment Et tu nes pas revenu (2015) puis Lamour aprs (2018), avec la journaliste Judith Perrignon chez Grasset sous la direction de Christophe Bataille.

A relire : le portrait de Marceline Loridan-Ivens, paru en 2015

Je me souviens de la premire fois que je lui ai propos dcrire un nouveau livre. Jtais effray par la monte de lantismitisme et loubli progressif de la Shoah et je pensais que ctait important de continuer raconter mais elle a dabord refus , nous a confi mardi soir Christophe Bataille. Chez Grasset, on connat bien cette petite femme rousse longue jupe avec la crinire rouge, ptaradante, comme le note Bataille. Marceline Loridan-Ivens vivait en effet depuis quarante ans au 6e tage du 61 rue des Saint-Pres, Paris, dans le mme immeuble que la maison Grasset qui en occupe les tages infrieurs. Ce lieu de ses amours avec le documentariste Joris Ivens (1), elle ne la jamais quitt. Un jour, beaucoup plus tard, jai reu une photo o on la voyait avec le cinaste franco-cambodgien Rithy Panh (rescap des camps des Khmers rouges, avec qui Bataille a co-crit Llimination en 2012, ndlr), ils taient ensemble un festival. Et Rithy mavait crit un petit mot qui disait « il faut que tu recontactes Marceline ». Elle avait chang davis et acceptait le projet propos par Bataille. Ne pas y revenir tait impossible, mais y revenir tait difficile, explique celui-ci. Il la met aussitt en contact avec la journaliste et crivaine Judith Perrignon.

De cette rencontre est n Et tu nes pas revenu, longue lettre au pre de Marceline, Salomon Rozenfeld, mort pendant sa dportation. Puis Lamour aprs, un rcit courageux sur lamour aprs les camps. Elle passait assez peu chez Grasset. Un jour elle est venue pour fter avec nous le succs dun de ses livres. Je la revois savanant seule face une trentaine de membres de la maison ddition, pour la plupart assez jeunes, et je me suis dit, tous ces gens auront vu, au moins une fois dans leur vie, une femme qui, 15 ans, tait interne dans les camps, se souvient son diteur. Ce que je trouve trs beau chez des personnes comme Rithy Panh et Marceline Loridan-Ivens, cest que, non seulement ils ont survcu mais en plus ils se sont faits les tmoins de leur propre histoire, et ils ont trouv des formes de rcit diffrentes pour le faire.

Marceline Loridan-Ivens ne voulait pas pour autant quon lenferme dans le rle de la rescape. Elle aimait la vie, elle aimait tre entoure de jeunes, elle aimait les hommes et Saint-Germain des Prs. Elle est morte, ironie de lhistoire notaient certains proches mardi soir, le soir de Kippour, le Jour du Grand Pardon dans le judasme.

lire aussi :A Marceline... la vie !

(1) Avec qui elle coralis plusieurs films documentaires, depuis 17e parallle (1968) jusqu Une histoire de vent (1988).

Source : https://www.franceinter.fr/culture/disparition-de-marceline-loridan-ivens-les-hommages-et-les-reactions

Disparition de Marceline Loridan-Ivens : les hommages et les ractions

Publi le mercredi 19 septembre 2018 6h59

par France Inter

La cinaste Marceline Loridan-Ivens, camarade de dportation de Simone Veil pendant la Seconde guerre mondiale dans le camp d’Auschwitz-Birkenau, est morte mardi Paris 90 ans.

Photo : Marceline Loridan-Yvens AFP / DOMINIQUE FAGET

Marceline Loridan-Ivens tait cinaste, productrice et crivaine. Elle a pass sa vie dnoncer l’injustice et la violence, meurtrie jamais par sa dportation, l’ge de 15 ans, Auschwitz-Birkenau. Engage dans la Rsistance, sa famille fuit d’abord vers Vichy puis achte une maison Bollne dans le Vaucluse. C’est l qu’elle sera arrte avec son pre par la Gestapo en fvrier 1944. Ils seront transfrs Drancy et dports Auschwitz-Birkenau le 13 avril 44. Elle va y faire la connaissance de Simone Veil. Elle avait fait partie des dports qui seront vacus par les Nazis, l’approche de l’Arme Rouge, vers le camp de Bergen-Belsen puis Theresienstadt, prs de Prague. Elle a donc fait partie des dports librs par l’arme russe, le 10 mai 45, deux jours aprs la capitulation allemande.

Aprs la guerre, elle frquente la Cinmathque, tape des manuscrits pour Roland Barthes, fait connaissance d’Edgar Morin qui l’entrane dans le tournage d’un film en 1961 avec Jean Rouch, Chronique d’un t. C’est par ce film qu’elle entre dans le monde du cinma o elle se fera connatre notamment par des documentaires sur le Vietnam ou la Chine de Mao avec son second mari, le cinaste nerlandais Joris Ivens.

En 2015, dans le livre Et tu n’es pas revenu (Grasset), crit avec la journaliste Judith Perrignon, elle voquait le souvenir de son pre, qui l’a obsde toute sa vie. Il y a quelques mois, dans L’amour d’aprs (galement cocrit avec Judith Perrignon), elle racontait la reconstruction d’une survivante.

Laure Adler, productrice France Inter , disait dans la dernire mission qu’elle avait faite avec Marceline Loridan-Yvens : « Dans le rcit de vie de Marceline, on ne trouve jamais de regrets, mais une infinie lucidit et une autodrision aussi salutaire que savoureuse. »

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Culture

Rebelle un jour, rebelle toujours, Marceline Loridan-Ivens

L’heure bleue, avec Marceline Loridan-Ivens, le 15 janvier 2018

« Nous croisons tous des hasards, nous de savoir s’en saisir », le Grand entretien de Marceline Loridan-Ivens avec Franois Busnel sur France Inter, le 29 avril 2013

Ractions

Pour France Inter, l’historienne Annette Wieviorka revient sur la faon singulire et prcieuse de Marceline Loridan-Ivens de tmoigner de l’horreur des camps nazis.

Elle tait unique, dans sa faon de parler de tout, notamment quand elle parlait de corps. Elle avait une faon trs crue de raconter.

59 sec
Annette Wievorka
Par France Inter

« C’tait une camarade de dportation de maman, cet pisode de leur vie si difficile avait fait d’elles des amies indfectibles », a indiqu Me Veil, dont la mre Simone, est dcde en 2017, est rcemment entre au Panthon.

« Marceline Loridan-Ivens, une leon de vie, mditer et perptuer », a ragi sur Twitter le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux. « Son oeuvre, sa force de caractre et son humour ont toujours suscit mon admiration », a renchri la maire de Paris, Anne Hidalgo.

« Cette femme avait connu l’horreur, c’tait peut-tre une des dernires survivantes des camps, qui avait vcu et pouvait transmettre l’innommable de cette priode », a soulign la ministre de la Culture Franoise Nyssen.