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France : Le mdecin na pas tre le juge du droit des femmes disposer de leur corps

samedi 22 septembre 2018, par siawi3

Source : https://www.huffingtonpost.fr/odile-buisson/le-medecin-n-a-pas-a-etre-le-juge-du-droit-des-femmes-a-disposer-de-leur-corps_a_23529830/?utm_hp_ref=fr-homepage

19/09/2018 07:00 CEST | Actualis il y a 12 heures

Le mdecin na pas tre le juge du droit des femmes disposer de leur corps

Un gyncologue ou un obsttricien qui pratique une interruption volontaire de grossesse ne « retire pas une vie » : il en prserve une, celle dune femme en grande difficult.

Odile Buisson
Gyncologue obsttricienne, membre du SYNGOF (Syndicat National des Gyncologues Obsttriciens de France)

Le mdecin na pas tre le juge du droit des femmes disposer de leur

Le Dr Bertrand de Rochambeau, prsident du Syngof* a dclench une vive polmique en dclarant que pratiquer une IVG c’est « retirer une vie ». Il se trouve que beaucoup de mdecins ne sont pas d’accord avec ce point de vue.

Un gyncologue ou un obsttricien qui pratique une interruption volontaire de grossesse ne « retire pas une vie » : il en prserve une, celle d’une femme en grande difficult.

Si quelqu’un en doute, il lui suffit de se tourner vers un pass pas si lointain (celui d’avant la Loi Veil) ou encore de constater la triste situation des femmes dans les pays o l’IVG est interdite.

La morale religieuse (« Tu ne tueras point »), l’injonction nataliste ou le contrle des femmes ont form le ciment de l’interdiction de l’IVG. Pourtant, les mdecins ont sont souvent t confronts son ultime consquence : des filles et des femmes, mortes pour s’tre avortes elles-mmes ou s’tre rendues chez la « faiseuse d’ange ». Hmorragies, perforations utrines, plaies vaginales, infections, septicmies et chocs toxiques ont rythms le travail des gardes mdicales. Il n’est pas exagr de dire que l’interdit de l’IVG, dans la mesure o ses consquences sont parfaitement connues, vient volontairement crer les conditions d’un fminicide passif. On ne tue pas directement, on les laisse volontairement se tuer pourvu que la morale soit sauve. Dans un communiqu de presse du 26 septembre 2014,le Haut Conseil l’Egalit entre les Femmes et les Hommes fait tat de 49% d’avortements non mdicaliss dans le monde et de 47000 dcs par an. Cela dmontre bien que nous devons refuser qu’un principe moral (« tu ne tueras point ») vienne infrer que la vie d’un embryon vaut davantage que celle de la femme qui le porte.C’est du reste avoir la conscience bien courte que de brandir un principe moral sans considrer les consquences dltres de son application rigoureuse. Toute morale n’est pas systmatiquement bonne en soi au mieux est-elle bonne pour soi et encore...

De plus, la smantique compte. Dire que pratiquer une IVG c’est « retirer une vie » c’est indirectement dire que celui qui pratique le geste est un « tueur ». La radicalit de la phrase intimide autant qu’elle peut culpabiliser. Ne serait-elle pas dite pour cela ? Pour prcisment conjurer cet acte qui effraye les moralistes tant il vient insulter Dieu et contrecarre Sa Cration ? Mais Dieu s’en remettra ! Tandis que pour les femmes c’est moins sr...

Les femmes se sont battues pour avoir accs l’IVG et la Rpublique leur a enfin donn ce droit : aucune morale personnelle ne devrait venir l’entraver et aucun jugement de valeur ne devrait poindre lors d’un parcours d’IVG.Par ailleurs quand une femme dcide d’interrompre sa grossesse, elle n’a de compte rendre personne, mdecin y-compris. Ce dernier connait-il ses difficults psychiques ou matrielles ? Peut-il les partager au quotidien ? Que sait-il des secrets de sa patiente ? Confront aux mmes difficults, les supporterait-il lui-mme ?

Le mdecin n’est pas juge du droit des femmes disposer de leur corps.

Cependant si les convictions personnelles ne peuvent ou ne veulent s’effacer devant cette thique mdicale et sociale, il doit diriger la patiente vers un confrre qui n’a pas les mmes inhibitions. Sauf vivre dans un tat totalitaire o le mdecin n’est qu’un rouage passif d’une mga machine de sant public, la clause de conscience prvue par la Loi doit tre respecte la lettre. Du reste, il est prfrable pour les femmes de ne pas se faire avorter par un mdecin agissant sous la contrainte : elles ne seraient gure en scurit tant le malaise d’un mdecin interfre avec la scurit de son geste. Dans le mme esprit, exercer un chantage sur les jeunes internes du genre « tu ne feras pas d’obsttrique si tu refuses de pratiquer les IVG » est odieux et liberticide d’autant que celui qui refuse de pratiquer des IVG peut tre par ailleurs un excellent chirurgien ou un obsttricien tout dvou la sant de ses patientes.

Quoiqu’il en soit et pour couper court toutes polmiques il serait judicieux de graver le droit l’IVG dans le marbre de la Constitution franaise. Ce serait un geste fort pour que le droit des femmes disposer de leur corps ne soit jamais moralement contest. De plus il obligerait l’Etat fournir les efforts ncessaires pour que l’accs l’IVG soit garanti de faon prenne.

*Syndicat national des gyncologues et obsttriciens de France

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Video ici 2:42