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France: Le poison de l’idéologie identitaire

Thursday 27 September 2018, by siawi3

Source: http://www.creal76.fr/medias/files/combat-laique-70-septembre-2018-.pdf

Le poison de l�id�ologie identitaire

Combat La�que 76 N� 70 - Septembre 2018 - page 14-15

Jusqu�� r�cemment par �identitaire� �tait d�sign�e une id�ologie fond�e sur la x�nophobie, le repli nationaliste puisant ses sources dans une histoire le plus souvent falsifi�e (Vercing�torix, Charlemagne, Charles Martel, Jeanne d�Arc...), m�tin�e de traditions religieuses le plus souvent int�gristes. Enfin toute la panoplie de l�extr�me droite maurassienne o� l�antis�mitisme a �t� rejoint par le racisme principalement anti arabe (ce mot d�signant plus largement, pour eux, des populations de tradition musulmane ou suppos�es telles).

Aujourd�hui il semble que cette appellation soit amen�e � �tre utilis�e pour qualifier d�autres courants de pens�e.

On a longtemps d�nonc� l�individualisme produit par la soci�t� guid�e par le lib�ralisme mondialis�. Aujourd�hui on observe un accroissement de ce ph�nom�ne dans sa version collective qui prendrait corps dans des revendications identitaires autour desquelles se regrouperaient des personnes mettant en relief des sp�cificit�s pour lesquelles elles
ressentent un rejet de l�ensemble de la soci�t�. Ne faudrait-il pas chercher l� une, parmi tant d�autres, des raisons de l��chec des derni�res mobilisations du mouvement social � la recherche vaine d�une �convergence des luttes� quand l�id�ologie identitaire croissant, au contraire, conduit � une atomisation sociale.

D�p�rissement de la conscience de classe

La r�gle qui fonde la l�gitimit� historique du mouvement social qui entend s�opposer � la classe dominante est la conscience que seule une solidarit� sans faille en est l�indispensable colonne vert�brale. Tout ce qui serait susceptible de d�t�riorer cette solidarit� ou de d�tourner l�action de ses objectifs est porteur d�une division fatale. Il ne s�agit pas de rejeter comme
ill�gitimes les revendications pointant des in�galit�s ou des discriminations se d�veloppant - y compris au sein de la classe domin�e. Mais il faut les inscrire dans la perspective g�n�rale d��mancipation. Sinon elles agiraient comme des p�les de dispersion s�ins�rant dans le mouvement social non pas dans une perspective d��mancipation g�n�rale
- toujours � poursuivre - mais dans le seul but de voir reconna�tre et aboutir leurs seules revendications sp�cifiques.

� cet �gard ne devrions-nous pas regarder comme inqui�tante la multiplication, ces derni�res ann�es, de structures agissantes intervenant dans les lieux d��laboration de la pens�e sociale qui privil�gient leurs revendications identitaires au point, pour certaines, de vouloir r�habiliter la notion de �race� en popularisant le n�ologisme �racis�?

Ce courant de pens�e pr�tend d�passer le concept de conscience de classe au profit de la reconnaissance d�identit�s diff�renci�es bas�es sur le genre, la sexualit�, la �race�, la religion ou tout autre particularisme servant de base � constituer une communaut� concentrant ses efforts pour la reconnaissance de sa sp�cificit� identitaire. Toute personne ext�rieure � la �communaut� ainsi d�finie ne pouvant au mieux �tre consid�r�e que comme �alli�e�.
Cette �nouveaut� qui conduit au d�p�rissement de la conscience de classe au profit de reconnaissances communautaires est-elle appel�e � devenir le moteur du mouvement social devenant ainsi une mosa�que de groupements sp�cifiques en perp�tuelle recherche d�alliances al�atoires autour de mots d�ordre peinant � �tre unifiants ?

Hi�rarchisation des degr�s d�oppressions

Alors que l�essentialisation des particularismes semble devenue � la mode, on compte, � ce jour, et pour ne s�en tenir qu�aux orientations sexuelles, pas moins de 70 options diff�rentes qui font que l�acronyme LGBT serait aujourd�hui �tendu � LGBTQQIP2SAA (pour les lesbiennes, les gays, les bisexuels, les transgenres, les queers, les interrogatoires, les intersexes, les pansexuels, les bispirituels, les asexuels et les alli�s)

Si on y m�le les variantes �racis�es�, on voit dans quel monde tr�s �loign� de l�humanit� universelle l�id�ologie identitaire nous conduit: une humanit� parcellis�e fond�e non pas sur les talents que chaque individu peut fraternellement apporter � son d�veloppement et son harmonie mais sur la reconnaissance individuelle que chaque individu peut concurrentiellement tirer de sa sp�cificit�. Le summum du relativisme culturel! Chaque sous-groupe ainsi constitu� �laborant ses propres
r�gles de vie ind�pendamment du reste de la soci�t� ainsi
r�duite � un champ de bataille o� ces �tribus� se confronteraient dans une �mulation hi�rarchisant les degr�s d�oppression et les l�gitimit�s relatives de leur discrimination.

L�id�ologie identitaire enferme ou lib�re?

Qui peut penser que puisse se construire une solidarit� par l�amalgame de groupes identitaires qui rassemblent des individus du seul fait qu�ils se ressemblent ou subissent le m�me rejet dont ils pensent �tre l�objet ? La probabilit� de voir ces groupements plus pr�occup�s par leur propre petit monde d�fier le statu quo politique, social et �conomique impos� par la classe dominante est on ne peut plus incertaine! D�autant que ces regroupements ne se fondent pas sur des principes de classe pour contester l�ordre social dans une perspective �galitaire mais sur les ressorts du lib�ralisme toujours ouvert � la fragmentation soci�tale qui conduit � la diversification des march�s.

Intersectionnalit� et solipsisme

Voil� les deux mots � la mode et appel�s � fleurir dans les savantes conf�rences. Entre le concept visant � �mettre en �vidence la multiplicit� des formes de discriminations dont une m�me personne peut �tre victime (“race”, sexe, classe, handicap...)� et la conception selon laquelle �le moi, avec ses sensations et ses sentiments, constitue la seule r�alit� existante dont on soit s�r�, on entre dans une p�riode de l�histoire du mouvement social o� il va �tre difficile de distinguer les lignes directrices autres que le refus de l�universalit� de la condition humaine; la somme des int�r�ts particuliers parvenant rarement � construire une solide solidarit� dans l�action sociale. L�instrumentalisation du concept d�intersectionnalit� qu�elle a mis en �vidence, Kimberl� Williams Crenshaw l�avait envisag�e quand elle mettait en garde contre la tentation de masquer les oppressions au sein d�un groupe au nom de la solidarit� raciale ou de genre: �Le probl�me, avec la politique de l�identit�, n�est pas qu�elle �choue � transcender la diff�rence (...) mais plut�t l�inverse: la plupart du temps, elle amalgame ou ignore les diff�rences internes � tel ou tel groupe.�

Il est �tonnant d�observer la parent� id�ologique entre le lib�ralisme politique qui encourage l�individu � construire son destin �conomique par la cr�ation de son propre emploi et la lib�ration sociale th�oris�e et promue par l�id�ologie identitaire qui est centr�e plus sur l�individu (ou un groupe pr� d�fini) que sur le collectif.

De l�universalisme au particularisme

Les r�gressions des diverses institutions (�cole, sant�, s�curit� sociale, transport, ...) qui jusqu�alors assuraient le lien social conduisent � la parcellisation des services publics tombant dans le giron du priv� concurrentiel (ce qu�on a appel� la marchandisation). Toutes les actions men�es pour s�y opposer se sont av�r�es vaines. Les forces politiques qui depuis un si�cle se faisaient les promoteurs et les d�fenseurs de la socialisation de ces structures mises � la disposition de la population n�ont
pu (voulu?) contenir cette vague de privatisation camoufl�e sous le terme de �modernisation�. Devant cet �chec, on peut comprendre la recherche de solutions individuelles pour faire pi�ce � une injustice (r�elle ou ressentie). C�est sans compter sur les cons�quences de cette orientation nouvelle qui s�impose au mouvement social: l�abandon des principes fondateurs des �socialismes� n�s au XIXe si�cle qui jusque l� et encore inspiraient, dans leurs diverses variantes, notre mode de pens�e et structuraient notre r�flexion collective. Parmi ces principes fondateurs et moteurs de l��mancipation figure bien s�r l�universalisme, cette id�e que l�humain aspire � la libert�.

C�est ce principe que l�id�ologie identitaire conteste comme �tant une invention occidentale relevant de la normalit� faisant fi des particularismes principalement culturels. Si on ajoute � cela des divagations flirtant avec un racisme pour l�occasion revendiqu� contre le m�le �blanc� ou la f�ministe �blanche�, on peut se poser la question de la pertinence de notre proximit� avec l�id�ologie identitaire et ceux qui s�en r�clament.
La premi�re victime de cette situation confuse et surtout prudemment occult�e mais dont on pouvait d�tecter les pr�misses depuis plusieurs ann�es aura �t� la la�cit� que depuis bien longtemps le mouvement social se garde bien d��voquer en esp�rant que son rappel perverti par
l�extr�me droite permette de l�effacer d�finitivement du champ lexical des luttes �mancipatrices. Pourtant qui peut nier que les r�gressions sociales en cours s�accompagnent d�une reconfessionnalisation de la soci�t�?